En janvier 2011, la mort d'un jeune vendeur ambulant de Sidi Bouzid, qui s'était immolé par le feu, provoquait une vague de manifestations et le renversement du pouvoir en place. Presque huit ans plus tard, un journaliste s'est lui aussi immolé par le feu à Kasserine, entraînant de nouveaux rassemblements.

Manifestants face aux policiers à Kasserine le 25 décembre 2018
Manifestants face aux policiers à Kasserine le 25 décembre 2018 © AFP / Hatem Salhi

C'est une ambiance que le pouvoir tunisien espérait sans doute ne pas revivre. Depuis l'immolation par le feu, ce lundi, du journaliste Abdel Razzak Zorgui, 32 ans, dans la ville de Kasserine (à l'ouest du pays) pour dénoncer la dégradation de la situation économique et sociale, les manifestations essaiment petit à petit dans le pays. Des rassemblements nocturnes à Kasserine, bien sûr, mais aussi à Tebourba (nord) et Jbeniana (est). Chaque fois, des jeunes qui se heurtent aux forces de l'ordre, entre jets de pierres et gaz lacrymogène.

Une situation qui rappelle directement celle d'il y a huit ans. En décembre 2010, c'était un vendeur ambulant qui s'était immolé par le jeu, exaspéré par la pauvreté et les humiliations régulières de la part de la police. Quelques jours plus tard, en janvier 2011, il succombait à ses brûlures. Les manifestations s'étaient ensuite propagées à travers le pays, entraînant la chute du régime du président Ben Ali, après 23 ans de règne.

Le souvenir du printemps arabe

En ce mois de décembre 2018, les ingrédients ressemblent furieusement à ceux qui ont permis le soulèvement de 2011. D'abord, un contexte économique et social difficile : le Syndicat national des journalistes tunisiens, dans un communiqué sur la mort d'Abdel Razzak Zorgui, évoque "un horizon fermé et un manque d'espoir" de la population dans la région. Ensuite, une mort particulièrement symbolique, avec un message fort : dans une vidéo diffusée 20 minutes avant de passer à l'acte, le journaliste assure qu'il veut, par son geste, "commencer une révolution", "pour les habitants de Kasserine qui n'ont pas de moyens de subsistance".

Enfin, une réaction mal adaptée du pouvoir, avec des arrestations pendant les manifestations, mais aussi celle d'une personne impliquée dans le geste du journaliste. Tout cela rappelle largement le contexte de 2011, quelques mois après d'autres émeutes en janvier dernier, sur les mêmes problématiques.

Un contexte que les voisins de la Tunisie feraient bien d'observer de près. En 2011, les manifestations parties de Sidi Bouzid avaient largement dépassé ses frontières : elles étaient les premières du Printemps arabe.

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