Les employés de Google ont découvert qu'ils travaillaient potentiellement sur un moteur de recherche compatible avec la censure en Chine. Ils n'ont pas apprécié, et ils le font savoir.

Le Googleplex est le siège social de Google dans la petite ville californienne de Mountain View, dans la "Silicon Valley", à 65 km de San Francisco.
Le Googleplex est le siège social de Google dans la petite ville californienne de Mountain View, dans la "Silicon Valley", à 65 km de San Francisco. © AFP / NurPhoto / Yichuan Cao

C'est une fronde inédite dans l'histoire de Google. Un peu plus de 1 400 salariés sur les 88 000 de l'entreprise ont signé une pétition contre le projet Dragonfly (libellule en français), un moteur de recherche spécialement créé pour être compatible avec la censure imposée en Chine. Les employés américains reprochent à leur entreprise un manque de transparence et invoquent leur droit à contrôler l'éthique de leur travail, dans cette Silicon Valley qui s'est forgée une image de bienfaitrice de l'humanité.

Les réponses floues du PDG

La polémique est d'autant plus forte qu'en 2010, face à cette même censure et aux cyberattaques, Google avait retiré son moteur de recherche de Chine. Depuis, nombre de ses services sont toujours bloqués par Pékin. Mais le géant de l'internet, même autoproclamé champion de l'information librement accessible dans le monde, pouvait-il encore longtemps se priver du marché de la deuxième économie mondiale ? Le PDG de Google, Sundar Pichai, a donné sa réponse ce vendredi 17 août :

Notre mission est d'organiser l'information du monde et la Chine représente 20% de la population mondiale.

Devant le personnel, le patron du géant californien est resté vague, assurant que la piste d'un retour en Chine n'était pour l'heure qu'"exploratoire", mais affirmant tout autant que "si nous souhaitons remplir notre mission d'organiser l'information du monde, nous devons réfléchir sérieusement à comment faire plus dans ce pays"

Des sites internet bannis par les autorités

Avec ce nouveau moteur de recherche, intégré à une application Android selon The Intercept qui a révélé le projet, il sera impossible pour un internaute chinois de lancer des recherches sur la dictature communiste, les dissidents ou la place Tian'anmen. Les termes concernant les droits de l'Homme, la démocratie, la religion et les manifestations intégreront une liste noire, tandis que l'application identifierait et filtrerait les sites internet bannis par le régime communiste. Certains employés de Google craignent même que le simple fait de lancer ces requêtes interdites puissent automatiquement déboucher sur du fichage des internautes.

Un appel à "contester la censure en Chine et à ne pas en être complice"

Si Google et d'autres titans de la tech cotées en Bourse aux Etats-Unis sont juridiquement obligés de maximiser leur valeur pour l'actionnaire, être perçus comme donnant "un petit coup de pouce à l'oppression en Chine" peut nuire à leurs affaires comme à leur réputation, note Cynthia Wong, de Human Rights Watch. Cette chercheuse spécialiste de l'internet appelle donc les firmes de la tech voulant commercer avec la Chine à mettre en place des programmes pour améliorer la situation au regard de la censure et des droits de l'homme, qui s'est aggravée depuis le départ de Google en 2010.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.