Des milliers de Libanais sont descendus dans la rue de plusieurs grandes villes du pays jeudi 18 octobre, pour demander la "chute du régime". À l'origine de ce soulèvement, une taxe sur les appels effectués depuis l'application WhatsApp.

Des Libanais demandent la démission du gouvernement à Beyrouth, jeudi 17 octobre
Des Libanais demandent la démission du gouvernement à Beyrouth, jeudi 17 octobre © Maxppp / Wael Hamzeh /EPA/Newscom

Le gouvernement libanais s'est rétracté jeudi soir, mais il était trop tard. Plusieurs milliers de manifestants appellent depuis hier à la révolution et à faire "chuter le régime". Ils n'ont pas supporté voir le gouvernement imposer une taxe sur les appels effectués depuis les applications de messagerie internet du type WhatsApp ou Viber. 

Depuis, la colère ne redescend pas. Pneus brûlés, routes coupées... les manifestants, en grande majorité des jeunes, ont veillé toute la nuit sur la place des Martyrs à Beyrouth et dans d'autres grandes villes du pays pour demander la démission du gouvernement. Vingt-trois manifestants ont été blessés selon la Croix-Rouge libanaise.

18 centimes d'euro par jour

La mesure économique avait pour ambition de facturer 0,18€ (0,20$) par jour, les utilisateurs des applications du type WhatsApp, Facebook Call, Skype, Telegram ou encore Viber. Elle devait entrer en mesure le 1er janvier 2020 et aurait rapporté 200 millions de dollars par an au gouvernement. 

Ce dernier avait justifié cette taxe incluse dans une série de mesures d'austérité pour relancer une économie en berne. Avec une dette publique de 86 milliards de dollars, soit plus de 150% du PIB, le Liban détient le troisième taux le plus élevé au monde après le Japon et la Grèce.

Mais taxer la télécommunication était une mauvaise idée, d'après l'ONG libanaise Social Media Exchange (SMEX). "Au Liban, le prix de la téléphonie mobile est parmi les plus élevés de la région", assure-t-elle sur Twitter. "Les usagers vont devoir payer deux fois pour les services Internet", prédisait SMEX avant que le gouvernement ne fasse machine arrière.

"Un ras-le-bol généralisé"

Les manifestations ont continué ce vendredi. La route principale menant à l'aéroport international de la capitale a été bloquée. "Les gens en ont marre de la crise économique, d'une politique d'austérité qui a commencé en début d'année avec le budget 2019 : baisse des retraites, nouvelle TVA...", rapporte Chloe Domat, notre correspondante à Beyrouth.

"Par ailleurs, l'économie libanaise est fragilisée depuis le début de la crise syrienne. Fragilisée parce qu'elle tient beaucoup sur les rentrées d'argent extérieures. Le tourisme s'est cassé la figure à cause de la crise syrienne, et la diaspora libanaise a envoyé moins d'argent que ces dernières années au pays pour diverses raisons."

Le Premier ministre Saad Hariri doit s'exprimer ce vendredi après-midi. Une réunion du gouvernement prévue dans la journée a été annulée selon l'agence nationale libanaise (ANI).

Les Libanais étaient encore dans la rue ce vendredi 18 octobre, comme à Ed Daoura
Les Libanais étaient encore dans la rue ce vendredi 18 octobre, comme à Ed Daoura © AFP / Anwar Amro / AFP

WhatsApp autorise ce genre de taxes

L'entreprise WhatsApp qui appartient à Facebook a déjà autorisé un État à taxer les utilisateurs de son application. Depuis le 1er juillet 2018, les Ougandais doivent payer chaque jour une taxe de 0.05$ (16,40€ par an) pour pouvoir utiliser WhatsApp sur leur smartphone.

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