Le sommet UE-Turquie, qui s'ouvre ce lundi en Bulgarie, est l'occasion pour le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan d'aborder une fois encore l'épineux sujet de l'adhésion de son pays à l'Europe, une intégration que la Turquie a demandé pour la première fois en... 1987.

La Turquie a demandé à adhérer à l'Union européenne (CEE à l'époque) en 1987.
La Turquie a demandé à adhérer à l'Union européenne (CEE à l'époque) en 1987. © AFP / MUSTAFA OZER

Le 14 avril prochain sera une date anniversaire pour la Turquie. Il y a 31 ans, le pays demandait à l'époque à la CEE, (Communauté économique européenne) un ticket d'entrée dans cette Europe voisine. À l’époque, malgré une croissance économique qui s’élève à 8 % en 1986 et 7,4 % en 1987, malgré un retour à un régime démocratique après le coup d’état de 1980, la Commission rend un avis défavorable à cette demande d’adhésion.

Plus de trente ans plus tard, l'actuel dirigeant turc, Recep Erdogan, rencontre ce lundi en Bulgarie Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne et celui du Conseil européen Donald Tusk, pour évoquer des relations pour le moins difficiles entre la Turquie et l'Union européenne.

Le président turc a choisi de remettre sur la table cette question de l'adhésion à quelques heures d'épineuses discussions, notamment au sujet de l'intervention militaire de la Turquie en Syrie et de la question des libertés fondamentales, considérées comme bafouées par de très nombreuses nations occidentales.

Tensions avec la Grèce et Chypre, attaques militaires de Kurdes, alliés des occidentaux, dans la région d'Afrin en en Syrie, arrestations arbitraires d'opposants véritables ou supposés sur son sol... La Turquie a depuis quelque temps semblé n'avoir aucune limite, et attaque sur tous les fronts. Plusieurs dirigeants européens ont d'ailleurs qualifié "d'actions illégales persistantes", les incursions de la Turquie en mers Égée et Méditerranée.

Depuis trente ans, les relations entre les Turcs et l'Union européenne ont régulièrement été "polluées" par l'attitude jugée belliqueuse de la Turquie, notamment envers Chypre, et par son manque de respect des droits et libertés fondamentaux.

Depuis plusieurs années, il n'y a plus aucune avancée sur cette question de l'adhésion. En effet en 2007, alors que les prévisions les plus optimistes envisageaient une adhésion à l'horizon 2013, l'Allemagne et la France (en particulier le nouveau chef de l'État français) bloquent le processus. Nicolas Sarkozy est réticent à l'idée d'une entrée de la Turquie dans l'UE et préférerait "un partenariat privilégié".

Avant cela, en 1999, la Turquie était parvenue à faire reconnaître officiellement sa demande d'adhésion au Conseil d'Helsinki. Mais ensuite, les Turcs n'ont pu que constater un peu amèrement l'entrée progressive des anciens pays du bloc de l'est au sein de l'Union, quand elle restait dehors.

Certains estiment que la Turquie est rejetée du fait de sa religion, ce pays (aux entrées stratégiques sur le monde arabe, la Russie et l'Europe Occidentale) étant un pays musulman.

Cette adhésion ferait de l’islam la troisième religion de l'Union

Par son poids démographique et son nombre d'habitants, cette adhésion ferait de l’islam la troisième religion de l'Union, derrière le catholicisme et le protestantisme. D'autres évoquent la géographie et assurent que la Turquie ne fait pas partie de l'Europe...

Depuis la victoire de Recep Erdogan aux élections en 2002, cette peur d'intégrer un pays musulman à l'UE est encore plus souvent évoquée. L'AKP (parti de la justice et du développement), fondé par Erdogan, est un parti islamiste et conservateur qui fait peur aux occidentaux. Pourtant à l'époque de son arrivée au pouvoir, Recep Erdogan fait la promotion de l'Europe et prône une libéralisation de l'économie turque.

Depuis 2010, négociations au point mort

Depuis 2010, il n'y a quasiment aucune avancée au sujet de cette adhésion. Plusieurs raisons sont évoquées, notamment la dégradation des relations entre les Kurdes et les Turcs. Par la suite, en 2013, la répression des manifestations place Taksim, les purges et emprisonnements qui feront suite au coup d'État de juillet 2016, seront autant de raisons pour l'UE de critiquer la Turquie. Hors de question dans ces conditions de faire entrer ce pays dans l'Union.

En revanche, la Turquie d'Erdogan est le bon interlocuteur sur la question des migrants. Début 2016, Ankara et Berlin, puis Ankara et l'UE passent un accord : les Turcs accueillent les migrants arrivés illégalement en Grèce, en échange de quoi les Européens doivent verser deux enveloppes de 3 milliards d'euros chacune. Par ailleurs, les Turcs doivent bénéficier d'un traitement plus souple dans l’obtention de visas pour entrer dans les pays de l'UE.

En 2018, face aux nouveaux enjeux liés aux tensions régionales et internationales, mais aussi aux échanges économiques entre la Turquie et l'Union européenne, les deux camps auraient tout intérêt à élargir leur relation au-delà de cet accord économique, fait autour de la question migratoire. Officiellement, cette candidature est toujours d'actualité mais il n'y a véritablement plus aucune négociation.

Chronologie : 

1949 :  Entrée de la Turquie au Conseil de l’Europe.

1952 :  Entrée dans l'Otan .

1963 :  Accord d’association entre la CEE et la Turquie. Celui-ci évoque à terme une adhésion pleine et entière.

1987 :  Dépôt officiel de la demande d'adhésion.

1997 :  Conseil européen du Luxembourg. Contrairement aux pays d'Europe centrale et orientale, ainsi qu'à Chypre et Malte, la Turquie est écartée comme candidate potentielle à l’Union.

1999 : La Turquie obtient le statut de candidat.

2002 : Victoire de l'AKP et d'Erdogan aux élections.

2016 : Accord UE-Turquie sur les migrants.

2017 : Erdogan lance l'idée d'un référendum sur la poursuite de la candidature de la Turquie à l'UE et menace d'abroger l'accord des migrants.

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