Lampedusa, le hangar où les corps des migrants ont été regroupés
Lampedusa, le hangar où les corps des migrants ont été regroupés © MaxPPP/ANSA/Franco Lannino

Plus de 300 morts ou portés disparus après le naufrage, jeudi, au large de l’île de Lampedusa, d'une embarcation transportant des migrants originaires de la Corne de l'Afrique.Il s'agit de la pire tragédie de l'immigration de ces dernières années. L'Italie demande à l'Europe de ne pas détourner les yeux du problème.

Le bateau de pêche aurait commencé à prendre l'eau à quelques miles de la côte. Les migrants auraient alors enflammé une couverture pour attirer l'attention, ce qui aurait provoqué un incendie, puis chavirage du navire alors que tous les migrants, paniqués, se plaçaient tous du même coté du bateau.

Les recherches -poursuivies jusqu'à tard dans la nuit- ont repris vendredi matin autour de l'épave du bateau qui gît retournée par 40 mètres de fond à 550 mètres des côtes de la petite île sicilienne

Seules 151 personnes ont pu être sauvées par des bateaux de pêcheurs et par les garde-côtes intervenus dès que le naufrage a été signalé, tôt jeudi matin.

111 corps ont été ramenés sur la terre ferme, dont ceux de quatre enfants. "Nous n'avons plus d'espoir de retrouver des survivants", a déclaré un membre de la Garde desfinances, la police financière qui opère aussi dans le secteur.

Les habitants de l'île et les touristes sont encore sous le choc. Le reportage de Sandy Dauphin.

On n'a plus de place, ni pour les vivants ni pour les morts.

Giusi Nicolini, la maire de Lampedusa, est effondrée : "C'est une horreur, une horreur; ils n'arrêtent pas d'apporter des corps".

"C'est tragique de voir les corps des enfants", a déclaré Pietro Bartolo, un responsable sanitaire de l'île. Selon lui, Lampedusa "n'a pas assez decercueils" et a dû en faire acheminer par avion.

Les migrants, en majorité des Somaliens et Erythréens, étaient partis des côtes libyennes, depuis le port de Misrata.

Le deuil national a été décrété et une minute de silence sera observée dans toutes les écoles ainsi qu'avant tous les matchs de football du championnat

Giusi Nicolini, la maire de Lampedusa a envoyé un télégramme amer au Premier ministre Enrico Letta lui demandant de "venir compter les morts avec elle".

Elle a accusé l'Europe de "détourner le regard (..) face à l'énième massacre d'innocents qui a lieu devant son île".

La Maire de lampedusa a rappelé que l'île, plus proche des côtes nord-africaines que de la Sicile, est "depuis des années" la destination des immigrés clandestins.

L'île doit faire face seule depuis des années, explique Xavier Sartre

C'est un drame européen, pas seulement italien.

Le vice-Premier ministre Angelino Alfano, s’est rendu sur place jeudi. "C'est un drame européen, pas seulement italien", a—t-il expliqué, en demandant que l'Italie, où ont afflué 25.000 migrants cette année (trois fois plus qu'en 2012), puisse étendre ses patrouilles "au-delà de ses eaux territoriales".

Aujourd'hui l'Italie demande à l'Europe de prendre la situation en main Xavier Sartre

La ministre de l'Intégration Cécile Kyenge, première Noire dans un gouvernement italien, a réclamé –comme les humanitaires qui travaillent à Lampedusa– l'instauration de "couloirs humanitaires pour rendre plus sûres ces traversées sur lesquelles spéculent des organisations criminelles".

Le président Giorgio Napolitano a demandé à "l'Europe de stopper le trafic criminel d'êtres humains en coopération avec les pays de provenance" et réclamé "la surveillance des côtes d'où partent ces voyages du désespoir et de la mort".

Il faut aider ceux qui viennent de pays liberticides

L'Eurodéputée verte Hélène Flautre s'est longtemps occupée des réfugiés du Pas de Calais a présidé la sous commission des droits de l'homme au parlement européen.

Elle était l'invitée du journal de 13h de Claire Servajean.

Le pape a à nouveau évoqué le sort des réfugiés de Lampedusa

Le Pape François, en déplacement à Assise, a plaidé pour une Eglise solidaire avec les handicapés et les personnes marginalisées.

"Aujourd'hui est une journée de pleurs", a-t-il dit en allusion à la journée de deuil décrétée en Italie pour le naufrage qui a sans doute coûté la vie à quelque 300 migrants.

Très ému, le pape a dénoncé "l'indifférence à l'égard de ceux qui fuient l'esclavage, la faim pour trouver la liberté, et trouvent la mort comme hier à Lampedusa".

Le Pape qui avait qualifié jeudi le drame de "honte", avait déjà tempêté en juillet sur cette île contre la "mondialisation de l'indifférence" face à des gens qui fuient la guerre et la misère.

La parole qui me vient en tête est la honte. C'est une honte

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