Il était en cavale depuis 25 ans, recherché par les polices du monde entier, pour avoir été l'un des plus sanglants génocidaires rwandais, en 1994. Félicien Kabuga a été interpellé par des gendarmes français, en région parisienne, où il se cachait sous une fausse identité.

Une jeune femme devant le Memorial du Génocide à Kigali (Rwanda)
Une jeune femme devant le Memorial du Génocide à Kigali (Rwanda) © AFP / Yasuyoshi CHIBA

Félicien Kabuga a été arrêté à 6h30, ce samedi, dans un appartement d’Asnières-sur-Seine, où il vivait sous une fausse identité, grâce à la complicité de ses enfants ; l'un d'eux avait loué ce lieu. Ce sont les gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité qui ont fini par trouver la planque du fugitif, parmi les sanguinaires les plus recherchés au monde, depuis plus de vingt ans.

Félicien Kabuga, aujourd’hui âgé de 84 ans, est accusé d’avoir créé les milices Interahamwe, ces milices hutu qui ont massacré au moins 800 000 Tutsi, en 1994, au Rwanda. Il était aussi à la tête de radio-télévision Mille Collines, si tristement célèbre, pour avoir appelé les Hutus, à s'armer de machettes contre les Tutsi. Ces machettes, Kabuga les aurait achetées par paquets, lui l'ancien commerçant devenu l'un des plus proches du président rwandais Habyarimana.

Dafroza Gauthier, une rescapée rwandaise, est soulagée de voir aujourd'hui arrêté celui qui a été considéré comme le principal argentier du génocide. "Son arrestation est une très bonne nouvelle pour nous, les militants de la justice. Je pense beaucoup à toutes les victimes du génocide, emportées à cause de gens comme lui, qui ont financé le génocide", dit-elle avec émotion, elle qui mène avec son mari, Alain Gauthier, une lutte sans relâche contre tous les génocidaires encore non jugés.

23 ans de chasse à l'homme internationale

Félicien Kabuga était activement recherché depuis 1997, par les polices du monde entier. On l'a traqué en Allemagne, en Belgique, au Congo-Kinshasa, au Kenya, en Suisse, et les États-Unis avaient promis une prime de 5 millions de dollars, pour sa capture. Ce sont des gendarmes français qui l'ont finalement interpellé, lors d'une énorme opération judiciaire, au nom de code "955", menée en lien avec le parquet général de Paris. Les gendarmes spécialisés dans la traque de ces génocidaires avaient été informés, il y a quelques semaines, que Kabuga pouvait se trouver en France, chez l'un de ses enfants. Leur minutieuse enquête les a menés jusqu'à son ultime cachette, notamment grâce à la téléphonie.

Il va désormais être présenté, dans les prochaines heures, au parquet de Nanterre, en vue de son incarcération provisoire, puis des magistrats parisiens de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris auront cinq jours pour décider de sa remise au Mécanisme, qui a succédé au Tribunal Pénal International pour le Rwanda. C'est la procédure logique puisque c'est l'ex-TPIR qui avait émis le mandat d'arrêt international contre Kabuga. Kabuga pourrait être jugé à La Haye, aux Pays-Bas, ou Arusha, en Tanzanie.

Son "arrestation rappelle" que tous les suspects devront être jugés, commente le procureur de l'ONU. Dafroza et Alain Gauthier, à la tête du Collectif des parties civiles pour le Rwanda espèrent qu'il sera "jugé vite, vu son âge". "Ça nous redonne de l'énergie, de voir qu'on peut encore en arrêter", souffle Dafroza Gauthier. D'autres génocidaires rwandais restent recherchés par la justice pénale internationale.

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