Les dirigeants des pays de l’OTAN sont réunis ce jeudi à Bruxelles. L’Alliance Atlantique est-elle "dépassée" comme le jugeait il y a peu encore le président américain D. Trump ?

Des forces de l'Otan s'envolent vers l'Estonie pour surveiller l'espace aérien (avril 2017).
Des forces de l'Otan s'envolent vers l'Estonie pour surveiller l'espace aérien (avril 2017). © Maxppp / Javier Cebollada/(EPA) EFE/Newscom

"Obsolète", "dépassée". Voilà comment Donal Trump qualifiait l’Otan en novembre dernier, la jugeant trop coûteuse, pas assez efficace , notamment parce qu'elle ne s'occupait pas suffisamment de lutte antiterroriste et arguant qu’il fallait retirer les forces américaines du continent européen.

Finalement, le président américain a fait volte-face en avril, soulignant à la Maison Blanche que l’Otan était "un rempart pour la paix internationale".Mais les propos du Donald Trump interrogent alors que les dirigeants des 28 pays membres de l’Alliance sont réunis ce jeudi à Bruxelles.

L’Otan a-t-elle encore une utilité ? Et en a-t-elle jamais eu une ?

Jusque dans les années 90, "garder les Russes à l’extérieur"

Le texte instituant l’Alliance Atlantique a été signé en avril 1949, au début de la guerre froide, dans le but d’assurer la liberté et la sécurité de l’Europe occidentale grâce à un rapprochement avec les États-Unis. Les pays membres sont ainsi liés par l’article 5 du traité fondateur qui les engage en cas d’agression contre un seul d’entre eux. Donald Trump est d'ailleurs le seul président américain qui n’ait pas explicitement validé ce principe.

Le diplomate britannique Hastings Lionel Ismay, premier secrétaire général de l'Otan entre 1952 et 1957, résumait ainsi le rôle de l'organisation : "Garder les Russes à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et les Allemands sous tutelle".

L’objectif était donc de contrer la volonté expansionniste de l’URSS ; pour cela, les Américains mettent beaucoup de moyens sur le sol européen. En 1957, pas moins de 71 000 militaires américains sont déployés en France !

Jusque dans les années 90, le rôle de l’Otan a donc en fait été purement défensif et dissuasif afin de maintenir la paix en Europe ; l’Alliance s’appuyant notamment sur la dissuasion nucléaire.

Il faut par ailleurs rappeler que la France a quitté l’organisation militaire intégrée en 1966, sous l'impulsion de de Gaulle, avant d’en redevenir membre à part entière en 2009. Ce qui interroge : cela veut-il dire que la France ne se sentait pas capable d’assurer sa propre sécurité sans l’aide des États-Unis ? On verra après le déjeuner entre Donald Trump et Emmanuel Macron, prévu ce jeudi pour leur première rencontre : les deux chefs d'États doivent notamment aborder la lutte antiterroriste.

Les premières opérations militaires

À la fin de la guerre froide, l’adversaire principal de l’Otan (l'URSS) disparaît… Pourtant l’Alliance reste et, paradoxalement, étend même sa présence partout dans le monde.
C’est à cette période que ses premières opérations militaires commencent. En 1999, pendant onze semaines, l’Alliance bombarde la Yougoslavie (Opération Allied Force).

Elle intervient également en Bosnie, et preuve de son influence, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque puis les États baltes rallient l'organisation entre 1999 et 2004.

À partir des années 2000 : la lutte contre le terrorisme

Après les attentats du 11 septembre 2001, sous l’impulsion de G.W Bush, l’Otan s’engage dans une "guerre contre le terrorisme", incitant notamment les pays membres à renforcer les capacités militaires.

L’Otan intervient ainsi en Afghanistan à partir de 2001 pour déloger les talibans proches d'Al-Qaïda, avant de se désengager en 2015, maintenant tout de même plus de 13 000 hommes pour former les forces de sécurité afghanes. Seize ans et des milliards de dollars plus tard, le pays est toujours instable et les talibans toujours actifs...

Le conflit ukrainien ou comment retrouver de la légitimité

Avec le conflit en Ukraine et l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, l’Otan retrouve en quelque sorte son ennemi.

Elle place peu à peu ses pions dans la région en développant notamment son bouclier antimissile en Europe de l’est, dirigé vers Moscou.

L’Otan rejoint (presque) la "coalition anti État islamique"

Après un an de tergiversations, l’Otan va finalement rejoindre la coalition internationale contre le groupe État Islamique (EI) en Irak et en Syrie, emmenée par Washington. L’annonce a été faite par son secrétaire général Jens Stoltenberg ce jeudi 25 mai 2017, à quelques heures de la réunion des dirigeants.

La France notamment était opposée à ce ralliement, craignant que cela n’écorne l’image de l’Alliance dans le monde arabe. Mais Jean Stoltenberg assure que "cela ne signifie pas que l’Otan s’engagera dans des opérations de combat". Il y aura, dit-il, "un plan d’action" avec des mesures pour intensifier la lutte contre le terrorisme et mieux la coordonner. L’Otan va notamment mettre en place une cellule de partage d’informations sur les réseaux terroristes et augmenter les heures de vol de ses avions-radars dans le ciel turc pour surveiller l’activité aérienne en Irak et en Syrie.

L’Otan coûte -t-elle trop cher ?

Aujourd’hui, le budget global de l'Otan avoisine les 2 milliards d'euros ( dont 1,29 milliard pour le budget militaire).

Le budget Défense des États-Unis représente 72% du budget Défense total de tous les pays membres. Cela ne signifie pas que les États‑Unis couvrent 72 % des dépenses de fonctionnement de l'Otan mais que les autres États dépendent largement des forces américaines. C'est sans doute cela qui a fait dire à D. Trump que l'organisation coûtait "trop cher".

En 2014, 26 pays membres se sont engagés à verser l’équivalent de 2 % de leur PIB à l’Otan. Résultat : même si seulement cinq pays tiennent leur engagement, les budgets cumulés ont augmenté de 3,8% en 2016, l’équivalent de 10 milliards d’euros. Mais beaucoup de pays traînent encore des pieds, comme l’Allemagne qui explique préférer garder des fonds pour le développement

Certains dénoncent aussi le coût du nouveau siège de l'Otan à Bruxelles, dont la construction aura duré plus de dix ans : plus d'un milliard d’euros.

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