Le gouvernement d’Union nationale de Fayez Al Sarraj, appuyé par la Turquie et le Qatar, en appelle au soutien de "pays amis" face à l’offensive du maréchal Haftar, soutenu par l'Égypte, l'Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis. Une bataille d'influence avec un enjeu majeur : les réserves de gaz et de pétrole.

"Laissez-nous tranquilles" exhortent des opposants au maréchal Haftar, dénonçant l'ingérence de la France, de l'Égypte et des Émirats Arabes Unis.
"Laissez-nous tranquilles" exhortent des opposants au maréchal Haftar, dénonçant l'ingérence de la France, de l'Égypte et des Émirats Arabes Unis. © Radio France / Omar Ouahmane

Depuis 2011 et la chute du dictateur Mouammar Kadhafi, la Libye est en proie au chaos et privée de structure étatique. Les deux années de tentative d'apaisement menée par l’envoyé spécial de l’ONU, Ghassan Salamé, ne seront pas venues à bout de la division. À l'ouest, le gouvernement libyen d'union nationale (GNA) dirigé par le premier ministre Fayez el Sarraj et reconnu par les Nations Unies. À l'est, l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar. Le conflit entre ces deux camps se joue désormais aux portes de la capitale, Tripoli, sur fond d'implication croissante de puissances étrangères.

Les deux camps s'affichent en remparts contre le terrorisme

Basé à Benghazi, l'ancien proche de Kadhafi, Khalifa Haftar, se veut le fer de lance de la lutte contre le terrorisme islamiste. L'une de ses conquêtes les plus stratégiques est située dans le nord-est du pays : le croissant pétrolier, poumon économique de la Libye. Galvanisé par le soutien de l'Égypte, de l'Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis, il tente depuis le 4 avril de s'emparer de Tripoli, où sévissent selon lui "des terroristes et des mercenaires".

Sur le plan diplomatique, l'ANL a aussi reçu les faveurs très officieuses des États-Unis mais également de la Russie, qui nie cependant la présence de "mercenaires" sur le territoire, ainsi que de la France. Explications du ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, dans un entretien au Figaro le 3 mai : "Haftar a lutté contre le terrorisme à Benghazi et dans le sud de la Libye, et cela était dans notre intérêt, celui des pays du Sahel, celui des voisins de la Libye. Je soutiens tout ce qui sert la sécurité des Français et des pays amis de la France." Revirement du président de la République en mai. Emmanuel Macron a assuré de son "soutien" le gouvernement de Tripoli, mais cela n'a pas permis de lever les doutes sur la position française qualifiée d’ambiguë par les autorités qui siègent dans la capitale libyenne.

Pour contrer l'offensive du maréchal Haftar, le GNA a demandé en décembre dernier l'instauration d'accords sécuritaires bilatéraux à cinq "pays amis" (États-Unis, Royaume-Uni, Italie, Algérie et Turquie). Objectif affiché : la lutte contre "les organisations terroristes, notamment l'État islamique (EI) et Al-Qaïda"

"Ingérence étrangère" sur fond d'enjeu énergétique

Si son appel est resté lettre morte dans les capitales européennes, le GNA peut compter sur le soutien du Qatar, ainsi que l'aide d'Ankara, d'abord tacite avec l'envoi ces derniers mois de matériels militaires, et désormais officielle. Les députés turcs ont approuvé jeudi une motion permettant au président Recep Tayyip Erdogan d'envoyer des conseillers, des moyens aériens et terrestres, suscitant la désapprobation du Kremlin, ainsi que l'inquiétude d'Emmanuel Macron et de ses homologues égyptien et américain.

Fin novembre, la Turquie avait conclu deux accords avec le gouvernement de Tripoli. Un gage de coopération militaire, en échange d'un accès aux vastes zones de la Méditerranée orientale. Une façon de se ranger du côté du droit international, mais aussi de défendre ses "intérêts (...) dans le bassin méditerranéen et en Afrique du Nord", comme le soulignait la résolution soumise au vote des députés. En effet, cet accord permettra à la Turquie d'augmenter considérablement son influence dans l'exploitation de ces gisements disputés par la Grèce, l’Égypte, Chypre et Israël.

Face à "l'ingérence étrangère croissante en Libye", la mission de l'ONU (Manul) a réagi sur Twitter à l'annonce de la "mise en œuvre" de l'accord avec Ankara, estimant qu'une "solution politique est la seule solution à la crise"

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.