La crise de la drogue et l'augmentation du nombre de suicides fait baisser l'espérance de vie des Américains à un rythme qui s'accélère depuis quatre ans. En 2017, aux États-Unis, un homme peut espérer vivre jusqu'à 76 ans, une femme jusqu'à 81 ans.

Un usager de drogue s'injecte de l’héroïne dans une rue de New York.
Un usager de drogue s'injecte de l’héroïne dans une rue de New York. © AFP / SPENCER PLATT

En 2017, l'espérance de vie d'un Américain est moins grande qu'en 2014, selon les données de santé publiées jeudi aux États-Unis.

Robert Anderson, chef des statistiques de la mortalité au Centre national des statistiques de santé, souligne que c'est "la première fois", depuis l'historique épidémie de grippe de 1918, "que l'on voit une tendance à la baisse".

Certes, la baisse constatée en 2017 est bien moins forte que celle de 1918, mais elle n'est pas négligeable. L'espérance de vie à la naissance était en 2017 de 76,1 ans pour les hommes et de 81,1 ans pour les femmes. La moyenne pour la population était de 78,6 ans, contre 78,9 en 2014, soit trois ans et demi de moins que de l'autre côté de la frontière, au Canada, alors que le pays est également touché par les overdoses.

© AFP / Gal ROMA, Laurence CHU

"Ces statistiques nous alertent et montrent que nous perdons trop d'Américains, trop souvent, pour des causes évitables", a déclaré le directeur des Centres de contrôle et de prévention des maladies, Robert Redfield.

70 000 décès par overdose

Le nombre de morts par overdoses, élevé depuis le début des années 2000, va en s'intensifiant. En 2017, les autorités recensaient environ 70 000 Américains morts par overdose de drogues, soit 10 % de plus qu'en 2016.

En matière de santé publique, l'intensité de la mortalité par overdose de drogue est comparable au pic de l'épidémie de VIH, à la différence près qu'elle avait rapidement décliné.

Il y a deux catégories d'overdoses : d'une part les drogues non-opiacées, comme la cocaïne, la méthamphétamine et les autres psychostimulants dont la MDMA qui représentent 27 000 morts environ. L'augmentation est largement due à la seconde catégorie : les opiacés. Cela inclut l'héroïne, la morphine, et les opiacés dits semi-synthétiques comme l'oxycodone, un antidouleur sur ordonnance mais détourné sur le marché noir. Ce médicament a la particularité d'être bien souvent une porte d'entrée vers l'addiction. Dernièrement, la majorité des morts sont venus d'une nouvelle génération : les opiacés synthétiques, comme le fentanyl, des dizaines de fois plus puissant que l'héroïne, où une erreur de dosage peut être fatale. Le chanteur Prince en est mort et ce produit a été utilisé pour exécuter un condamné en août dans le Nebraska. 

Ces substances sont faciles à expédier par la poste car une quantité infime, glissée dans une enveloppe, suffit. Le taux de morts par opiacés synthétiques avait doublé de 2015 à 2016 et a augmenté de 45 % en 2017. 

Géographiquement parlant, les États ne sont pas tous concernés avec la même ampleur. La partie la plus rurale du pays, du Texas au Dakota du Sud, est relativement épargnée. À l'inverse, le taux de mortalité pour cause d'overdoses de drogues est fort en Ohio et en Pennsylvanie, dans l'ancienne ceinture industrielle, ou en Nouvelle-Angleterre, où les décès par overdoses fournissent plus du quart des dons d'organes, de quoi concurrencer les accidents de la route. La Virginie occidentale, où la pauvreté est conséquente, possède le triste record de 58 morts en moyenne pour 100 000 personnes, contre 22 au niveau national.

Parmi les 35 pays de l'OCDE, seule l'Islande a récemment vu l'espérance de vie baisser sur trois ans, selon des chiffres couvrant jusqu'à 2016. Ailleurs, elle a augmenté ou stagné. Les suicides ont également augmenté en 2017 aux États-Unis. Seuls les Blancs ont vu leur taux de mortalité augmenter significativement.

© AFP / Sophie RAMIS, Christopher HUFFAKER
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