Chef d’entreprise, eurodéputé et membre du Brexit Party, Lance Forman n'a jamais vu dans le Parlement européen qu'un "système antidémocratique" un "gaspillage incroyable". S'il ne croit pas à des changements radicaux à court terme, il se félicite que les Britanniques aient pris une décision.

Chef d’entreprise, eurodéputé et membre du Brexit Party, Lance Forman se félicite de voir son pays quitter l’Union européenne
Chef d’entreprise, eurodéputé et membre du Brexit Party, Lance Forman se félicite de voir son pays quitter l’Union européenne © AFP / Isabel Infantes

Lance Forman est le plus ancien producteur de saumon fumé au monde. Mais ce patron, qui emploie 100 personnes à l’est de Londres, est aussi député européen. Élu sous l’étiquette du parti conservateur, proche de Boris Johnson, il estime que le "Brexit est une opportunité à saisir pour les PME". Car pour lui, les promesses de l'Union européenne ne se sont pas concrétisées. Pire, Bruxelles a multiplié les contraintes dans son entreprise, H Forman and Son.

FRANCE INTER : Qu'avez-vous dû changer ces dernières années pour vous adapter aux normes de l’Union européenne ?

Lance Forman : "Nous sommes dans le métier [l'agroalimentaire] depuis 115 ans. Les 70 premières années, la Grande-Bretagne n'était pas dans l'UE – ou la CEE à l'époque. Et nous avons dirigé une entreprise florissante. Nous avons rejoint l’Union européenne en 1973, avec l’idée qu’on allait avoir de grandes opportunités. Et je ne dirais pas que c’est ce qui s’est passé. Il y a eu, au fil des années, un grand nombre de nouvelles réglementations qui ont eu un coût énorme pour l’entreprise.

Il y a quarante ou cinquante ans par exemple, on avait mis du carrelage par terre. Et puis l’Union européenne nous a dit "pas de carreaux, parce que la saleté peut se coincer dans les joints". Du coup, on a tout changé. Et puis encore quelques années plus tard, ils ont dit "non, finalement, les carreaux vont bien". On nous a aussi obligés à réfrigérer la totalité de l’espace. Et les plans de travail, c’est pareil ! Nous avions l'habitude de trancher le saumon sur des surfaces en bois et ils ont dit que l'on devait avoir du plastique, puis de l’inox. 

Et c'est ça le problème. C'est l'accumulation de petits changements. Des petites choses, qui à la longue, produisent une rupture, un divorce.

99 % des entreprises au Royaume-Uni sont de petites entreprises. Et 95 % d'entre elles n'exportent pas, ne commercent pas avec l'UE. Alors pourquoi devraient-elles être soumises aux règles de l'UE ?

L’un des arguments des anti-Brexit, c’est de dire que le Royaume-Uni va abandonner les réglementations, notamment sur la nourriture, et pourrait importer des produits de moins bonne qualité. Cela vous inquiète-t-il ? 

La meilleure forme de réglementation, c’est la concurrence. Si vous ne faites pas ce que veulent les clients, ils n'achètent pas chez vous et vous faites faillite. Si une société ne se comporte pas bien, les consommateurs le découvrent en un rien de temps sur les réseaux sociaux. Et cela a beaucoup plus d'impact que la réglementation, le lobbying, et les bureaucrates qui font les règles.  

Pour Lance Forman, l'Union européenne n'a pas tenu ses promesses. Les opportunités qu'elle annonçait se sont transformées en contraintes.
Pour Lance Forman, l'Union européenne n'a pas tenu ses promesses. Les opportunités qu'elle annonçait se sont transformées en contraintes. © Radio France / Antoine Giniaux

Mais en même temps, vos produits sont protégés par les normes européennes. En sortant de l’UE, ce ne serait plus le cas...

Vous savez, nous avons reçu le label IGP [Indication géographique protégée, ndlr] il y a quelques années seulement. Je n’ai pas postulé, je me disais juste que c’était bon pour le marketing. Ça fait vendre. Mais vous savez, on a passé plus d’une centaine d’années sans aucun label, et ça marchait aussi. 

Vous avez été élu député européen sous l’étiquette des conservateurs aux dernières élections. Vous étiez déjà pro-Brexit. Pourquoi y être allé ? A quoi ressemble pour vous le Parlement européen ? 

C’est un gaspillage incroyable et un système antidémocratique. Je voulais y aller pour me rendre compte. Les décisions-clés sont prises par la Commission, par des bureaucrates qui n’ont pas été élus et qui ont face à eux les lobbyistes des grandes entreprises qui font pression pour faire adopter des textes. Les normes, les règles, ce sont les multinationales qui les poussent, parce qu’elles les protègent de la concurrence de nouveaux arrivants et de petites entreprises. Du coup, ce sont les PME qui souffrent. 

Il reste onze mois pour conclure un accord commercial entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Quelle relation économique souhaitez nouer avec Bruxelles ?

Les deux choses dont on doit normalement discuter quand on négocie un accord commercial, ce sont les normes et les droits de douane. Il faut savoir si on veut harmoniser les produits ou simplement établir une reconnaissance mutuelle des normes. Mais l’Union européenne, ce n’est pas le Canada, ou le Japon : nous avons déjà des règles communes. Nous partons d’un socle commun. Ce n’est même pas la peine de parler de normes.

Dans l’immédiat, peut-être, mais pour la suite ? Savid Javid, le ministre britannique de l’Économie, affirme qu’il veut dans le futur une divergence des normes et des réglementations. Vous êtes pour ?

Après le Brexit, l'Union européenne ne devra pas avoir son mot à dire sur les normes mises en place au Royaume Uni. Pourquoi un coiffeur à York devrait-il avoir des comptes à rendre à Bruxelles ?

Qu’on respecte les règles pour les produits destinés à l’export vers l’Union européenne, c’est une évidence. Les entreprises qui souhaitent exporter devront respecter les règles de l'UE, et ces règles changeront avec le temps. Mais si nous assouplissons les règles dans ce pays, ça ne regarde personne.

Comment voyez-vous la suite ? 

Je ne pense pas que nous verrons des changements du jour au lendemain. Mais c'est une excellente nouvelle pour le pays. Parce que finalement, une décision a été prise. Et je pense que ça a été l’erreur de Theresa May : après le référendum, elle a tenté de concilier toutes les opinions. Mais c’était impossible : il y avait ceux qui voulaient aller d’un côté et ceux qui voulaient aller dans l’autre sens. C’est comme si en arrivant à un carrefour en T, vous choisissiez de ne tourner ni à gauche, ni à droite. A la fin, vous allez dans le mur. Cette fois, on va aller de l’avant. Les législatives, avec la victoire de Boris Johnson, ont été décisives. Je pense que c’est vraiment bon pour le Royaume-Uni, parce que ça plante véritablement un clou dans le cercueil de l’Union européenne.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.