C'est un feuilleton judiciaire et médiatique qui a commencé à s'écrire devant la justice britannique. En fuite avec ses deux enfants et plus de 30 millions d'euros, la sixième épouse de l'émir de Dubaï a demandé à être placée sous ordonnance de protection. Elle a reçu le soutien de son frère, prince de Jordanie.

La princesse Haya Bint al-Hussein à la sortie de la Haute cour de justice de Londres, le 31 juillet.
La princesse Haya Bint al-Hussein à la sortie de la Haute cour de justice de Londres, le 31 juillet. © AFP / Adrian Dennis

L’histoire a un parfum de scandale dont le puissant émir de Dubaï, Mohammed Ben Rached al-Maktoum, se serait bien passé. Voilà plus d’un mois que la sixième et plus jeune de ses épouses, la princesse jordanienne Haya, 45 ans, a fui vers le Royaume-Uni, emmenant avec elle ses deux enfants et plus de 30 millions d’euros. 

Ce mardi 30 juillet, au cours d’une audience tenue à huis clos, elle s’est présentée devant le juge des affaires familiales de la Haute cour de justice de Londres, flanquée de l’avocate Fiona Shakleton, qui avait représenté le prince Charles lors de son divorce avec Diana. Haya bint al-Hussein a demandé à bénéficier d’une ordonnance de protection contre des brutalités et contre un mariage forcé en relation avec ses enfants, selon l’agence britannique Press Association. La princesse est mère d’une fille de 11 ans et d’un garçon de 7 ans. Une audience a été programmée pour le 11 novembre. 

Une tâche pour la réputation de l'émir de Dubaï

Que s’est-il passé dans le cercle très fermé du richissime émir ? La presse anglaise s’est empressée d’évoquer "l’apparente proximité" d’Haya et du garde du corps de la famille, un ancien officier de l’armée britannique, selon The Times. Poète à ses heures perdues, Mohammed Ben Rached al-Maktoum, 70 ans, a réagi au départ de celle qu'il a épousé en 2004 par quelques vers postés sur Instagram, qui s’achevaient sur ces mots : "Vivante ou morte, peu m’importe. Tu n’as plus ta place dans ma vie. Pars avec qui tu veux". Ambiance.

Nul doute que le départ de la princesse a de quoi embarrasser l’émir de Dubaï. D’autant que, si elle est la première de la famille à parvenir à s’enfuir, elle n’est pas la première à avoir essayé

En février 2018, l'une des filles du cheikh, Latifa al-Maktoum, 32 ans, est rattrapée en eaux indiennes, dans un bateau qui naviguait au large de Goa. C’est sa seconde tentative d’évasion. Un peu plus tôt, la jeune femme avait tourné une vidéo, dans laquelle elle annonçait sa fuite, en raison de mauvais traitement infligés par son père, décrit comme un homme dangereusement obsédé par sa réputation.

Cette vidéo pourrait être ma dernière. Dans peu de temps, je vais partir. Et je ne suis pas très sure de l’issue.

Depuis qu’elle a été ramenée de force à Dubaï, Latifa n’est plus apparue en public. L'ancienne commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Mary Robinson, qui a pu la rencontrer, a déclaré en décembre qu’elle était "perturbée", "suivie en psychiatrie", mais néanmoins bien traitée par sa famille.

En 2000, avant Latifa, une autre fille du souverain avait tenté s’enfuir, profitant d’un séjour en Grande-Bretagne. Sans succès. 

La réaction du royaume de Jordanie scrutée à la loupe

De son côté, Haya bint al-Hussein a-t-elle décidé d'appliquer ses propres préceptes ? "Les femmes doivent prendre conscience de leur force", déclarait-elle 2016 à un magazine. Diplômée d’Oxford en politique, économie et philosophie, cavalière émérite, passionnée par l’artillerie lourde, nommée en 2007 ambassadrice de la paix des Nations Unies, la quadragénaire est la fille du défunt roi Hussein de Jordanie. C’est son demi-frère, Abdallah II, qui dirige aujourd’hui le royaume hachémite. 

D’où les conséquences que pourrait avoir l’affaire sur les relations entre les Émirats et la Jordanie. "Une princesse sage et respectueuse (…) ne fuit pas, ne disparaît pas, ne répond pas au bien par l’ingratitude", a réagi l’écrivain et professeur émirati de sciences politiques Abdel Khaleq Abdallah, dans un tweet amplement relayé. 

La princesse a néanmoins reçu le soutien de son frère, le prince Ali bin al-Hussein, qui a publié une photo sur Twitter accompagnée d'un commentaire : "Aujourd'hui avec ma sœur, la prunelle de mes yeux".

Avec l'Arabie saoudite et le Koweït, les Émirats ont annoncé en 2018 une aide de 2,2 milliards d'euros à destination de la Jordanie, en proie à une grave crise économique sur fond d'afflux de réfugiés syriens. Un isolement du royaume aurait des effets dramatiques pour le pays.

En visite à Abou Dhabi la semaine dernière, Abdallah II a déclaré qu'il s'y sentait parmi les siens, avant d'insister sur sa volonté de maintenir des "liens entre les deux pays et deux peuples frères".

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