C’est sans doute le dernier Noël sous les échafaudages pour la basilique de la Nativité, à Bethléem. Cinq ans après le coup d’envoi du chantier, les travaux de restauration touchent à leur fin. Sur le plan technique et sur le plan diplomatique, l’histoire de cette restauration est une grande réussite.

Des Pèlerins visitent la basilique de la Nativité le 30 novembre 2018
Des Pèlerins visitent la basilique de la Nativité le 30 novembre 2018 © AFP / Thomas Coex

Quand on regarde la couleur des mosaïques sur les murs, ou la finesse des figures royales ou religieuses qui décorent 43 colonnes dans la basilique, on constate que ses travaux lui ont donné un profond coup de jeune.

"Le travail qui a été fait, pour nettoyer et mettre en valeur les pièces d’arts dans l’église, a tout remis au jour. Vous pouvez lire l’Histoire maintenant. Vous pouvez la sentir. Cela donne de la chaleur à cette église", explique Afif Twemeh, Palestinien (chrétien), né à Bethléem et en charge du projet pour l’autorité palestinienne.

La rénovation de cet édifice est à la fois une opération de sauvetage et une course d’obstacle. La basilique était dans un état jugé "catastrophique". Mais les trois communautés religieuses qui occupent le bâtiment présentaient un verrou qu’il a fallu dégripper. "Ce chantier a été presque plus diplomatique que technique", dit le responsable de l’entreprise italienne qui a dirigé la restauration Marcello Piacenti.

Colonnes peintes rénovées dans la basilique de la Nativité
Colonnes peintes rénovées dans la basilique de la Nativité © AFP / Thomas coex

Réussir une intervention aussi délicate dans ce contexte, c’était difficile.

"Ce qui rend cette intervention si complexe, c’est d’avoir à gérer un nombre d’intervenants importants avec différentes confessions, religions, et provenances. Et réussir une intervention aussi délicate dans ce contexte, c’était difficile", raconte Marcello Piacenti. "Mais le degré de responsabilité et d’émotion autour de _ce chantier dépasse tous ce que j’ai pu faire en 43 années d’expériences_."

Dans la basilique de la Nativité, il y a trois communautés religieuses. Les Grecs orthodoxes, les Franciscains, et les Arméniens.  C’est une cohabitation dans laquelle chacun défend, y compris par la force, sa part de territoire. Pour le père Eugenio Alliata, spécialisé dans l’archéologie chrétienne, "_le propriétaire n’est pas connu_. Dans cette situation intervient le pouvoir publique (Autorité palestinienne). Pour faire des travaux d’urgence."

Le toit n'était plus étanche

La basilique de la Nativité n’avait pas été sérieusement restaurée depuis deux siècles. Le toit n’était plus étanche. Des mosaïques du IVe siècle étaient menacées. Il a fallu l’action de deux présidents palestiniens pour lancer les travaux, explique Imad Nassar, membre du comité présidentiel qui pilote le projet : "Depuis que l’Autorité palestinienne vient ici, depuis 1995, elle essaye de convaincre les églises de lancer la restauration. À chaque Noël, quand le président Arafat venait ici, il leur reposait cette même question sur la restauration."

L’Autorité palestinienne a donc pris les choses en mains. Au départ, le chantier concerne le toit et la charpente. Mais par glissement, grâce à l’addition de financements, ces travaux s’étendent aux ouvrages d’art. Les colonnes et les mosaïques de l’époque des croisés ont été restaurées. Et les techniques modernes de sonde ont permis d’identifier une mosaïque supplémentaire de 2,5 mètres, qui avait été avalée par le plâtre du mur. "Avant les travaux on avait six anges, et maintenant on en a sept.", explique Afif Twemeh. "Si vous entrez dans l’église par la porte principale et si vous regardez à gauche vous allez voir des anges : le troisième, c’est celui qu’on a découvert."

Des artisans d'art italiens restaurent les mosaïques dans la nef de la basilique de la Nativité
Des artisans d'art italiens restaurent les mosaïques dans la nef de la basilique de la Nativité © AFP / Thomas Coex

Trouver des bois anciens

Cette restauration est aussi une plongée dans le temps. L’église a été construite au IVe siècle, puis reconstruite au VIe siècle. Il a donc fallu, pour remplacer certains morceaux de charpente, trouver des bois anciens. Pour réussir cette rénovation, Marcello Piacenti est remonté au XIIe siècle : "Quand il y a des travaux de restauration dans des églises, on garde le bois qui est récupéré. Et on peut le racheter. Donc il y a des endroits en Italie en France ou en Europe, dans lesquels les restaurateurs peuvent acheter du bois ancien."

Pour l’Autorité palestinienne, cette rénovation est un espoir de rentrées touristiques plus importantes et une démonstration politique de son engagement dans son rôle de garant des libertés de culte.

Ces cinq dernières années au Proche-Orient, il y a eu des beaucoup de guerres civiles, et beaucoup d’églises ont été détruites.  Ici, pendant ce temps on a restauré l’église. C’est une façon de montrer pour l’autorité palestinienne que les chrétiens sont entre de bonnes mains.

Un couple pose dans la grotte de la Nativité
Un couple pose dans la grotte de la Nativité © AFP / Thomas Coex

Trouver un mécanisme pour l'entretien

Reste maintenant  à trouver un mécanisme pour l’entretien, et un miracle pour étendre la rénovation, un jour, à la grotte de la Nativité, qui en a bien besoin selon Eugenio Alliata : "Comme on a trouvé une solution pour les travaux du saint Sépulcre, on espère qu’on va trouver une solution à Bethléem."

La dernière phase du chantier est en sous-sol, sur des mosaïques.  Le comité présidentiel cherche encore des financements pour boucler un budget global de plus de 15 millions d’euros qui a été alimenté par 45 pays et organisations.

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