AMMAN/PARIS (Reuters) - La France a demandé mercredi la création de "zones sécurisées pour protéger les populations civiles" en Syrie, une initiative inédite depuis que le pays a basculé dans la crise, il y a huit mois.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a également déclaré que le Conseil national syrien (CNS), mis en place par l'opposition, était "l'interlocuteur légitime avec lequel nous voulons travailler".

Alain Juppé était l'invité de Patrick Cohen ce matin

target="_blank" href="#"> Lecture

"Nous travaillons avec la Ligue arabe et l'ensemble de nos alliés à une reconnaissance (du Conseil national syrien)", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse commune avec le président du CNS, Burhan Ghalioun.

"A la demande du Conseil national syrien, nous allons examiner avec nos partenaires de l'Union européenne la possibilité de lancer des initiatives humanitaires pour alléger les souffrances des populations, qui sont considérables", a dit Alain Juppé.

"Faut-il créer de des corridors humanitaires ou des zones humanitaires ? Je vais demander a l'Union européenne de le mettre a l'ordre du jour a notre prochaine réunion", a-t-il ajouté.

Les contours de ces "zones humanitaires" restent à définir, mais l'initiative constitue une évolution nette. Jusqu'à présent, les puissances occidentales ont imposé des sanctions économiques à la Syrie mais ne se sont guère montrées prêtes à une forme d'intervention sur le terrain - Alain Juppé a redit mercredi que l'option militaire n'était "pas à l'ordre du jour".

"Les Français tentent de se positionner en pointe, d'abord en Libye et à présent en Syrie", souligne Hayat Alvi, maître de conférence au Naval War College des Etats-Unis.

"Une intervention militaire en Syrie est une perspective bien différente de celle qui a été menée en Libye, mais nous pourrions assister à une augmentation des opérations secrètes", ajoute-t-il.

A Bruxelles, un porte-parole de Catherine Ashton, Haut Représentant de l'Union européenne pour la politique extérieure, a déclaré que l'UE était prête à engager un dialogue avec le CNS et d'autres groupes de l'opposition en soulignant que ces organisations devaient s'en tenir à une approche pacifique et ouverte.

"Protéger les civils en Syrie est un aspect de plus en plus urgent et important de la réponse aux événements en cours dans ce pays", a ajouté Michael Mann.

Les Nations unies évaluent à au moins 3.500 le nombre de morts depuis le début du mouvement de contestation à la mi-mars en Syrie.

La Grande-Bretagne a fait savoir qu'elle était prête à discuter de l'idée émise par la France.

"LA SYRIE EST ARRIVÉE À UN POINT DE NON-RETOUR"

La répression violente du mouvement de contestation en Syrie risque de plonger toute la région "dans un bain de sang", a estimé pour sa part le président turc, Abdullah Gül, en visite à Londres.

"La violence engendre la violence. Aujourd'hui, malheureusement, la Syrie est arrivée à un point de non-retour", a-t-il dit.

La veille, son Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, avait accusé le régime de Bachar al Assad de "lâcheté" parce qu'il faisait tirer l'armée sur la foule. Et Erdogan avait comparé le président syrien à Hitler ou Mussolini.

Signe que les dirigeants turcs pourraient ne pas s'en tenir aux déclarations au vitriol et passer aux actes, des médias turcs rapportent que le commandant en chef de l'armée de terre a inspecté les troupes stationnées près de la frontière syrienne.

Illustration de l'isolement croissant de Damas, 122 pays, au sein de la commission des droits de l'homme de l'Assemblée générale des Nations unies, ont voté mardi soir une résolution condamnant la répression. Seuls 13 pays ont voté contre et 41 se sont abstenus.

La Chine et la Russie, qui avaient opposé leur veto le mois dernier au Conseil de sécurité à un projet de résolution, se sont cette fois abstenues.

Khaled Yacoub Oweis et John Irish, édité par Eric Faye, Patrick Vignal et Henri-Pierre André pour le service français

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.