[scald=95183:sdl_editor_representation]par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - Au bord du gouffre, la zone euro a de nouveau éteint mardi au petit matin l'incendie qui menaçait d'emporter la Grèce mais la route reste longue et semée d'embûches avant que le pays n'émerge de deux ans d'une crise sans précédent.

Selon les termes de l'accord trouvé peu avant 4h00 mardi et après treize heures de négociations, la dette grecque sera ramenée à 120,5% du PIB d'ici 2020 grâce à un nouveau programme de prêts publics de 130 milliards d'euros et à une restructuration de la dette détenue par les créanciers privés.

Ces derniers ont finalement accepté une décote de 53,5% sur leurs obligations dans le cadre d'un échange de titres qui permettra d'effacer plus de 100 milliards de dette grecque.

La Banque centrale européenne et les banques centrales nationales de la zone euro participeront également au plan en renonçant à certains bénéfices réalisés sur les titres grecs qu'elles détiennent.

"Nous sommes parvenus à un accord d'ampleur sur un nouveau programme pour la Grèce et sur une participation du secteur privé qui conduira à une réduction significative de la dette grecque (...) afin d'assurer le futur de la Grèce au sein de la zone euro", a déclaré le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, à l'issue de la réunion.

L'euro a bondi d'environ un demi-cent face au dollar après l'annonce de cet accord par Reuters.

ATHÈNES SOUS SURVEILLANCE

L'opération de restructuration de la dette grecque détenue par les créanciers privés s'engagera dès cette semaine, a déclaré le ministre grec des Finances, Evangelos Vénizélos.

Elle devrait se conclure début mars, date à laquelle les autorités grecques devront également avoir mis en oeuvre une liste de mesures prioritaires contenues dans le programme si elles veulent obtenir le premier décaissement.

Ces fonds publics sont nécessaires pour qu'Athènes puisse rembourser 14,5 milliards d'euros d'obligations venant à échéance le 20 mars.

La troïka UE-FMI-BCE, qui supervise la mise en place des réformes et effectue des rapports trimestriels, sera encore renforcée et ses ressources accrues.

Dans le cadre du deuxième plan de sauvetage, la Commission européenne enverra bientôt des dizaines d'inspecteurs permanents à Athènes afin d'assurer la bonne marche technique du programme et d'en surveiller la mise en oeuvre.

Cette présence sur le sol grec sera accompagnée de la création d'un compte spécial permettant de traiter de manière prioritaire les remboursements de dette grecque, dont le principe sera inscrit dans la constitution sous deux mois.

PAS DE REMÈDE MIRACLE

Cet accord à plusieurs étages avait été rendu nécessaire par l'état des finances publiques grecques telles qu'elles sont apparues dans un rapport confidentiel préparé par l'UE, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international et obtenu par Reuters.

Le document montre également qu'en cas de dérapage dans les réformes mises en place à Athènes ou dans le plan d'économie, la dette grecque pourrait atteindre 160% en 2020, soit environ son niveau actuel.

Le nouveau plan d'aide ne sera pas un remède miracle. L'économie grecque s'est contractée de 7% en rythme annuel au dernier trimestre 2011, bien plus que prévu, et les nouvelles mesures d'austérité devraient encore aggraver la situation.

Diplomates et économistes n'attendent pas de ce nouveau plan de renflouement qu'il règle tous les problèmes économiques grecs du jour au lendemain et beaucoup estiment qu'il faudra au moins dix années voire davantage pour s'acquitter de cette tâche.

Avec le bureau de Bruxelles, édité par Jean-Stéphane Brosse

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