En annulant une disposition obligeant les employeurs à prendre en charge les mesures de contraception, le président américain a de nouveau transformé Twitter en champ de bataille.

Donald Trump le 6 octobre 2017
Donald Trump le 6 octobre 2017 © Reuters / Kevin Lamarque

Ça paraît anecdotique ? Pas tant que ça, car le réseau social est un révélateur intéressant des fractures de la société américaine, mais surtout des méthodes de mobilisation des uns et des méthodes de récupération des autres. On vous explique.

Dans la foulée de l'annonce par Donald Trump de l'annulation de cette disposition de la loi "Obamacare" (au nom des convictions religieuses morales, selon ses soutiens), l'opposition et plusieurs mouvements féministes ont lancé une mobilisation importante. L'organisation de défense des droits civiques ACLU a ainsi immédiatement annoncé "des poursuites contre l'administration Trump afin de bloquer" la mesure, estimant qu'il s'agit d'une atteinte grave au droit des femmes d'accéder simplement à une contraception.

Même réaction du Planning familial américain, qui estime que "l'administration Trump vise directement l'accès à la contraception de 62,4 millions de femmes".

À l'inverse, des élus républicains défendent la mesure, comme le sénateur du Texas Ted Cruz, qui a salué la mesure sur Facebook : "Aujourd'hui, l'administration a mis un terme à une disposition qui enfreignait la tradition de liberté religieuse de notre pays", affirme-t-il. Ça, c'est pour la mobilisation officielle ou institutionnelle.

Des "généraux" aux "petit soldats" du web

Mais on le sait depuis longtemps (et notamment depuis la campagne présidentielle américaine), Internet et les réseaux sociaux sont des champs de bataille tout aussi importants quand il s'agit de faire gagner des idées au niveau national. La mobilisation contre la mesure s'est donc organisée rapidement sur Twitter, avec un mot-dièse approprié : #HandsOffMyBC (BC pour "birth control", autrement dit #TouchePasÀMaContraception). Rapidement, ce mot-clé devient viral, avec des messages très clairs.

"Limiter les options de contraception et d'avortement transforme les femmes en esclaves reproductrices"

"Je suis chrétien. Ça n'a rien à voir avec la liberté religieuse. On parle de contrôler la sexualité des femmes, c'est tout."

"Avoir une érection est facile, avoir une contraception ne l'est pas" (allusion au remboursement du Viagra dans certains cas aux États-Unis)

"La contraception fait partie de l'accès à la santé, l'accès à la santé est un droit humain"

Sauf qu'Internet est aussi un champ de bataille que maîtrisent parfaitement les soutiens de Trump et "l'alt-right" américaine, en conflit permanent avec tout ce qui a un rapport avec le féminisme en général. Et plusieurs comptes plus ou moins influents de cette sphère ont riposté en utilisant le même mot-clé (#HandsOffMyBC) pour le détourner. Stratégiquement, il est en effet plus avantageux d'utiliser la popularité d'un mot-clé pour en transformer totalement le sens que de tenter de le rendre moins visible. Quelques tweets bien sentis et largement retweetés (repris) par d'autres militants de la même cause, et le tour est joué.

Ce qui fait qu'en recherchant le fameux mot-dièse, les utilisateurs de Twitter tombent désormais presque autant sur des messages ridiculisant la mobilisation des défenseurs des droits que sur les slogans féministes d'origine lancés par l'opposition.

"J'arrêterai de toucher à votre contraception quand vous arrêterez de toucher à mon portefeuille !"

"Si vous n'avez pas les moyens de vous payer une contraception, vous devriez peut-être arrêter d'avoir des relations sexuelles inconscientes et non-protégées."

"Les féministes détestent les hommes, mais d'un seul coup elles ont l'air de beaucoup aimer coucher avec eux, hein ?"

"Les préservatifs sont gratuits à votre centre de santé local. Walmart propose neuf pilules contraceptives différentes à 9 dollars par mois. Alors si vous arrêtiez de chialer pour un truc qui coûte moins cher qu'un repas chez McDonald's ?"

La bataille pour ou contre la fin de l'accès à la contraception pour des millions d'Américaines s'est donc bien transposée sur Internet, un espace où des méthodes plutôt retorses fonctionnent encore particulièrement bien. C'est d'ailleurs l'un des enjeux majeurs pour les réseaux sociaux ces prochaines années : tenter de contrer ces détournements de leurs systèmes. Un combat loin d'être gagné mais dont ils ont conscience, puisque Mark Zuckerberg lui-même a récemment "demandé pardon pour les manières dont son travail a été utilisé pour diviser les gens plutôt que de les rassembler".

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