Donald Trump compte notamment sur les militaires et les anciens combattants pour être élu. Mais ses propos dénigrant les soldats américains morts ou capturés risquent de lui enlever des voix si précieuses. Déjà, le soutien des troupes pour le président américain commence à s'effilocher.

Les propos attribués à Donald Trump sur les soldats décédés a soulevé l'indignation de nombreux Américains
Les propos attribués à Donald Trump sur les soldats décédés a soulevé l'indignation de nombreux Américains © Getty / RBL/Bauer-Griffin

L'ancien candidat à la primaire démocrate Pete Buttigieg a lui aussi réagi, tweetant eOn y apprend que le Président américain et la Maison Blanche auraient menti lors de la visite de Donald Trump en France en novembre 2018. Officiellement, le président avait annulé sa visite au cimetière militaire américain du Bois Belleau, en raison de la pluie qui empêchait son hélicoptère de décoller. En réalité, selon The Atlantic, il ne voulait pas rendre hommage à des "losers"...

Actualisation le samedi 5 septembre à 1h34 : Fox News confirme les propos révélés dans l'enquête de The Antlantic de jeudi.

Des excuses bidon selon plusieurs sources

Selon l'auteur de l'article de The Atlantic, le rédacteur en chef Jeffrey Goldberg, qui cite quatre sources anonymes haut placées présentes en ce jour de novembre 2018, Donald Trump ne voulait pas se rendre dans l'Aisne car la pluie trop drue menaçait sa coiffure (!) mais aussi parce qu'il ne jugeait pas la visite nécessaire : 

Pourquoi j'irais dans ce cimetière ? Il est rempli de losers !

Lors d'une autre conversation pendant ce voyage, Trump aurait fait référence aux 1 800 marines ayant perdu la vie en 1918 au Bois Belleau. 

Ils sont "nazes" de s'être fait tuer.

La bataille du Bois Belleau est essentielle dans l'histoire militaire américaine. Les Américains s'y sont illustrés par leur courage et leur détermination. Avec les alliés, ils sont parvenus à bloquer les forces allemandes dans leur avancée vers Paris au printemps 1918. 

Trump aurait également demandé à son équipe : 

"C'était qui les gentils dans cette histoire? (...) Je ne comprends pas pourquoi les Américains devaient intervenir aux cotés des alliés". Bref, Trump n'aurait pas saisi l'importance historique du lieu, ni même les motifs d'une visite présidentielle sur place. 

Trump : "John McCain n'est pas un héros de guerre"

Il y a cinq ans, un autre épisode avait marqué l'esprit des militaires. En 2015, sa sortie sur le sénateur de l'Arizona John McCain avait choqué. McCain a passé plus de cinq ans emprisonné dans un camp au Vietnam. Le républicain a survécu à ses blessures, aux tortures et à deux ans d'isolement. Le vétéran a reçu une multitude de décorations militaires au cours de sa carrière, comme le Purple Heart et la Silver Star.

Sénateur, John McCain a ensuite été candidat républicain à l'élection présidentielle de 2008, et a perdu face au démocrate Barack Obama.

Il est également l'un des rares élus républicains à avoir critiqué Donald Trump jusqu'à sa mort en août 2018.

Malgré des états de services dans l'armée irréprochables, Donald Trump n'hésitera pas à dénigrer son passé militaire lors de la campagne présidentielle en 2015, où Trump et McCain s'affrontaient dans la primaire républicaine :

J'aime les gens qui n'ont pas été capturés. 

Selon l'article de The Atlantic, lorsque John McCain est mort, Donald Trump aurait dit : 

On ne va tout de même pas aider à l'organisation de l'enterrement de ce loser

Toujours selon cet article, le Président aurait récidivé lorsqu'il aurait vu les drapeaux en berne en l'honneur de McCain. 

Putain, mais pourquoi on fait ça ? Le mec était un putain de loser !

Critiques contre la famille d'un militaire musulman tué

Nous avons aussi en mémoire les déclarations à l'emporte-pièce de Donald Trump contre un homme qui s'est exprimé contre lui lors de la Convention nationale démocrate de 2016. Cet homme, c'est le père de Humayun Khan, un jeune officier militaire tué en Irak en 2004. Le père est anti-Trump et le fait savoir à la tribune. Il s'en était pris à Donald Trump dans un discours à la Convention démocrate 2016 : " Je demande d'honorer le sacrifice de mon fils. Votez pour celle qui veut unir, et pas pour celui qui divise ! Donald Trump, vous n'avez sacrifié ni rien ni personne pour notre pays".

