[scald=82625:sdl_editor_representation]par Alistair Lyon

BEYROUTH (Reuters) - Plusieurs observateurs de la Ligue arabe ont quitté la Syrie ou pourraient le faire prochainement pour dénoncer l'incapacité de la mission à mettre un terme à la répression des manifestations hostiles au président Bachar al Assad, rapporte jeudi un ancien membre de leur équipe.

L'opposition syrienne estime que les observateurs, qui sont arrivés le 26 décembre pour veiller à la mise en oeuvre d'un plan de sortie de crise, permettent avant tout au régime syrien de gagner du temps, dix mois après le début de la contestation.

Accepté par Damas en novembre, ce plan prévoit la libération des prisonniers politiques, le retrait des chars déployés dans les villes, la fin de la répression et l'ouverture d'un dialogue avec l'opposition.

Mais, selon un haut dirigeant de l'Onu, le nombre de manifestants tués en Syrie s'est accru depuis le début de la mission. La répression des manifestations antigouvernementales a fait plus de 5.000 morts depuis mi-mars 2011, selon les Nations unies.

Selon l'Algérien Anouar Malek, qui a quitté la mission cette semaine estimant qu'il n'était pas en mesure d'empêcher "des scènes d'horreur", de nombreux observateurs partageraient son point de vue.

"Je ne peux pas préciser combien mais ils sont nombreux. Quand vous parlez avec eux, leur colère est évidente", a-t-il déclaré à Reuters, joint par téléphone au Qatar. De nombreux observateurs ont reçu ordre de leur gouvernement de ne pas quitter la mission, ajoute-t-il.

Le chef de la mission a démenti ses propos. "Le général (soudanais) Mohammed al Dabi (...) a confirmé que ce que l'observateur Anouar Malek a dit à une chaîne satellitaire ne correspondait en rien à la réalité", indique la Ligue arabe dans un communiqué.

"Après sa nomination dans l'équipe de Homs, Malek n'a pas quitté l'hôtel pendant six jours et n'est pas sorti avec le reste de l'équipe au prétexte qu'il était malade", poursuit-elle, ajoutant qu'il avait demandé à être soigné à Paris mais qu'il a fini par quitter la Syrie par ses propres moyens.

Un juriste marocain, un travailleur humanitaire de Djibouti et un Egyptien ont également quitté la mission, selon l'ex-observateur.

Ces départs n'ont pas pu être confirmés mais un autre observateur, qui a souhaité garder l'anonymat, a dit à Reuters qu'il prévoyait de quitter la Syrie vendredi.

"La mission ne sert pas les citoyens, elle ne sert à rien", a-t-il dit.

DIVISIONS

La Ligue arabe, qui recevra le 19 janvier le rapport complet de la mission d'observation, est divisée sur le dossier syrien, entre le Qatar ouvertement critique de la répression et l'Algérie qui estime que le gouvernement syrien a fait des efforts.

Nabil Elarabi, secrétaire général de l'organisation, a estimé jeudi que Damas n'avait appliqué qu'une partie de l'accord conclu en novembre. "Ni la violence ni les meurtres n'ont cessé. Le nombre a baissé, mais ils n'ont pas cessé", a-t-il reconnu sur l'antenne d'Al Hayat.

Aux Etats-Unis, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a dénoncé mercredi le "cynisme glacial" des propos tenus par le président Bachar al Assad et estimé que la mission ne pouvait pas durer indéfiniment.

Le président syrien, qui s'est exprimé à deux reprises en moins de 48 heures, a raillé mardi les tentatives de la Ligue arabe de mettre un terme à la répression.

Assad impute les violences à un "complot terroriste" ourdi de l'étranger et fait état de 2.000 policiers et soldats tués depuis mars.

Au lendemain de la mort à Homs du journaliste français Gilles Jacquier, premier reporter occidental tué depuis mars, les opposants à Bachar al Assad ont accusé le régime d'avoir organisé l'attaque qui lui a coûté la vie pour alimenter sa thèse selon laquelle les violences seraient l'oeuvre d'activistes étrangers.

Selon l'agence de presse officielle Sana, le journaliste et les huit autres victimes ont été tués par un obus tiré par des "terroristes."

"Les journalistes ont été attaqués dans un bastion du régime fortement militarisé", a quant à lui souligné Wissam Tarif, de l'ONG Avaaz. "Il serait extrêmement compliqué pour tout membre armé de l'opposition de pénétrer dans la zone et de mener une telle attaque."

La Ligue arabe a abandonné l'idée de renforcer sa mission, qui compte actuellement 165 observateurs, après l'agression de 11 d'entre eux par des manifestants pro-Assad dans la cité portuaire de Lattaquié, lundi. Depuis, aucun ne s'est rendu sur les lieux de la contestation.

Avec Dominic Evans à Beyrouth, Lin Noueihed au Caire, Patrick Worsnip aux Nations unies; Marine Pennetier pour le service français

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