L’ultimatum arrive à échéance ce mardi. L’Italie avait jusqu’au 13 novembre pour présenter un nouveau projet de budget conforme aux règles européennes. La Commission européenne a retoqué le budget italien, trop déficitaire à ses yeux, dans un pays surendetté. Reportage auprès des Italiens eux-mêmes.

Le ministre Italien des Finances Giovanni Tria et Pierre Moscovici, Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires
Le ministre Italien des Finances Giovanni Tria et Pierre Moscovici, Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires © AFP / Emmanuel DUNAND

La dette italienne dépasse les 130 %

Un déficit à 2,4  % ? Une dette à plus de 130 % du PIB ? Ces chiffres ne font pas frémir Luigi, la cinquantaine, photographe indépendant, et électeur de la Ligue, il croit à la relance promise par le gouvernement.

Une nation a bien le droit de relever la tête ! Et d’aller de l’avant ! Et de ne pas se laisser écraser par une coalition européenne qui au lieu de chercher l’intérêt de tous n’avantage que les plus grands pays ! Si ce gouvernement continue à redresser l’Italie, et malgré la dette dont on nous parle, ça me va très bien !

L’Italie doit se faire entendre à Bruxelles, Lucrezia et ses amis le pensent aussi. À l’heure du déjeuner sur le campus, ces étudiants en première année d’économie défendent volontiers le budget dit "du peuple", retoqué par la Commission européenne.

Mais oui, ce budget peut aider l’Italie. Il peut très bien favoriser la reprise ! Surtout grâce à la baisse des impôts qui ont atteint des niveaux trop élevés… De toute façon, pourquoi ne pas essayer quelque chose de nouveau ? Vu comment les autres politiques ont échoué jusqu’ici… 

Ces Italiens sont convaincus que leur jeune gouvernement, en action depuis cinq mois, doit poursuivre le bras de fer. Ils n’imaginent pas des dirigeants européens en fin de mandat pénaliser financièrement leur pays.

Le gouvernement Ligue 5 Étoiles n’aurait pas l’intention de revenir sur ses prévisions de déficit à 2,4 % et parie sur une relance de l’économie par la demande, en mettant en place un revenu minimum et en baissant les impôts. Le gouvernement de Rome tient tête à Bruxelles. En partie parce que l’Italie n’est pas au bord du précipice.

La partie est politique

Les élections européennes se profilent. Toute contrariété aux plans italiens venue de Bruxelles apportera de l’eau au moulin des plus eurosceptiques. Mais le gouvernement, pour justifier sa ligne ferme face à la Commission, fait valoir la solidité de l’économie italienne, troisième économie de la zone euro. Argument massue : les banques italiennes s’en sont bien sorties lors du dernier test de résistance mené il y a 10 jours.

Quant à la dette énorme du pays (plus de 130 % du PIB), elle est en quelque sorte solide, elle aussi, car nationalisée, relève Pietro Reichlin économiste à l’université LUISS : "Au début de la crise économique, 50 % de la dette italienne était enregistrée auprès d’investisseurs étrangers, aujourd’hui nous sommes à un petit 30 %. La dette est donc principalement détenue par des banques, des assurances, et naturellement par la banque d’Italie et la banque centrale européenne. Cela réduit la volatilité des taux d’intérêt parce que l’acquéreur est solide. Mais quand la dette est fortement nationalisée, l’effet expansionniste que cherche le gouvernement est limité. Si les banques font un effort supplémentaire pour détenir une dette, cela signifie qu’elles accordent moins de crédits au secteur privé."

Le spread (la différence entre les taux d’emprunt italien et allemand) a progressé depuis l’annonce du budget italien mais les marchés ne se sont pas affolés outre mesure. Il en sera autrement si Bruxelles enclenche une procédure contre l’Italie prédisent plusieurs experts.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.