[scald=25085:sdl_editor_representation]par Walter Gibbs et Anna Ringstrom

OSLO (Reuters) - La Norvège était plongée dans un cauchemar samedi au lendemain de la double attaque qui a fait au moins 92 morts, victimes du carnage commis par un tireur isolé dans une île proche d'Oslo quelques heures après un attentat à la bombe au coeur de la capitale.

Selon le dernier bilan communiqué par la police, le massacre sur l'île d'Utoya a fait 85 morts. L'attentat qui a frappé un peu plus tôt le quartier des ministères de la capitale norvégienne a fait sept morts.

Le roi Harald de Norvège, accompagné de la reine et du prince héritier, s'est rendu à Sundvollen dans l'hôtel où ont été rassemblés les rescapés de la tuerie. Le Premier ministre, Jens Stoltenberg, s'est lui aussi rendu auprès des rescapés pour les soutenir, se déclarant "profondément bouleversé" et confiant qu'il connaissait personnellement plusieurs des victimes.

On en sait un peu plus sur l'auteur présumé de la fusillade. Celui-ci, également inculpé pour l'explosion d'Oslo, est un Norvégien grand et blond de 32 ans, proche de l'extrême droite, que la police présente comme un fondamentaliste chrétien.

"Il se décrit lui-même sur sa page Facebook comme un chrétien, attiré par l'extrême droite chrétienne", a dit le numéro deux de la police norvégienne.

Membre d'un club de tir, franc-maçon et ancien adhérent d'un parti populiste, le suspect, Anders Behring Breivik, dirige une exploitation de produits agricoles biologiques, Breivik Geofarm, pour le compte de laquelle il avait, le 4 mai, passé commande de six tonnes d'engrais. Or, certains engrais peuvent servir à fabriquer des explosifs artisanaux.

"Ce qui s'est passé à Utoya est une tragédie nationale", a déclaré samedi matin Jens Stoltenberg. "Notre pays n'avait pas connu de crime aussi grave depuis la Deuxième Guerre mondiale."

Les autorités soulignent que le bilan est encore provisoire.

Des secouristes passent au crible, à l'aide de bateaux et de caméras étanches, les eaux du pourtour de l'île, en quête d'éventuelles victimes abattues alors qu'elles fuyaient à la nage.

"ON S'EST DIT QUE CE N'ÉTAIT PAS POSSIBLE"

L'attaque s'est produite en deux temps, vendredi. En milieu d'après-midi, une bombe a explosé dans le centre d'Oslo, soufflant les vitres des bureaux du Premier ministre, qui n'était pas présent au moment de l'attentat, et endommageant les sièges des ministères des Finances et du Pétrole.

Quelques heures plus tard à peine, un homme se faisant passer pour un policier s'est présenté à l'entrée du rassemblement annuel organisé par le mouvement de jeunesse du Parti travailliste, au pouvoir, à Utoya, une petite île boisée longue de 500 mètres proche de la capitale.

Dans le carnage qui a suivi, 85 personnes au moins ont perdu la vie, tombées sous les balles du tireur, décrit comme froid et méthodique, ou mortes en tentant de fuir dans les eaux du lac Tyrifjord.

"Nous nous étions tous rassemblés dans le bâtiment principal pour parler de ce qui s'était passé à Oslo. Tout à coup nous avons entendu des tirs. Au début, on s'est dit que ce n'était pas possible", a déclaré une adolescente de 16 ans, Hana, au journal Aftenposten.

"J'ai vu un policier qui se tenait debout avec des sortes de boules Quiès. Il a dit 'j'aimerais vous rassembler tous' puis il a couru à l'intérieur et il a commencé à tirer sur les gens. Nous avons couru en direction de la plage et nous nous sommes mis à nager", a-t-elle ajouté.

Les autorités politiques et policières se refusaient samedi matin à toute spéculation sur les mobiles qui ont poussé l'auteur de ce carnage à agir.

La police a dit ne pas disposer d'éléments concrets étayant les informations qui font état d'un complice du tireur, sans pour autant exclure cette thèse.

Des explosifs ont été découverts sur l'île. La police a perquisitionné dans l'appartement où vivait le suspect, dans l'ouest d'Oslo. D'après des médias norvégiens, il a créé un compte Twitter il y a quelques jours mais n'y a posté qu'un seul message, le 17 juillet: "Une personne avec une conviction est aussi forte que 100.000 autres n'ayant que des intérêts".

UN TUEUR "SI CALME"

Des témoins et des survivants de la tuerie d'Utoya ont raconté qu'il tirait au hasard tout en progressant sur la petite île boisée et touristique où de jeunes partisans du Parti travailliste s'étaient réunis pour leur traditionnel camp d'été.

Alors que les coups de feu résonnaient, les jeunes paniqués cherchaient désespérément un abri, certains se cachant dans les bâtiments ou fuyant dans les bois, d'autres plongeant dans le lac.

"Je me cachais derrière des rochers. Je l'ai vu une fois, à environ 20 ou 30 mètres de distance. Je me disais 'J'ai peur pour ma vie'. J'ai pensé à toutes les personnes que j'aime. J'ai vu des bateaux mais je ne savais pas si je pouvais avoir confiance. Je ne savais plus en qui faire confiance", a raconté Jorgen Benone.

Une jeune survivante a déclaré à la chaîne de télévision TV2: "Il marchait lentement mais avec détermination et il tirait sur tout le monde. Au bout d'un moment, il est arrivé où je me trouvais puis il est passé lentement et a tué dix personnes. (...) Il était si calme, c'est ça qui était si étrange."

Avec Gwladys Fouché, Victoria Klesty, Henrik Stolen et Ole Petter Skonnord à Oslo, William Maclean à Londres et Patrick Lannin à Stockholm; Bertrand Boucey, Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français

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