[scald=109175:sdl_editor_representation]par David Lewis

BAMAKO (Reuters) - Les auteurs du coup d'Etat au Mali ont promulgué une nouvelle Constitution en vertu de laquelle ils s'engagent à ne pas se présenter à de futures élections.

Cette nouvelle Loi fondamentale, qui ne donne pas de date pour de nouvelles élections, a été promulguée quelques heures après la suspension du Mali par la Cédéao, dont les pays membres ont menacé de sanctions, voire d'un recours à la force le nouveau régime, pour le convaincre de rétablir l'ordre constitutionnel à Bamako.

Une délégation de six chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest a prévu de se rendre dans les 48 heures dans la capitale malienne pour demander aux putschistes, qui ont renversé le président Amadou Toumani Touré le 21 mars, de renoncer au pouvoir.

La Haut Commissaire aux droits de l'Homme des Nations unies, Navi Pillay, a invité mercredi le Mali à suivre l'exemple du Sénégal en organisant des élections.

"Les changements anticonstitutionnels de gouvernement, accompagnés de violence, peuvent avoir un impact dévastateur sur la situation des droits de l'homme", avertit-elle.

"Le Mali a également une bonne pratique en matière d'élections démocratiques au cours des deux dernières décennies, et j'espère qu'il reviendra sur cette voie dès que possible", dit-elle dans un communiqué.

La nouvelle Constitution garantit le droit de manifester ou de se mettre en grève et accorde l'immunité aux auteurs du putsch, qui, selon des organisations de défense des droits de l'homme, a fait trois morts.

"Quiconque est membre du CNRDRE (Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat) ou du gouvernement ne peut être candidat aux élections", stipule la nouvelle Constitution, qui a été lue à la télévision nationale.

En vertu de la nouvelle Loi fondamentale, 15 des 41 sièges au sein de la nouvelle instance dirigeante chargée de préparer des élections seront alloués à des civils.

RASSEMBLEMENT DE SOUTIEN À LA JUNTE

Le coup de force, déclenché par des militaires indignés par l'incapacité du pouvoir à mater la rébellion touarègue, a été condamné par les Nations unies, les pays voisins du Mali et par plusieurs autres pays, dont les Etats-Unis et la France, l'ancienne puissance coloniale.

Mercredi, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Bamako pour protester contre l'ingérence étrangère. Il s'agit de la plus importante démonstration de force en faveur de la junte, qui apparaissait jusque-là de plus en plus isolée, notamment à l'étranger.

"Ils (les militaires) doivent rester pour résoudre les problèmes dans le Nord, ainsi que les problèmes touchant à la corruption et à l'éducation. C'est plus important que les élections", estimait un manifestant. Parmi la foule flottaient des banderoles sur lesquelles on lisait "Vive l'armée!" ou "Dignité retrouvée!"

La délégation de six chefs d'Etat de la Cédéao qui devrait arriver à Bamako vendredi sera composée du président ivoirien, Alassane Ouattara, président en exercice de la Cédéao, du Nigérian Goodluck Jonathan, du Burkinabe Blaise Compaoré, de la Libérienne Ellen Johnson-Sirleaf, du Nigérien Mahamadou Issoufou et du Béninois Yayi Boni.

On ignore toujours où se trouve le président renversé Amadou Toumani Touré. Alassane Ouattara a dit cependant lui avoir parlé par téléphone mardi et il a ajouté qu'il était en sécurité. Il se trouverait, pense-t-on, aux côtés de soldats qui lui sont restés fidèles, quelque part dans son pays.

Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.