Le Parlement de Catalogne a adopté ce vendredi une résolution déclarant que la région devient un "Etat indépendant prenant la forme d'une République", sans précédent en Espagne. Madrid a immédiatement réagi en annonçant la tenue d'élections en Catalogne et veut poursuivre le président catalan pour rébellion.

Des dizaines de milliers de catalans indépendantistes dans les rues de Barcelone ce 27 octobre 2017
Des dizaines de milliers de catalans indépendantistes dans les rues de Barcelone ce 27 octobre 2017 © AFP / PAU BARRENA

Dans le préambule de cette résolution, approuvée par 70 députés sur 135 à l'issue d'un vote à bulletins secrets, on peut lire : 

Nous constituons la République catalane comme Etat indépendant et souverain, de droit, démocratique et social.

Une majorité des députés de l'opposition ayant quitté l'hémicycle en signe de protestation, il y a eu 10 "non" et deux abstentions.  

Dans ses attendus, la résolution demande à l'exécutif catalan de négocier sa reconnaissance à l'étranger, alors qu'aucun Etat n'a manifesté son soutien aux indépendantistes.  

Au contraire : Londres, Paris et Berlin ont immédiatement fait savoir qu'elles ne reconnaîtraient pas l'indépendance de la Catalogne.

Cette proclamation solennelle entre en vigueur dès ce vendredi, après avoir déjà été signée (mais pas votée) par les députés indépendantistes le 10 octobre. Elle avait alors été invalidée par le Tribunal constitutionnel, tout comme le référendum organisé par le gouvernement catalan le 1er octobre et toutes les mesures complémentaires.  

La joie des indépendantistes 

Des milliers de personnes favorables à l'indépendance catalane - 15 000 selon la police - se sont massés à l'extérieur du parc abritant le parlement catalan à Barcelone et ont salué par des clameurs de joie et des chants l'annonce de la proclamation d'une République catalane. 

Elise Delève était sur place

1 min

Le reportage d'Elise Delève à Barcelone

Par Elise Delève
La Catalogne n'est pas la première en Europe à déclarer son indépendance de manière unilatérale
La Catalogne n'est pas la première en Europe à déclarer son indépendance de manière unilatérale © AFP / Laurence SAUBADU, Sabrina BLANCHARD, Thomas SAINT-CRICQ

Mariano Rajoy extrêmement ferme

Quelques minutes après la proclamation de l'indépendance de la région par le Parlement de Barcelone, le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a commencé par lancer un appel au calme et promis de rétablir la légalité en Catalogne.  

J'appelle au calme tous les Espagnols. L'Etat de droit restaurera la légalité en Catalogne

Des mesures sans précédents

Le Sénat espagnol a immédiatement voté l'article 155 approuvant la mise sous tutelle de la Catalogne. Puis, à l’issue d'un conseil extraordinaire des ministres, Mariano Rajoy a annoncé la destitution de l'exécutif autonome de Catalogne, la dissolution du Parlement régional et la tenue d'élections anticipées le 21 décembre dans la région séparatiste.  Le président du gouvernement espagnol a également annoncé que les ministères du gouvernement central assumeraient les pouvoirs de l'administration catalane et que le chef des Mossos d'Esquadra, la police de Catalogne, Josep Lluis Trapero, serait destitué.  

Dès ce samedi matin, les premières mesures de destitution prises par Madrid ont été publiées au Journal officiel

Au total ce sont 150 personnes qui sont officiellement destituées de leurs postes administratifs et institutionnels. Des personnalités qui en principe n'ont plus le droit d'accéder à leurs bureaux, sous peine d'être accusées d'usurpation de fonction. Il s'agit notamment du président Carles Puigdemont, de ses ministres ou encore du chef des Mossos d'Esquadra Josep Lluis Trapero. 

Après la destitution du chef des Mossos, un note interne appelle les policiers régionaux à rester neutres, à ne pas prendre parti dans la crise qui oppose Barcelone à Madrid et à agir en professionnels.

De son coté le parquet général d'Espagne a indiqué qu'il allait engager la semaine prochaine une procédure judiciaire contre Carles Puigdemont pour "rébellion", un délit puni d'une peine de prison allant jusqu'à 30 ans. Une procédure qui pourrait peut-être même être élargie au reste du gouvernement catalan et au bureau des présidents de l'assemblée catalane

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