[scald=68065:sdl_editor_representation]par Tom Perry

LE CAIRE (Reuters) - Des contestataires continuent samedi de demander la fin du pouvoir militaire place Tahrir au Caire et des échauffourées ont éclaté avec des policiers, à deux jours du début des élections législatives égyptiennes.

Des centaines de protestataires ont campé durant la nuit de vendredi à samedi sur la place symbole de la contestation égyptienne. Certains d'entre eux se sont dirigés samedi matin vers le bâtiment abritant le parlement situé non loin de là, pour protester contre la nomination de Kamal Ganzouri au poste de Premier ministre. Ils estiment que la désignation de ce septuagénaire ne rompt pas avec l'ère Moubarak, car il a exercé les fonctions de chef du gouvernement de 1996 à 1999.

La police a dispersé la foule à l'aide de gaz lacrymogènes et quatre manifestants ont été blessés lors des heurts, selon des témoins. Il s'agit du premier regain de violences depuis une trêve conclue jeudi entre la police antiémeute et les manifestants après une semaine marquée par la mort de 41 personnes lors d'affrontements.

"A bas, à bas le maréchal!" scandaient des contestataires sur la place Tahrir, à côté de leurs tentes, allusion à Mohammed Hussein Tantaoui, qui dirige le Conseil suprême des forces armées (CSFA).

Vendredi, des dizaines de milliers d'Egyptiens réclamant un régime civil avaient envahi la place Tahrir au Caire pour une journée "de la dernière chance". La manifestation a coïncidé avec la nomination de Ganzouri à la tête d'un gouvernement de "salut national".

Dans le même temps, 5.000 personnes agitant des drapeaux égyptiens ont manifesté en soutien au conseil militaire dans le quartier cairote d'Abbassiya. "L'Egypte ne sera pas gouvernée depuis la place Tahrir", pouvait-on lire sur une banderole.

GANZOURI DEMANDE DU TEMPS

Après la démission lundi de Essam Charaf, le maréchal Tantaoui, président du CSFA au pouvoir depuis la chute d'Hosni Moubarak en février, a chargé Ganzouri de former un gouvernement de "salut national", doté des "pleins pouvoirs".

"J'ai demandé au maréchal de me laisser un peu de temps pour former un gouvernement qui satisfera toute la population", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

Il a précisé que le gouvernement ne serait pas annoncé avant lundi, jour du début de la première phase des élections législatives.

L'Union européenne et les Etats-Unis ont demandé vendredi de transférer le plus tôt possible le pouvoir à un régime civil et d'organiser les élections selon le calendrier prévu.

Le CSFA a promis que les élections législatives débuteraient bien lundi. Mais les opérations de vote, lors des trois phases du scrutin, seront étalées sur deux jours au lieu d'un pour éviter "une trop grand affluence et des problèmes de sécurité".

Répondant à la principale revendication des contestataires, les militaires ont en outre promis d'accélérer le transfert du pouvoir aux civils en annonçant que l'élection présidentielle, qui parachèvera la transition, aura lieu en juin, six mois plus tôt que le calendrier initialement prévu.

Les généraux ont par ailleurs présenté leurs excuses pour la mort des manifestants et promis des indemnités aux familles des victimes.

Au terme d'une semaine ou presque de tension, le retour de ce climat de violence fait craindre à nombre d'Egyptiens que l'économie du pays, où le tourisme joue une part importante, n'ait encore plus de mal à se relever.

Jeudi, la Banque centrale a relevé ses taux directeurs pour la première fois depuis deux ans mais la livre égyptienne est tombée à six livres pour un dollar, pour la première fois depuis janvier 2005. L'agence de notation Standard & Poor's a dégradé la note souveraine à long terme du pays de B+ à BB-.

Ces difficultés économiques pourraient servir la popularité de Kamal Ganzouri. Lors de son passage à la tête du gouvernement, il avait pratiquement ramené le budget à l'équilibre, réduit l'inflation et maintenu la stabilité des taux de change.

Mohammed Abdellah, Marwa Awad; Benjamin Massot pour le service français

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