Réaction de Donald Trump dans une interview télévisée sur ABC affirmant que la femme aux cotés de son détracteur à la convention démocrate (la mère du soldat tué) "ne s'est pas exprimée parce qu'elle n'en avait surement pas le droit (ndlr : sous entendu : parce que c'est une femme) (...) J'ai créé des dizaines de milliers d'emplois, j'ai eu un énorme succès. Ce sont des sacrifices d'avoir permis à autant de personnes d'avoir eu un job". 

Plus tard la mère du soldat tué rectifira les propos de Donald Trump : 

"Je suis très en colère (...). Je souffrais. Quand vous souffrez, soit vous vous battez soit vous ne dites rien. Je ne suis pas une combattante. Je ne sais pas me battre. Donc le mieux était de me taire, a-t-elle dit".

Donald Trump n'a jamais fait l'armée

Il ne faut pas oublier dans le curriculum vitae de Donald Trump un "détail" qui a son importance dans ce débat. Le Président américain n'a jamais fait l'armée. Certes, le service militaire n'est pas obligatoire aux Etats-Unis. Mais durant la guerre du Vietnam, il a fallu faire appel aux jeunes citoyens en état de combattre. Il s'agissait d'un tirage au sort ("draft"). 

Donald Trump a été tiré au sort à quatre reprises, mais a toujours été réformé. Trois fois parce qu'il faisait ses études, une fois sur certificat médical. Son seul lien avec l'armée : ses études dans une école privée militaire très chic et très chère, la New York Military Academy, où ses parents l'avaient envoyé en raison de son mauvais comportement. 

Lors d'une interview publiée en 2015 dans une biographie , il n'hésitera pas à déclarer : 

J'ai toujours eu l'impression d'avoir fait l'armée. J'ai reçu plus d'entrainement militaire que de nombreux gars qui ont fait l'armée. 

Colère des militaires

De nombreuses réactions ont déferlé sur les réseaux sociaux, de la part d'anciens combattants ou d'enfants de militaires morts au combat. 

Sur Twitter, les #WeRespectVets ("nous respectons les veterans") et  #TrumpHatesVeterans ("Trump hait les vétérans") sont parmi les plus utilisés du jour.

Vendredi soir, un message vidéo était projeté sur la Trump Tower à Washington DC : "Nos troupes méritent mieux que Trump", pouvait-on y lire.

L'ancien candidat à la primaire démocrate Pete Buttigieg a lui aussi réagi, tweetant vendredi soir que "les Américains qui servent ne sont ni des "nazes" ni des "perdants" - ce sont des patriotes". 

Cet incident entre Trump et les soldats n'est pas le premier. Déjà, des sondages laissaient entrevoir une inversion de tendance dans les intentions de vote des soldats. Ils ont traditionnellement toujours voté républicain. Ils ont donc tout naturellement voté Trump en 2016, à plus de 70%. Mais sa politique depuis quatre ans a entraîné un important changement. 

Son intention de déployer des troupes pour assurer des missions de maintien de l'ordre pendant les manifestations anti-violences policières et les émeutes qui ont eu lieu en mai et juin dernier sur le territoire américain, la réduction des effectifs militaires en Allemagne... autant de sujets sensibles qui ont retourné l'opinion des soldats. Surtout des soldats d'active.

Selon un sondage réalisé entre le 27 juillet et le 10 août derniers par l'Institute for Veterans and Military Families et publié dans le Military Times, le taux d'avis favorables des soldats des forces armées américaines envers l'actuel locataire de la Maison Blanche est passé de 46,1% (en 2016) à 37,8% (aujourd'hui). Le taux d'avis défavorables est quant à lui passé de 37% en 2016 à 49,9% aujourd'hui. Les intentions de vote des militaires seraient de 41,3% pour le démocrate Joe Biden, et de 37,4% pour Donald Trump. Les 12,8% restants seraient attribués à des plus "petits" candidats. 

Démenti de Donald Trump, qui fait fermer un journal militaire

De son coté, Donald Trump a réagi vivement aux propos qui lui sont attribués dans The Atlantic. La nuit dernière, il est allé à la rencontre de reporters à la descente de l'avion présidentiel Air Force One. Enervé, il a crié en raison du bruit assourdissant des moteurs de l'avion   : 

“Si des gens ont vraiment dit que j'avais dit ça, ce sont des menteurs. Et je veux bien jurer sur ce que vous voulez que je n'ai jamais dit ça sur nos hommes tombés au combat. Personne ne les respecte plus que moi. Quel animal dirait une chose pareille ? "  

Dans la foulée, et même si il n'y a aucun lien avec la polémique du jour, la presse vient de publier un mémo confidentiel du Pentagone. On y apprend  la fermeture au 30 septembre du journal militaire Stars and Stripes, qui existe depuis la Guerre de Sécession en 1861. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.