En l’espace d’une semaine, quatre journalistes égyptiens ont été arrêtés. Ils sont accusés de terrorisme et de diffuser de fausses informations selon les autorités. Mais surtout, d’exercer leur métier car dans le pays, la répression envers les journalistes s’intensifie.

Lors d'une manifestation contre le président Abdel Fattah al-Sissi, au Caire, le 20 septembre dernier.
Lors d'une manifestation contre le président Abdel Fattah al-Sissi, au Caire, le 20 septembre dernier. © AFP / STR

Les arrestations de journalistes et d'opposants se multiplient en Egypte depuis plusieurs mois. Trois journalistes ont été arrêtés à la sortie d'un café du Caire mardi, en Egypte. La journaliste indépendante Solafa Magdy, son mari photojournaliste indépendant Hosam El-Sayyad et un autre journaliste indépendant Mohamed Saleh. Ils sont accusés d’avoir rejoint un "groupe terroriste". Solafa Magdy, elle, est aussi accusée de diffuser "de fausses informations". 

Emprisonné au moins deux semaines

Ils ont été emprisonnés. Leur avocat, Abdallah Tantawy, affirme qu'ils ont été retenus dans un lieu tenu secret, les yeux bandés et menottés, avant d'être transférés. Solafa Magdy est actuellement incarcérée à la prison pour femmes de Qanater, au nord du Caire. Hosam El-Sayyad et Mohamed Salah sont eux, à la prison de Torah, au sud de la capitale égyptienne.

Au cours de son interrogatoire, Solafa Magdy a refusé de donner les codes de son compte Facebook. Elle a été frappée et insultée, selon son avocat. Ces trois journalistes se connaissent depuis plusieurs années. Ils ont participé à la révolution de janvier 2011 sur la place Tahrir. Les manifestations ont engendré la chute du dictateur Hosni Moubarak. 

Récemment, Solafa Magdy avait obtenu une bourse des Nations unies et elle avait été sélectionné parmi 15 journalistes dans le monde pour participer à des rencontres en marge l’Assemblée générale à New-York et pour couvrir l’événement. Ancienne cheffe de bureau dans une chaîne de télévision, Solafa Magdy s'est spécialisé pour couvrir et filmer des manifestations avec un téléphone portable. Le mois dernier, Hosam El-Sayyad et Mohamed Saleh avait relayé l’arrestation de la militante des droits de l’homme Esraa Abdelfattah, qui affirme avoir été torturée en détention.

Une tribune dans Libération pour demander leur libération

Une tribune signée par une centaine de journalistes et chercheurs a été publié vendredi dans le journal Libération, pour demander "la libération immédiate et inconditionnelle des trois journalistes, arrêtés simplement pour avoir, malgré la peur et les risques encourus, exercé leur métier et dénoncé les violations des droits humains" écrivent-ils. La tribune se termine ainsi : "Le journalisme n'est pas un crime. Les journalistes ne sont pas des terroristes."

Depuis l’accession au pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi, les arrestations et les intimidations envers les journalistes se multiplient. Ils sont devenus la cible du président, "et al-Sissi est en train de gagner la bataille" s’indigne la réalisatrice Pauline Beugnies, contactée par France Inter. Elle a réalisé un documentaire sur la jeunesse égyptienne en 2017. "En fait, la répression n’a jamais vraiment cessé" ajoute Claire Talon, chercheuse et spécialiste de l’Egypte. 

"Le régime égyptien fait tout passer pour du terrorisme. Ils mettent à profit les lois qu’ils ont mise en place" explique Pauline Beugnié, une amie des journalistes arrêtées. "Les autorités ont lancé une entreprise pour faire taire les voix indépendantes" poursuit-elle.

Faire taire les dernières voix dissidentes

La semaine dernière déjà, le pouvoir égyptien avait pris pour cible Mada Masr, le dernier média indépendant du pays. Quatre journalistes ont été arrêtés puis relâchés lors d’une perquisition dans les bureaux de la rédaction, au Caire. Ce média en ligne produit des reportages, des analyses, des enquêtes approfondies. "Pour nous, à l’étranger, c’est l’une des sources principales de compréhension et d’analyse sur ce qui se passe dans le pays" affirme la chercheuse Claire Talon.

Le site n’est même plus accessible pour les Égyptiens. Ils doivent contourner le blocage des autorités égyptiennes en utilisant un VPN, un Réseau Privé Virtuel.

"Un système judiciaire parallèle"

"Ils veulent fermer la dernière fenêtre d’information libre du pays. Ces journalistes sont les derniers des Mohicans" lance Claire Talon, "des résistants, à leur manière". La stratégie du pouvoir est simple : ils harcèlent, menacent, arrêtent tous ceux qui gravitent autour de Mada Masr. C’est le cas pour les trois journalistes arrêtés. Selon le Comité pour la protection des journalistes, une association basée à New-York, l’Egypte est le pays qui emprisonne le plus de journalistes au monde après la Chine et la Turquie.

Mercredi dernier, Amnesty International publiait un rapport de 60 pages. L’ONG révèle comment le régime égyptien poursuit en toute illégalité des milliers de personnes. L’unique objectif, étouffer les critiques envers le président Abdel Fattah al-Sissi. "C’est un système judiciaire parallèle. Il abuse de ses prérogatives pour autoriser des détentions arbitraires et l’usage de la torture en prison" explique Katia Roux, responsable du plaidoyer Libertés à Amnesty International France.

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