Le pays prévoit d'envoyer des astronautes sur la Lune à l'horizon 2030. Pour s’y préparer, une expérience de confinement vient d’être menée dans une université de Pékin.

Le "palais lunaire" où s'est déroulée l'expérience à Pékin
Le "palais lunaire" où s'est déroulée l'expérience à Pékin © Radio France / Dominque André

Des étudiants volontaires se sont succédé durant trois séjours de 200, 60 et enfin 110 jours (370 au total) dans un laboratoire spatial. L'objectif était de tester la vie en autonomie complète dans un laboratoire spatial fermé. Les étudiants sont sortis cette semaine du module, les bras chargés de tomates et de salades qu’ils ont cultivées et présentées aux experts.

Radio France est l’un des rares médias étrangers à avoir eu l’autorisation d’assister à cette expérience menée sous haute surveillance.

ÉCOUTEZ | Le reportage de Dominique André (traductions Shenyan Hou)

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Objectif : tester la vie en autonomie complète dans un laboratoire spatial fermé

Par Dominique André

L'expérience s'est déroulée dans le Yuegong-1 (en francais "le palais lunaire"), un module de 160 m², clos et installé au rez-de-chaussée de l’un des bâtiments de l’université de Beihang. Masque sur le visage, vêtus d’un polo bleu clair, deux filles et deux garçons en sont sortis mardi, sous les applaudissements des VIP chinois, des experts du programme national de conquête de l'espace.

"On avait l'impression d'être isolés sur une île"

Yi Zhihao, prépare un doctorat en biologie, il vient de passer 110 jours dans ce laboratoire spatial, c'est son deuxième séjour en un an, ce qui lui a permis de s'adapter. Il raconte : "Le premier jour où les vitres ont été occultées, ça a stressé tout le monde. On ne pouvait plus voir à l'extérieur, on avait l’impression d’être isolés sur une île. On s'est encouragés les uns les autres. Puis, _on a commencé à communiquer avec l'extérieur, ce qui a fait disparaitre rapidement cette sensation d'être seuls au monde_."

On vit bien à l'intérieur du laboratoire spatial. L’air n'est pas pollué comme dehors, il n'y a pas presque pas de micro-particules. On mange nos fruits et nos légumes. On fait du sport, et on a des taches collectives à faire.

Le palais lunaire est composé de modules blancs reliés entre eux. Deux sont réservés à la culture des  légumes et à l'élevage des animaux (comme des vers), des protéines qui serviront à l’alimentation de l'équipage.

Les cultures à l'intérieur du palais lunaire chinois
Les cultures à l'intérieur du palais lunaire chinois © Radio France / Dominique André

Dans l'espace de vie de 42 m² se trouvent une salle de bain, un espace commun et une salle pour dormir. Chaque étudiant est chargé d’une recherche scientifique, comme l'explique Hu Jingfei, l’une des deux filles volontaires, engagée dans ce programme qui aura duré en tout 370 jours.

J’ai fait des prélèvements de microbes dans l’air et dans l’environnement. J’ai géré aussi la santé des bénévoles. À l'intérieur, il fait entre 23 et 24 degrés, l'espace des végétaux est plus frais. Au début, on a souffert du bruit permanent des machines, mais on a fini par s’habituer. Tous les matins, on prenait la tension artérielle, la température du corps, et on se pesait.

Les étudiants ne sont pas laissés sans surveillance : la vie à bord est suivie depuis une salle de contrôle avec écrans.

La salle de controle à l'exterieur des modules, pour le suivi de l'experience de confinement
La salle de controle à l'exterieur des modules, pour le suivi de l'experience de confinement © Radio France / Dominique André

Un autre étudiant nous montre la pièce où sont stockés et traités les déchets, et le compost fabriqué avec les déchets de l'alimentation et les excréments des quatre étudiants.

Vers des missions prolongées sur la Lune en 2030

Les données ont ensuite été analysées par les professeurs. Fan Yubo est microbiologiste à l’université : "ce projet présente un double intérêt pour la Chine. Sur le plan scientifique, il est impossible de récupérer en milieu naturel des données sur les interactions entre les humains, les végétaux, les animaux et les micro-organismes. Pour cela, il faut un environnement fermé contrôlable."

"Sur le plan de la recherche appliquée, la connaissance de ces interactions nous aidera à reproduire cet environnement à l'extérieur de la planète", explique le chercheur. "Cela nous servira de référence pour recréer les mêmes conditions de vie contrôlables."

Les étudiants chinois et les responsables du programme de confinement à la sortie du laboratoire spatial
Les étudiants chinois et les responsables du programme de confinement à la sortie du laboratoire spatial © Radio France / Dominique André

La Chine se prépare à des missions prolongées sur la Lune à l’horizon 2030. C'est ce qu'espère Liu Hong, la responsable du projet à l’université de Beihang.

Envoyer un module sur la Lune ou sur Mars, c'est ça l'objectif le plus important. J'espère que d’ici quatre à cinq ans, je pourrai faire embarquer des sondes à destination de la Lune ou de Mars pour récupérer des données de référence. Ce sera très petit, il n'y aura pas d’homme ou de femme à bord de ces véhicules spatiaux.

La Chine investit des milliards d'euros dans son programme spatial, sous le contrôle de l’armée. L'objectif est de rattraper l'Europe et les États-Unis dans la conquête de l'espace.

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