par Yasmine Saleh

LE CAIRE (Reuters) - Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont adopté dimanche à une large majorité des sanctions à l'encontre de la Syrie, qui entrent aussitôt en application, et ils n'ont pas exclu une intervention étrangère au cas où le monde arabe, seul, ne parviendrait pas à faire cesser le bain de sang.

"La décision est exécutoire tout de suite, dès aujourd'hui", a dit le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, le cheikh Hamad bin Djassim al Sani, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion des chefs de la diplomatie des pays de la Ligue arabe, au Caire.

Dix-neuf des 22 membres de la Ligue arabe ont approuvé ces sanctions, qui prévoient un gel des avoirs de l'Etat syrien, l'interruption des transactions avec la banque centrale de Syrie et l'arrêt des investissements dans ce pays, a détaillé le ministre. En vertu de ces sanctions, les responsables syriens n'auront plus le droit de se rendre dans d'autres pays arabes.

Les ministres avaient demandé au préalable au conseil économique et social de l'organisation panarabe, qui s'est réuni samedi, de mettre au point les mesures contraignantes, Damas n'ayant pas obtempéré à l'ultimatum lui enjoignant d'accepter la présence d'observateurs arabes et de cesser de réprimer les manifestations contre le régime baassiste.

Depuis des décennies, la Ligue a évité de prendre des mesures de ce genre contre l'un ou l'autre de ses membres, mais dans le cas actuel, l'organisation y est fortement encouragée par les pressions des pays arabes du Golfe, déjà irrités par l'alliance entre Damas et Téhéran, et par les changements engendrés par les soulèvements dans divers pays.

L'ampleur de la répression en Syrie a elle aussi incité les pays arabes à agir. Ce mois-ci, plusieurs centaines de personnes, dont des civils, des soldats et des déserteurs, ont été tuées. Les Nations unies chiffrent à plus de 3.500 le nombre de morts en Syrie depuis le début du soulèvement à la mi-mars.

Afin d'ajouter du poids aux décisions de la Ligue arabe, Ahmet Davutoglu, chef de la diplomatie de la Turquie, le puissant voisin au nord de la Syrie, était présent aux réunions ministérielles de l'organisation, ce week-end. La Turquie, qui a fortement haussé le ton à l'égard du régime syrien ces dernières semaines, avait prévenu qu'elle agirait à l'unisson de la Ligue arabe vis-à-vis du régime de Damas.

"ÉVITER UNE INGÉRENCE"

Les Arabes disent privilégier une solution régionale au problème syrien et ne pas vouloir d'une intervention étrangère en Syrie. La France est le premier grand pays à avoir prôné une implication de la communauté internationale, en proposant mercredi la création de "corridors humanitaires" pour protéger les civils.

Le Premier ministre du Qatar a indiqué lors de sa conférence de presse que les puissances étrangères pourraient intervenir si elles jugeaient que les efforts de la Ligue arabe ne sont pas suffisamment "sérieux".

"Tout ce que nous faisons vise à éviter pareille ingérence", a dit le ministre qatari.

Les sanctions ont été approuvées à la majorité, comme le fut la décision de suspendre la Syrie de l'organisation, entérinée ce mois-ci par 18 membres. Le Yémen et le Liban s'y étaient opposés et l'Irak s'était abstenu.

Bagdad a d'ores et déjà laissé entendre qu'il n'imposerait pas de sanctions à son voisin syrien.

"Il s'agit d'une étape symbolique, mais formidable. La Ligue arabe s'est efforcée de faire cesser les tueries de civils mais n'y est pas parvenue. Maintenant, elle retire au régime sa caution arabe, ce qui pourrait faciliter une intervention de la communauté internationale", a réagi un opposant syrien de renom, Walid al Bounni, présent au Caire.

"Nul ne veut voir la population syrienne privée de produits de première nécessité. Les Arabes disent à Bachar: Vous tuez le peuple auquel vous prétendez appartenir. Nous ne vous recevrons pas dans nos capitales. Nous gelons vos avoirs. Nous n'investissons pas dans votre pays", a commenté Bounni.

En Syrie, les violences ont continué. Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur un cortège funèbre à Daïr az Zour, dans l'est du pays, blessant dix personnes. A Rankous, ville à 30 km au nord de Damas, elles ont tué deux civils, ont déclaré dimanche des militants de l'opposition.

Dans la plaine d'Al Ghab, au nord-ouest de la ville de Hama, des militaires ont arrêté plusieurs dizaines de villageois dans la ville de Kfar Nbouzeh, incendié six habitations appartenant à des opposants et saccagé des boutiques, rapporte l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Eric Faye pour le service français

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