Saif al-Kasaesbeh, le père du pilote assassiné
Saif al-Kasaesbeh, le père du pilote assassiné © REUTERS/Muhammad Hamed / REUTERS/Muhammad Hamed

La Jordanie a riposté à l'assassinat par l'organisation État islamique (EI) d'un pilote de son armée de l'air en exécutant mercredi Sadjida al Richaoui, une islamiste irakienne condamnée à mort dont l'organisation djihadiste réclamait la libération.

Un autre islamiste irakien, membre d'Al Qaïda et également condamné à mort par Amman, a lui aussi été exécuté à l'aube par pendaison. Les autorités jordaniennes ont promis une "réponse terrible" à la mort du pilote de l'armée de l'air annoncée dans une vidéo diffusée quelques heures plus tôt par l'organisation État islamique.

Capturé en décembre dernier lors d'une mission au-dessus de la Syrie, Mouath al Kassasbeh a été brûlé vif à l'intérieur d'une cage. Son père, Safi al Kassaesbeh, membre d'une tribu bédouine très puissante en Jordanie, a jugé mercredi que l'exécution des deux islamistes n'était pas une réponse suffisante :

Je veux que l'État venge la mort de mon fils avec davantage d'exécutions de ces gens qui suivent ce groupe criminel. Les Jordaniens veulent que l'État et la coalition portent des coups encore plus durs pour détruire ces criminels.

Le sort de Mouath al Kassasbeh tenait les Jordaniens en haleine depuis sa capture, le 24 décembre. Sa détention a provoqué de rares rassemblements contre le roi Abdallah, critiqué pour avoir entraîné la Jordanie dans la coalition militaire mise en place par les États-Unis pour combattre l' organisation État islamique en Irak et en Syrie.

D'après la télévision jordanienne et des sources proches de la sécurité, la mort du pilote de chasse remonterait au 3 janvier.

Les précisions d'Angélique Ferrat à Amman

Un rapprochement Amman / Damas ?

Dans des messages diffusés avant l'annonce de son meurtre, l'organisation État islamique avait exigé la libération de Sadjida al Richaoui en échange d'un otage japonais, Kenji Goto, dont la mise à mort a été annoncée dans une vidéo diffusée samedi dernier. Les autorités jordaniennes avaient indiqué pour leur part qu'elles étaient prêtes à négocier la libération de la djihadiste, condamnée à mort pour son rôle dans un attentat suicide qui a fait 60 morts à Amman en 2005, en échange de son pilote.

Sadjida al Richaoui et l'Irakien Ziyad Karboli, condamné en 2008 pour le meurtre d'un Jordanien, ont été exécutés par pendaison avant l'aube à la prison de Swaqa, à 70 km au sud d'Amman, a dit une source des services de sécurité. "Ils étaient calmes et n'ont montré aucune émotion, ils ont simplement prié", a-t-il dit.

Dans la nuit, des dizaines de Jordaniens s'étaient rassemblés dans le centre de la capitale pour appeler à la vengeance aux cris de "mort à Daech", l'acronyme arabe à connotation péjorative de l'organisation État islamique. À Karak, la ville natale du pilote, plusieurs dizaines de manifestants s'en sont brièvement pris à un bâtiment de l'administration, reprochant au pouvoir de ne pas en avoir fait assez pour obtenir sa libération. Des anciens ont ramené le calme.

Le roi Abdallah, qui était en déplacement aux États-Unis, a écourté sa visite. Il a dénoncé à la télévision un acte de "lâche terrorisme" commis par un groupe déviant qui n'a rien à voir avec l'islam et a rencontré Barack Obama à la Maison blanche avant de repartir pour la Jordanie. À Damas, le gouvernement syrien a de son côté invité la Jordanie à coopérer avec lui pour lutter contre les groupes extrémistes de l'EI et du Front al Nosra, affilié à Al Qaïda, rapporte l'agence officielle syrienne SANA.

Denis Bauchard est l'ancien ambassadeur de France à Amman. Aujourd'hui, la Jordanie est rattrapée par un conflit qui se déroule à sa porte :

Tout le monde n'est pas d'accord pour que la Jordanie s'engage dans la coalition.

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