L'opération israélienne "Pilier de Défense" passe également par les réseaux sociaux. L'armée communique à la minute près ses activités quotidiennes. Le but : gagner la bataille de la communication.

Twitter, l'arme secrète

Capture d'écran du compte @Tsahal_IDF le 14 novembre
Capture d'écran du compte @Tsahal_IDF le 14 novembre © Radio France

La guerre version 2.0. En grossissant le trait, c'est certainement le ressenti en ce 14 novembre des habitués français du réseau social Twitter, à la vue de ce compte, méconnu jusqu'alors : , pour la version française.

Sous ce nom se cachent en fait les forces armées israéliennes (Israeli Defense Forces en anglais), qui viennent tout juste d'annoncer la mort d'Ahmad Jaabari, chef des opérations militaires des Brigades Ezzedine al-Qassam, le bras armé du mouvement palestinien Hamas. Et la forme de l'annonce, une photo du responsable militaire barrée de la mention "éliminé", fait grand bruit.

A partir de ce 14 novembre, l'armée israélienne va livrer heure par heure le déroulé de l'opération. Cibles visées, nombre de roquettes lancées depuis la Bande de Gaza vers le territoire israélien ; Twitter devient lui aussi un terrain de guerre.

Malgré tout, pour faire la guerre, il faut être au moins deux. Face à Tsahal, les groupes armés palestiniens ne restent pas sans réagir. Le compte livre de son côté le point de vue depuis la Bande de Gaza, de ceux qui viennent de perdre leur chef militaire. En anglais, les tweets répondent point par point aux accusations de l'armée israélienne, comme celui-ci, rédigé le 21 novembre au matin :

Avertissement aux Israéliens : restez à distance de l'armée, une armée terroriste, qui vous utilise comme des boucliers humains

Une réaction, semble-t-il, plus qu'une réelle initiative, à la bataille lancée sur Twitter par Tsahal.Les Brigades Ezzedine al-Qassam insistent beaucoup sur les pertes civiles du côté palestinien, n'hésitant pas à diffuser des photographies de "martyrs" tombés sous les bombes israéliennes, dont de nombreux enfants.

La guerre de la communication

Twitter n'est pas le seul réseau social utilisé par les deux parties. Facebook également est le théâtre d'une véritable guerre des mots et des réactions. Le compte de Tsahal est l'exact reflet de ce qui se dit sur Twitter, un assemblage de photos, vidéos et déclarations destinées à faire la "réclame" de l'opération "Pilier de Défense", en légitimant la réaction israélienne face aux tirs de roquettes venant de la Bande de Gaza.

Sur YouTube, le propos est le même : livrer bataille sur le terrain des images.

Capture d'écran du 21 novembre 2012
Capture d'écran du 21 novembre 2012 © Radio France

Pour autant, Israël n'a pas attendu l'opération militaire "Pilier de Défense" pour faire la publicité de Tsahal, son armée élevée au rang de defenseur de la nation depuis la création de l'Etat hébreu. Via le site internet Tsahal.fr, l'internaute français peut tout apprendre de la force armée israélienne, de son équipement à sa doctrine, en passant par la célébration des victoires militaires. Le tout bien évidemment passé par le filtre de la hiérarchie militaire, car tout dans ces pages ne vise qu'une chose : convaincre du bien-fondé du rôle, défensif comme il est précisé, de Tsahal, et de l'existence même de l'Etat d'Israël.

Pour bien marteler le message, la page d'accueil du site laisse apparaître un décompte, celui, en temps réel, du nombre de roquettes tirées contre Israël.

Des effets positifs ?

Investir Internet sert sa communication. Mais inonder les réseaux sociaux peut avoir l'effet inverse. Cité par l'Agence France Presse, James Noyes, chercheur à la Hoover Institution, un think tank de l'université américaine de Stanford, l'affirme :

Ils sont très conscients de la manière dont les choses vont être perçues, et ce d'autant qu'ils sont de plus en plus isolés dans l'opinion publique mondiale, et moins soutenus par celle des Etats-Unis

Pour lui comme pour d'autres spécialistes, pas de doute : la stratégie d'Israël sur Internet ne redorera pas le blason d'une armée très critiquée à travers le monde. Cela se vérifie d'ailleurs dans les commentaires d'internautes sur la page Facebook de Tsahal, majoritairement hostiles à l'intervention israélienne contre la Bande de Gaza. Malgré tout, Israël tente bien d'insister sur les précautions prises vis-à-vis des populations civiles à Gaza. Toujours sur Twitter :

Nous dispersons actuellement des tracts sur #Gaza en demandant à la population de s'éloigner des terroristes & des infrastructures du #Hamas

Israël souhaite en fait rétablir ce qu'il estime être "sa vérité", face à une information bien souvent jugée partiale et incomplète. Le ou les administrateurs du compte Twitter de Tsahal n'hésitent pas à s'adresser directement aux journalistes et aux médias, reprochant à certains leur traitement jugé peu objectif de la situation. A l'Agence France Presse qui indique que son bureau à Gaza a été touché par un missile :

@afpfr Ce bâtiment abritait un QG du renseignement du #Hamas. N'acceptez pas de leur servir de boucliers humains.

Cependant, cette stratégie pose une question fondamentale : celle de la liberté d'expression sur les nouveaux médias, d'un côté ou de l'autre. Twitter interdit par exemple dans ses conditions générales les mentions directes à la violence, tandis que les autres réseaux sociaux se passeraient volontiers de cette "publicité", qui peut leur apparaître mauvaise pour leur image.

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