Michael Bloomberg participe ce mercredi à Las Vegas à son premier débat entre les candidats encore en lice pour l'investiture démocrate. Au-delà des critiques liées à sa fortune, et son entrée tardive dans la course, il est mis face aux propos misogynes qu'il a tenus tout au long de sa carrière.

Le candidat Michael Bloomberg attaqué sur ses nombreux propos misogynes
Le candidat Michael Bloomberg attaqué sur ses nombreux propos misogynes © AFP / JEFF KOWALSKY

C'est une surprise : un sondage national publié ce mardi matin par la radio publique NPR et la télé publique PBS attribue 19% des intentions de vote à Michael Bloomberg, le classant ainsi à la deuxième place de la liste des huit candidats démocrates à l'investiture du parti, derrière Bernie Sanders (qui est tout de même à 31%). Bloomberg, ancien maire de New-York, ancien républicain, devenu indépendant avant de passer dans le camp démocrate, s'est pourtant lancé très tard dans cette campagne pour les primaires (en novembre, alors que d'autres sont sur le terrain depuis un an) : il a sauté les premiers caucus et primaires pour entrer en lice à l'occasion du "super Tuesday", le 3 mars.

Ses principaux atouts sont sa notoriété et sa fortune, évaluée par Forbes à 53 milliards de dollars, soit 17 fois la fortune de Donald Trump. Ses principaux points faibles sont son âge (78 ans) et les propos misogynes qu'il a prononcés au fil de sa carrière d'homme d'affaires et d'homme politique. Tout refait surface à la veille de cette élection présidentielle 2020. 

Un petit carnet qui en dit long

En 1990, pour son 48e anniversaire, Bloomberg a reçu un petit carnet, "The portable Bloomberg". Un drôle de cadeau qui contient de nombreuses citations lui étant attribuées. L'autrice de ce condensé de phrases obscènes ? L'ancienne cheffe du marketing du groupe Bloomberg. Elle y écrit dans l'introduction : "Oui, ce sont de vraies citations. Rien n'est exagéré. Et non, nous n'avons pas pu tout écrire, certaines phrases étant trop scandaleuses". 

Effectivement, les propos qui y sont rapportés sont cruels envers les employés de Bloomberg, racistes, salaces, dégradants, misogynes. Par exemple :

"Si les femmes voulaient qu'on apprécie leur intelligence, elles fréquenteraient des bibliothèques plutôt que des grands magasins."

On peut également y lire ses conseils pour devenir un bon vendeur : 

"Un bon vendeur est comme un homme dans un bar qui essaie d'embarquer des femmes en leur demandant : 'Tu veux baiser ?' Il se fait beaucoup rembarrer mais il baise aussi beaucoup !" 

Le problème pour Bloomberg, c'est que le Washington Post s'est procuré le livret et l'a publié cette semaine. 

Plusieurs plaintes pour discrimination sexiste

Au fil des années, plusieurs plaintes pour discrimination sexiste ont été déposées par des employées contre Michael Bloomberg et contre son entreprise. Trois procédures judiciaires sont toujours en cours. Elles concernent là aussi des faits de harcèlement sexuel et de discrimination sexuelle. 

L'une des plaignantes accuse Bloomberg d'avoir créé une culture d'entreprise basée sur le harcèlement sexuel et l'humiliation. Une vendeuse affirme que lorsqu'elle a annoncé sa grossesse à Michael Bloomberg, ce dernier se serait écrié : "Tue-le!". Le patron a nié, et a passé un accord financier confidentiel avec cette femme.

La candidate démocrate à l'investiture Elisabeth Warren a réagi à toutes ces accusations sorties dans la presse ces derniers jours en demandant à ce que la confidentialité soit levée, afin que les plaignantes qui ont passé un accord avec Bloomberg puissent témoigner publiquement. 

Des attaques anti-MeToo

Dans une interview au New York Times en 2018, Bloomberg a défendu son ami Charlie Rose, ce journaliste présentateur de PBS accusé de harcèlement sexuel par de nombreuses collègues. Certains de ces actes se seraient même déroulés dans les studios de télé de Bloomberg. 

Michael Bloomberg a même affirmé dans cette interview : "Ce que je lis est honteux, j'ignore si tout ceci est vrai. Nous n'avons jamais reçu aucune plainte. Est-ce vrai ? Vous ne vous intéressez qu'aux personnes qui disent que c'est vrai, mais nous avons un système où la présomption d'innocence est la base."

Bloomberg et Trump même combat ? 

Lorsque l'on entend ou que l'on lit les propos de Bloomberg sur les femmes, on pense forcément à Donald Trump. Même machisme, mais aussi même défense. Comme Donald Trump, Michael Bloomberg se présente en patron ayant toujours offert une place de choix aux femmes dans ses entreprises. Comme si permettre aux femmes d'accéder à des postes dans une entreprise exonérait le patron de tout, y compris de dérapages réguliers, sexistes et graveleux.  

"J'ai toujours été en demande de leur leadership, de leurs conseils et de leur implication. Comme je l'ai montré tout au long de ma carrière, je serai toujours un champion pour les femmes sur le lieu de travail". 

Régulièrement, Michael Bloomberg a été amené à répondre à des accusations de misogynie. En 2001, son porte-parole avait même reconnu qu'il "avait dû prononcer certaines de ces phrases" et Michael Bloomberg s'était excusé envers "les personnes qu'il avait pu offenser". Mais il semble, d'après les témoignages qui s'accumulent, que ces propos aient été récurrents et qu'ils aient été prononcés la plupart du temps en public.

C'est exactement la même défense que Donald Trump qui, lorsque ses propos salaces sont sortis à la suite d'un voyage en bus ("I grab them by the pussy", que l'on peut traduire par "je les attrape par la chatte"), s'est excusé envers "ceux qui auraient pu être choqués par ces propos".

Michael Bloomberg de son coté en a même rajouté ce mardi, pour tenter de démontrer que tout dans son programme est fait en faveur des femmes : "Sur tous les sujets dans lesquels je m'implique, les femmes montrent le chemin, que ce soit les mères qui luttent contre la violence par armes à feu ou les jeunes femmes qui quittent l'école pour réclamer plus de justice climatique. Quand nous battrons Trump, je pourrai dire que c'est grâce aux femmes qui se sont levées pour dire assez! "

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