Après un accord vendredi, l'opposition doit rencontrer ce samedi le gouvernement de Nicolas Maduro et tenter de trouver une solution à la crise politique qui frappe le pays.

A Caracas, un manifestant anti-chaviste réclame le référendum révocatoire contre le président Maduro
A Caracas, un manifestant anti-chaviste réclame le référendum révocatoire contre le président Maduro © Reuters / Christian Veron

Se dirige-t-on vers une sortie de crise au Venezuela ? Le gouvernement socialiste de Nicolas Maduro a rouvert le dialogue avec l'opposition de centre droit. Les deux parties doivent se retrouver ce samedi pour poursuivre les négocations. "Il y a eu des avancées sur des points centraux", a déclaré l'ancien président colombien Ernesto Samper, l'un des médiateurs de ces négociations relancées sous les auspices du Vatican. Cela fait des mois que l’opposition et le pouvoir vénézuélien se renvoient l’accusation suprême : coup d’Etat contre coup d’Etat.

Fin octobre, ce sont les opposants au président chaviste Nicolas Maduro qui criaient le plus fort : le 26 octobre, ils ont même réussi à faire descendre des centaines de milliers de personnes dans les rues de principales villes du pays. Des manifestations-monstres, qui ont fini en affrontements avec la police, un agent a été tué près de Caracas, et des dizaines de manifestants ont été blessés, 147 autres interpellés. La police aurait ouvert le feu à balles réelles sur les cortèges dans trois villes, selon des responsables de l’opposition.

Manifestation-monstre à Caracas mercredi 26 octobre contre le président Nicolas Maduro
Manifestation-monstre à Caracas mercredi 26 octobre contre le président Nicolas Maduro © Reuters / Christian Veron

Si ces foules affrontent les forces de l’ordre, c’est parce que, selon elles, Nicolas Maduro a franchi une ligne rouge : il a suspendu le référendum révocatoire lancé contre lui par la Table pour l’unité démocratique (MUD) qui fédère les anti-chavistes. Quelques jours plus tôt, la Commission électorale, fortement suspectée de collusion avec la Présidence, avait repoussé à 2017, sans aucune justification, les élections régionales prévues en décembre. En réaction, le Parlement, dominé par l'opposition, a initié un procès en destitution du président, initiative immédiatement qualifiée de "putsch parlementaire" par l'intéressé.

Au lendemain des manifestations d'opposition de mercredi 26 octobre, le président retweetait un reportage de la télévision nationale... relatant les contre-manifestations du "peuple révolutionnaire venu défendre le palais présidentiel et la patrie":

Quand le patronat appelle à la grève générale

Le MUD n'en est pas resté là : le 28 octobre dernier, il a appellé à la grève générale de 12 heures. Et faute de capitulation de Nicolas Maduro et de relance du processus révocatoire, ils ont menacé de redescendre dans les rues de Caracas le 3 novembre, pour cette fois prendre le palais présidentiel de Miraflores. Une promesse finalement pas tenue.

L’entourage du président ne comptait pas se laisser renverser si facilement : par la voix du n°2 du régime, Diosdalo Cabello, il a fait savoir que "l’armée et les travailleurs" occuperont les entreprises grévistes. "Nous ne laisserons pas s’installer le chahut et nous verrons, messieurs les patrons, si vous allez vous mettre en grève ou si vous allez décider de travailler avec le gouvernement, pour la patrie".

"Je n’ai plus à manger et j’ai la rage"

Depuis 2013 et la mort du leader socialiste Hugo Chavez, l’opposition n’a de cesse de dénoncer la persistance d’un régime inique et dictatorial. Mais depuis janvier, elle a pris le contrôle de l’Assemblée nationale et durcit son bras de fer constitutionnel. Elle accuse en particulier Maduro de mener une "gestion désastreuse de l’économie". Dans les manifestations de ce mercredi, l’un des slogans les plus populaires était "Je n’ai plus à manger et j’ai la rage".

Tensions à l'entrée d'un supermarché de Caracas, en juin 2016, entre des centaines de vénézuéliens venus acheter des pâtes
Tensions à l'entrée d'un supermarché de Caracas, en juin 2016, entre des centaines de vénézuéliens venus acheter des pâtes © Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Car le pays est confronté depuis des années à des pénuries sur des produits de première nécessité. Il a été frappé de plein fouet par la chute brutale du prix du baril de pétrole brut, dont il possède les plus grosses réserves au monde selon l’OPEP. Le pétrole vénézuélien n’est pas rentable en dessous de 120 dollars le baril, et le cours mondial stagne autour de 50 dollars.

Mais pour le pouvoir chaviste, la cause de cette crise économique, c’est le patronat, qui soutient et finance l’opposition, et qui est accusé d’entretenir le chaos en entravant la production et les importations dont le Venezuela est très dépendant. Des députés proches du pouvoir ont même dénoncé à la télévision nationale des entreprises qui auraient fait détruire des millions d’œufs frais ou déverser sur les chemins des milliers de litres de lait "sur ordre des patrons, dans le but de créer la pénurie".

Jusqu’à récemment, le pouvoir socialiste encadrait les prix à la consommation, selon la volonté d’Hugo Chavez en 2003. Nicolas Maduro a du assouplir ce système, permettant aux importateurs de fixer librement les prix s de leurs produits. Huile, lait et riz notamment ont donc fait leur retour dans les rayons des supermarchés, mais à des prix exorbitants pour le vénézuélien moyen.

L’Etat a mis en place les CLAP, comités locaux d’approvisionnement et de production, censés fournir des denrées de base à la population à prix encadrés, mais le dispositif fonctionne mal, gangréné par la corruption. Et le marché noir prospère, aux mains de ceux que le pouvoir dénonce comme les "spéculateurs".

Excédés par cette situation, six Vénézuéliens sur dix se disent prêts à voter en faveur de la révocation du président Maduro, selon des sondages.

Le Vatican en médiation

En visite au Vatican lundi, Nicolas Maduro a offert au pape François  un portrait de Simon Bolivar
En visite au Vatican lundi, Nicolas Maduro a offert au pape François un portrait de Simon Bolivar © Reuters / handout

Face à cette crise politique qui menace de dégénérer, le pape François, qui a reçu Nicolas Maduro au Vatican, a proposé son entremise entre les deux camps. C'est donc le Saint-Siège qui supervise les réunions de médiation de vendredi et se poursuivent ce samedi.

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