La Coupe d'Afrique des Nations s'ouvre sur un Gabon en crise et reste très critiquée par les opposants au régime. Ses retombées potentielles sont un atout pour le pouvoir en place.

La Coupe d'Afrique des Nations s'ouvre samedi 14 janvier sur fond de crise politique et économique au Gabon
La Coupe d'Afrique des Nations s'ouvre samedi 14 janvier sur fond de crise politique et économique au Gabon © Reuters / Mike Hutching

Au Gabon, la Coupe d'Afrique des Nations, qui s'ouvre ce samedi, est devenu le symbole de la crise qui frappe doublement le pays. Sur fond de lourds problèmes économiques, et avec la réélection contestée du président Ali Bongo Ondimba en septembre dernier, la CAN-2017 suscite de larges protestations des opposants au régime, à l'instar des supports de l'opposant direct au président Bongo, Jean Ping, des membres de la société civile qui vont jusqu'à appeler au boycott de la manifestation.

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Répression des opposants d'une violence sans précédent

Dans son édition de vendredi, l'hebdomadaire d'opposition Echos du Nord appelle ses partisans à se rassembler samedi dans un quartier populaire de Libreville pour "célébrer la liberté" avec Jean Ping, au moment où se tiendra la cérémonie d'ouverture de la compétition à l'autre bout de la ville.

Après le scrutin du 27 août, le Gabon, petit pays relativement prospère de 1,8 million d'habitants, avait vécu un épisode de violence sans précédent avec des manifestations d'opposants sévèrement réprimées, un millier d'interpellations et des morts (entre cinq et plusieurs dizaines).

Bongo dénonce "la jalousie" des opposants

Les appels au boycott sont le fruit d'"une petite minorité qui oublie qu'il s'agit d'une compétition sportive", a lancé le président Ali Bongo Ondimba lors de l'inauguration des nouveaux stades de Port-Gentil et Oyem, en début de semaine.

"Derrière ces critiques, il n'y a simplement que de la jalousie et rien que de la jalousie", a ajouté le président gabonais.

Quelle sécurité pour les supporters ?

Autour de cette crise politique, les organisateurs de la CAN-2017 craignent de possibles troubles. Fin décembre, la ministre des Sports Nicole Asselé a manifesté des craintes sur de possibles "actes de sabotages projetés par ces citoyens" et indiqué prendre "toutes les dispositions nécessaires" pour assurer la sécurité des supporters, "aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des stades".

Jeudi, le ministre de l'Intérieur a rencontré une délégation des 15 pays participants pour leur assurer que la sécurité des supporters serait assurée. Cette réunion vise à rassurer, alors que les rumeurs fusent sur les réseaux sociaux, notamment sur des risques d'effondrement dans les gradins des stades.

Un prêt de 200 millions d'euros pour aider le Gabon à relancer son économie

Le Gabon, comme ses voisins d'Afrique centrale, est confront à de graves difficultés financières, dont l'origine provient de la baisse des prix du pétrole depuis 2014. Pour Bongo, la CAN-2017 doit profiter à un "programme de développement économique". La Banque africaine de développement (BAD) a d'ailleurs annoncé cette semaine qu'elle allait débloquer un prêt de 130 milliards de FCFA (environ 200 millions d'euros) pour aider le Gabon à relancer et diversifier son économie.

Malgré ces annonces, les grèves se poursuivent dans plusieurs secteurs économiques, comme les salariés de la société pétrolière Shell dans la capitale économique Port-Gentil ou les enseignants des lycées.

Hasard du calendrier ou pas, la CAN-2017 commence alors que le Gabon vient de lancer une d'opération "main propre" anti-corruption sans précédent, avec le placement en détention de deux anciens puissants ministres (Économie et Pétrole) soupçonnés de détournement de fonds.

Les organisateurs ont mis en vente 500.000 billets avec des prix allant de 500 FCFA à 40.000 pour la finale (de 0,75 à 60 euros). Mercredi, une petite centaine de supporteurs attendait la fin de l'entraînement des Panthères à l'extérieur d'un stade de Libreville. Ils n'ont vu que le car passer.

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