[scald=223269:sdl_editor_representation]par Julien Ponthus et Adrian Croft

BRUXELLES (Reuters) - Paris et Londres ont obtenu vendredi à Bruxelles que l'Union européenne réexamine dès la semaine prochaine son embargo sur les armes à destination de la Syrie afin d'aider l'opposition à chasser Bachar al Assad du pouvoir.

Prenant de court leurs homologues opposés à la livraison d'armes aux rebelles syriens, François Hollande et David Cameron ont demandé ensemble, lors du sommet européen qui s'est achevé vendredi, de lever un embargo qui permet selon eux au régime syrien de massacrer son peuple depuis deux ans.

Malgré les réticences de plusieurs Etats membres, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a annoncé que les ministres des Affaires étrangères de l'Union réexamineraient cette question à Dublin les 22 et 23 mars.

"Nous sommes convenus de charger nos ministres des Affaires étrangères d'évaluer la situation de façon prioritaire lors de leur réunion informelle de la semaine prochaine à Dublin et de rechercher des points de convergence", a-t-il dit.

La prochaine réunion formelle des chefs de la diplomatie des Vingt-Sept est prévue le 22 avril et les rencontres informelles ne peuvent théoriquement pas prendre de décision.

Les décisions européennes en matière de politique étrangère se prenant à l'unanimité des Vingt-Sept, il suffirait à la France ou au Royaume-Uni d'opposer leur veto à la reconduction de l'embargo, qui a été reconduit le 1er mars pour trois mois, pour que l'interdiction de vente d'armes tombe le 31 mai.

Mais la décision prise vendredi montre à quel point Paris et Londres font pression pour aller vite en besogne sur ce dossier.

"L'Europe doit prendre cette décision dans les prochaines semaines", a dit François Hollande lors d'une conférence de presse, affirmant chercher le consensus.

"Je ferai tout pour qu'à la fin du mois de mai au plus tard une solution commune soit adoptée par l'Union", a-t-il ajouté, se félicitant de l'attitude de l'Allemagne, prête, malgré ses réticences initiales, à discuter de la question.

Le Premier ministre britannique David Cameron a renchéri.

"Cela fait deux ans que cet horrible conflit a commencé et il y a probablement plus de 70.000 personnes qui ont perdu la vie", a-t-il dit, ajoutant que ce qui a été fait jusqu'à présent "n'a pas vraiment fonctionné afin d'arrêter ce conflit et de permettre une transition en Syrie."

LOIN D'UN CONSENSUS

François Hollande a estimé que "beaucoup d'Etats membres" de l'UE étaient partisans de la levée de l'embargo mais a admis des résistances, notamment des pays neutres comme la Suède.

Selon un diplomate européen, la France et le Royaume-Uni sont encore très loin d'avoir réuni un consensus.

"Personne n'est vraiment intéressé (...), il n'y a pas de perspective de changement pour le moment", a-t-il dit.

François Hollande est resté prudent sur l'attitude que la France adopterait en cas d'impasse diplomatique.

La France "prendra ses responsabilités", a-t-il répété jeudi, laissant planer le doute sur la possibilité que son pays agisse seul, ce qui signifierait se mettre en marge de la légalité européenne s'il livrait des armes avant le 31 mai.

Le président français s'était montré plus pressant envers ses partenaires jeudi soir.

"Si d'aventure il devait y avoir un blocage d'un ou deux pays (...), alors, je ne peux pas m'engager pour d'autres que la France, mais la France elle-même, prendrait ses responsabilités", avait averti le chef de l'Etat.

Le président français a défendu la cause de la levée de l'embargo en évoquant la menace de l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien.

Dès lors que la coalition des mouvements d'opposition syriens est reconnue internationalement et qu'il n'y a pas de solution politique à la crise syrienne à ce jour, cette coalition doit avoir les moyens de défendre les "zones libérées" et de "répondre aux armes par les armes", a-t-il dit.

Il a ajouté que l'opposition syrienne avait donné "toute garantie" que les armes qui lui seraient livrées ne seraient pas détournées par des groupes djihadistes et a précisé qu'une assistance militaire serait fournie pour s'en assurer.

Edité par Yves Clarisse

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