"Il n’y a jamais eu de dictature, ni de torture. C’est un mensonge de la gauche" aime à répéter le candidat de l'extrême-droite brésilienne. Pourtant, entre 1964 et 1985, le pays sera bel et bien dirigé par un régime dictatorial et militaire qui emprisonnera, tuera et censurera le peuple brésilien.

Des Brésiliens défilent le jour de la date anniversaire des 50 ans du coup d'Etat militaire pour rendre hommage aux disparus de cette époque.
Des Brésiliens défilent le jour de la date anniversaire des 50 ans du coup d'Etat militaire pour rendre hommage aux disparus de cette époque. © AFP / VANDERLEI ALMEIDA VANDERLEI ALMEIDA

1959, le chiffon rouge de la révolution cubaine

Après la révolution cubaine de 1959, des dictatures militaires s’installent un peu partout en Amérique latine. Le Brésil n’échappe pas à la règle et le 31 mars 1964, la dictature militaire s’installe à la tête du pays immense.

En 1964, ces généraux putschistes vendent l’idée qu’ils protègent leur pays d’une autre révolution communiste. Les militaires ont réprimé violemment toutes formes d’opposition, répondant aux critiques en évoquant la « sécurité nationale ».

Pendant cette période de la Guerre froide, les États-Unis soutiennent et parfois même aident à la montée au pouvoir financièrement et militairement de ces régime dictatoriaux en Amérique latine. Il s’agit pour Washington d’éviter une autre révolution castriste à tout prix. 

Au Brésil, il n’y eu pas un mais plusieurs coups d’état tout au long de ces 21 ans de dictature et pas moins de 5 généraux se succéderont à la tête du Brésil.

La particularité de cette dictature brésilienne est que les militaires ont tenté dès le départ, de « justifier » leurs actes ou tenter de les inscrire dans la loi. Et si par hasard, une élection locale est remportée par l’opposition au pouvoir militaire, on annule tout simplement ces élections...

La violence des crimes commis par ce régime

Par ailleurs, le nombre de victimes, les « disparus » dont on a n’a jamais retrouvé les corps, est moins "massive" qu’en Argentine. Mais ce chiffre moindre est aussi lié au fait que les archives n’ont pas réellement été accessibles à la commission d’enquête qui s’est penchée sur le sujet. En effet, au grand regret de la gauche brésilienne et d’un certain nombre d’historiens, les bons nombre de documents relevant de cette période n'ont pas été rendus publics.

Au début des années 2000, l’association brésilienne Tortura Nunca Mais est malgré tout parvenue à obtenir et à mettre en ligne des milliers de documents audio, vidéo et écrits qui donnent une idée de la violence des crimes commis par ce régime.   

Une dictature qui veut maintenir les apparences de pseudo-démocratie

Pour autant, entre 1964 et 1968, le régime maintient les apparences. Par exemple, le Congrès a continué à siéger donnant des gages d’un fonctionnement pseudo-démocratique alors que dans le même temps, la censure battait son plein et que les opposants politiques étaient menacés ou emprisonnés. 

La torture est institutionnalisée et enseignée dans les académies militaires avec pour modèle l’armée française en Algérie. Il y a aussi l’influence américaine. Les états-majors sud-américains sont en partie formés par « l’école de Panama ».

Mais par ailleurs, jusqu’en 1968, les opposants continuent à manifester. La fermeture du pays sera progressive, année après année, le régime se ferme. Fin 60, début 70, les étudiants et les ouvriers lancent des mouvements contestataires qui seront réprimés dans le sang.

1968, c’est le début des arrestations arbitraires et des disparitions de masse. Entre 68 et 73, les mouvements de gauche sont totalement écrasés. Les opposants politiques aux régimes militaires sont à l’étranger, en prison ou bien morts. 

Les personnes dites "subversives" sont emmenées dans des maisons où elles sont torturées et exécutées comme dans la maison Petrópolis. Seule une femme est parvenue à s’échapper et c’est grâce à son témoignage qu’on a reconstitué ce qui s’y était passé. Des maisons comme celle-ci ont existé un peu partout au Brésil. La torture est alors pratiquée à grande échelle.

Mais à la fin des années 70, les ouvriers lancent un mouvement d’ampleur, à leur tête Lula, qui est arrêté en 1978… Le mouvement populaire et démocratique reprend de la vigueur malgré la répression. Il n’empêche que des journalistes et des ouvriers sont toujours et encore assassinés. 

C’est la grève et les militaires emprisonnent le leader syndical. Une erreur qui marque le début de la fin pour la dictature brésilienne. Ce mouvement de masse oblige les militaires à ouvrir progressivement le pays. 

Prendre le temps de revenir sur ce passé douloureux

À la fin de ce régime dictatorial, le pays n’a pas pris le temps de revenir sur ce passé douloureux. C’est seulement en mai 2012, que la "commission nationale de la vérité" est formée à l’initiative de Dilma Roussef qui est alors présidente du pays. Deux ans plus tard, un texte de plusieurs milliers de pages fait précisément le point sur les crimes commis pendant ces 21 ans et parle d’une « politique d’état et d’une action généralisée ». L’ancienne présidente brésilienne, Dilma Roussef, a elle-même été arrêtée et torturée pendant 22 jours.

Récemment, les nostalgiques de la dictature ont donc resurgi jusqu’à parvenir au deuxième tour de l’élection présidentielle avec leur candidat Jair Bolsonaro. 

Le 17 avril 2017, jour de la destitution de Dilma Roussef, Jair Bolsonaro dédie son vote pour le départ de la présidente à un homme, un militaire. Cet homme, c’est celui là même qui a torturé Dilma Roussef pendant la dictature. 

"Il n’y a jamais eu de dictature, ni de torture. C’est un mensonge de la gauche" répètent les officiers à la retraite et l’extrême-droite à longueur de meeting. Trente ans après la fin de la dictature, la société brésilienne n’a toujours pas condamné les responsables de ces 21 ans de dictature.  

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