Les 28 ministres du Travail de l’Union européenne se sont accordés sur la révision de la directive du travail détaché pour une durée maximale de 12 mois et des compromis.

La question de la réforme de la directive du travail détaché est négociée depuis de longs mois entre les pays de l'ouest de l'UE, la France en tête, et l'Europe centrale, la Pologne notamment.
La question de la réforme de la directive du travail détaché est négociée depuis de longs mois entre les pays de l'ouest de l'UE, la France en tête, et l'Europe centrale, la Pologne notamment. © AFP / EMMANUEL DUNAND

Article mis à jour à 6h20 : Les ministres du Travail des 28 pays membres de l'Union européenne se sont accordés lundi soir sur un accord concernant la réforme de la directive du travail détaché, à l'issue d'une longue réunion à Luxembourg.

S'accorder sur la réforme de la directive du travail détaché n'est pas chose aisée et Paris, qui bataille dur dans ce dossier, a salué lundi soir l'aboutissement des négociations, "une victoire pour l'Europe".

Les participants sont notamment tombés d'accord sur la durée du détachement, ce système qui permet à des Européens de travailler dans un pays étranger tout en cotisant dans leur pays d'origine. Désormais, ce sera possible pour une durée maximum de 12 mois, comme la France l'avait réclamé. Mais avec un compromis : à la demande de l'entreprise, une rallonge de six mois est toujours possible. Quant au secteur du transport, il n'y aura pas de changement pour l'instant, les 28 s'étant mis d'accord pour continuer à appliquer la directive de 1996 jusqu'à ce soit mise en application une autre directive européenne consacrée spécifiquement au transport routier.

Car tous les pays n'ont pas le même intérêt dans ce dossier : les Européens de l'ouest veulent absolument freiner le dumping social, engendré depuis l'élargissement de l'UE en 2004 aux pays de l'Europe centrale, et ces derniers sont enfermés dans une logique fatale. Dans un premier temps, ils ont vu fuir leurs artisans, appâtés par une rémunération atteignant parfois le décuple pour une prestation équivalente en Europe de l'ouest et où la demande était forte ; c'était l'époque du plombier polonais. On ajoutera à cela que les pays de l'est avaient conservé certains métiers, disparus depuis longtemps à l'ouest, comme les façonneurs de cuivre en toiture.

Mais cela fait déjà longtemps que le plombier polonais est rentré chez lui, car le niveau des salaires a considérablement augmenté en Europe centrale, et sa place a été prise par un exode massif en Europe de l'ouest de travailleurs à basses qualifications, comme manœuvre de travaux publics ou à la plonge dans les cuisines d'hôtels. 

Le retour des travailleurs détachés, source de chômage potentielle

Mais compte tenu du réel développement économique en Europe centrale, il a fallu les remplacer, dans l'urgence, par des travailleurs venus eux de Biélorussie, d'Ukraine ou de Moldavie. Et à Varsovie comme à Prague, on redoute le retour forcé de leurs nationaux, victimes de la future directive révisée autant que du Brexit. 

Que faire en effet de leurs propres immigrés ? Les renvoyer sèchement chez eux risquerait de provoquer des émeutes et des fâcheries avec les gouvernements de leurs pays d'origine. Une situation qui n'incite pas vraiment à la souplesse dans la négociation entre États membres de l'ouest de l'UE et ceux de l'est. 

Pour faire basculer les forces en présente, prémices de chantage au budget

Dans sa lutte, la France peut compter sur l'Allemagne, l'Autriche, le Benelux. Sur 28 pays membres, cela fait peu. Mais les pays de l'ouest de l'UE peuvent faire valoir d'autres arguments qui trouveront à coup sûr un écho chez les plus indécis : notamment que ce n'est pas au moment où l'on s'apprête à ouvrir la négociation budgétaire pour la période 2020-2027, qu'il faut indisposer les pays contributeurs nets qui garantissent les aides et les subventions, dont les pays d'Europe centrale sont les plus grands bénéficiaires.

Il ne faut pas non plus négliger la dimension politique de ce sujet, car les dysfonctionnements à grande échelle, les abus institutionnalisés, les contrôles et la répression défaillants que provoquent l'inadaptation de la directive à la situation économique actuelle sont du pain béni pour les partis populistes et europhobes en Europe de l'ouest, et désormais aussi en Europe centrale où, il y a deux jours à peine, la République Tchèque vient d'élire un chef du gouvernement particulièrement eurosceptique, comme deux autres pays sur les quatre principaux concernés par la remise à plat de la directive. 

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