[scald=210637:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry et Julien Ponthus

BRUXELLES (Reuters) - Les dirigeants européens ont conclu vendredi, après 24 heures de négociations, un accord sur leur budget 2014-2020, en baisse pour la première fois, confirmant l'entrée des institutions européennes dans une austérité qui a gagné tout le continent.

Le président du Conseil européen a rallié l'adhésion des Vingt-Sept à une enveloppe de 960 milliards d'euros de crédits d'engagement, hors Fonds européen de développement et instruments hors cadre financier, soit 1,0% du Revenu national brut (RNB, proche du PIB) de l'UE.

"Marché conclu", a annoncé sur son compte twitter Herman Van Rompuy à l'issue de négociations tendues à Bruxelles, dont une nuit blanche. "Ça valait la peine d'attendre."

Une dernière séance plénière du Conseil a permis de régler les problèmes posés par les revendications des ultimes "récalcitrants", selon le mot d'une source française.

La France estime avoir limité les dégâts concernant la Politique agricole commune (PAC), face aux champions de la rigueur budgétaire que sont les Royaume-Uni, l'Allemagne et d'autres pays du Nord de l'Europe.

Si l'enveloppe proposée pour l'agriculture et la pêche, à près de 373,5 milliards d'euros, est en recul de 47,5 milliards par rapport au budget 2077-2013, elle est supérieure de 1,25 milliard par rapport à la mouture de novembre dernier. La France a droit en outre à un bonus d'un milliard d'euros au titre de l'aide au développement rural, et l'Italie de 1,5 milliard.

De son côté la presse britannique salue un accord historique qui a non seulement réduit le budget communautaire mais préservé le rabais obtenu par Margaret Thatcher en 1984.

Mais là aussi les Français estiment avoir atteint leur objectif en obtenant que leur contribution au financement des divers "rabais" soit plafonné à 1,6 milliard d'euros.

"OBJECTIF POLITIQUE"

Signe de la crispation qui a présidé à ces négociations, le Conseil européen avait commencé jeudi avec cinq heures et demie de retard, du fait de l'antagonisme entre pays attachés à un budget de soutien à la croissance, menés par la France, et les Etats souhaitant des coupes budgétaires importantes, avec la Grande-Bretagne en chef de file.

Après une suspension de séance, vers minuit, les chefs d'Etat et de gouvernement ont multiplié les contacts.

Selon une source de la délégation française, François Hollande et David Cameron se sont ainsi rencontrés vers trois heures du matin en présence d'Angela Merkel.

Le Français et le Britannique ont croisé le fer sur l'enveloppe des crédits de paiement - ce que l'UE envisage de débourser effectivement sur la période - avant de trouver un compromis à 908,4 milliards d'euros.

Selon cette source, David Cameron avait fait un "objectif politique" de la réduction de ces crédits et la négociation s'est faite milliard par milliard :

"Cameron ne voulait pas aller au delà de 906 milliards, et puis après il ne voulait plus aller au delà de 907, puis de 908, jusqu'à ce que l'on arrive à 908,4 milliards."

L'écart entre les crédit de paiement et d'engagement inquiète le Parlement européen, qui réclame une flexibilité comptable dans l'exécution du budget afin que les programmes en cours puissent être correctement financés.

Ce degré de flexibilité était l'un des sujets à régler.

"Si vous adoptez des engagements qui sont considérablement plus importants que les paiements, vous augmentez le déficit et je pense que c'est inacceptable. Je suis abasourdi que personne ne prenne cela sérieusement", a expliqué jeudi le président du Parlement européen Martin Schulz.

Ce dernier a brandi la menace d'un vote à bulletins secrets des députés européens pour censurer le texte, ce qui ouvrirait une crise et une nouvelle période de laborieuses tractations.

Avec Luke Baker, édité par Yves Clarisse

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