[scald=100925:sdl_editor_representation]par Timothy Heritage

MOSCOU (Reuters) - L'opposition russe accuse Vladimir Poutine de muscler sa politique après l'arrestation de centaines de personnes qui manifestaient lundi contre son élection contestée au Kremlin.

La police anti-émeute a chargé les protestataires et arrêté plus de 500 d'entre eux à l'issue de rassemblements non autorisés dans la soirée à Moscou et Saint-Pétersbourg. Des dirigeants de l'opposition qui refusaient de se disperser après une manifestation autorisée ont aussi été interpellés.

Beaucoup, dont le blogueur Alexeï Navalni, très engagé contre la corruption, ont été rapidement relâchés, mais d'autres pourraient écoper de peines de prison.

Après des mois de manifestations pacifiques, l'intervention policière semble montrer que Vladimir Poutine commence à perdre patience, même si la retenue inhabituelle dont ont fait preuve les forces de l'ordre témoignent aussi du souci du Premier ministre en exercice de ménager son image.

"L'usage de la force et les arrestations d'opposants auraient pu être évités", a estimé lundi soir sur Twitter un des candidats à la présidentielle, Mikhaïl Prokhorov.

"C'était un rassemblement pacifique. Je suis indigné qu'on ait utilisé la force contre des gens qui étaient venus exprimer leur opinion", a ajouté le milliardaire russe. "Les événements d'aujourd'hui (lundi) sur la place Pouchkine marquent une rupture dans le mouvement de contestation pacifique."

Selon les témoins, la police a dans l'ensemble fait preuve de retenue sur la place Pouchkine, près du Kremlin, même si plusieurs protestataires ont été blessés, l'un d'eux se plaignant d'avoir un bras cassé.

Elle s'est en revanche montrée beaucoup plus brutale contre un petit groupe qui manifestait sur la place Loubianka, devant le siège des services de la Sécurité fédérale (FSB), l'ex-KGB soviétique dont Vladimir Poutine a été un employé.

Les autorités avaient prévenu les Russes de ne pas participer aux rassemblements non autorisés et mis en garde les dirigeants de l'opposition contre tout dérapage.

STRATÉGIE CLAIRE

La stratégie de Vladimir Poutine semble claire: il est prêt à tolérer certaines manifestations isolées et étroitement contrôlées pour fournir un exutoire aux frustrations de la jeunesse urbaine, qui forme le gros des protestataires.

Il est même disposé à faire quelques concessions, comme l'illustre la demande formulée lundi par le Kremlin d'un réexamen de la condamnation de l'ancien magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski ou de la non légalisation d'un parti libéral qui n'avait ainsi pas pu participer aux législatives.

Mais il n'entend pas laisser s'installer un mouvement de contestation plus dur avant de prendre ses fonctions pour un troisième mandat.

"Nous avons vu la peur dans les yeux du dictateur. Nous avons vu sa faiblesse. Nous avons vu un homme qui n'est pas sûr de lui", a lancé l'opposant Ilia Yachine à la foule rassemblée sur la place Pouchkine, en allusion à la larme versée dimanche par Vladimir Poutine pendant son discours de victoire.

L'ambassadeur des Etats-Unis en Russie, Michael McFaul, a jugé sur Twitter l'intervention de la police "dérangeante" et rappelé que les libertés de rassemblement et d'expression étaient des valeurs universelles.

Les Etats-Unis ont réclamé une enquête indépendante sur les allégations de fraudes qui ont émaillé le scrutin présidentiel russe, dimanche. Plusieurs pays européens, dont la France, ont également estimé que l'élection de Vladimir Poutine n'avait pas été exemplaire, dans la foulée du rapport des observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Les pays occidentaux hésitent pourtant à s'opposer trop ouvertement au futur maître du Kremlin, qui détient notamment les clés d'une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu condamnant la répression en Syrie.

Mardi, le Premier ministre français, François Fillon, a ainsi fait part au téléphone à Vladimir Poutine de son souhait d'"intensifier" le partenariat entre la France et la Russie. Il a réitéré la volonté de la France de voir la Russie travailler avec elle à un règlement de la tragédie syrienne, précise un communiqué de Matignon.

Avec Lidia Kelly, Alissa de Carbonnel et Thomas Grove à Moscou, Sophie Louet à Paris, Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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