Pour le Royaume-Uni, la route du départ de l'Union européenne est semée d’embûches. Deux jours après la présentation du plan élaboré par Theresa May, qui souhaite maintenir autant de ponts que possible avec l'Union européenne, le ministre du Brexit a annoncé sa démission, suivi par le très symbolique Boris Johnson.

David Davis, alors ministre du Brexit, le 19 mars 2018 à Bruxelles
David Davis, alors ministre du Brexit, le 19 mars 2018 à Bruxelles © AFP / Emmanuel Dunand

C'est à se demander si le Brexit n'est pas le nouveau monstre du Loch Ness : tout le monde en a entendu parler, mais on attend encore de le voir en chair et en os. Et au premier rang des incrédules, il y a de plus en plus de partisans du Brexit eux-mêmes, qui ont de plus en plus la désagréable impression de se faire avoir.

Car plus le calendrier de sortie avance, plus les responsables pro-Brexit semblent désormais faire partie de l'opposition dans le pays. Dernier exemple en date, David Davis, ministre du Brexit censé mener les négociations avec Bruxelles sur les conditions de ce départ. Deux jours après la présentation du plan de sortie élaboré par la Première ministre Theresa May, il a annoncé dimanche soir son désaccord... Et sa démission. Quelques heures plus tard, c'est le ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, qui remettait sa démission.

Les pro-Brexit en minorité

Or dans le monde du Brexit, Davis et Johnson ne sont pas les premiers venus. Avec Liam Fox (ministre du Commerce), ils étaient les "trois Brexiters" au sein d'un cabinet dont de nombreux membres avaient fait campagne pour le maintien dans l'Union européenne. Le départ du premier a été salué par les parlementaires favorables au Brexit, qui estiment que le plan de Theresa May est trop édulcoré.

L'élue conservatrice Andrea Jenkyns évoquait d'ailleurs sur Twitter une possible contre-attaque des "vrais Brexiters", menée par Boris Johnson, qui avait lui-même qualifié le projet de la Première ministre de "bouse". Désormais, les pro-Brexit "durs" n'ont pour ainsi dire plus aucune représentation au gouvernement.

Il faut dire que la position du gouvernement May n'a pas grand-chose à voir avec le départ fracassant que souhaitent certains. Elle prévoit notamment la création d'une "zone de libre échange entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", ou un dispositif permettant la libre circulation des britanniques et des citoyens de l'UE entre leurs deux territoires... Des coups de canif qui agacent sérieusement les pro-Brexit, et qui ont poussé David Davis à claquer la porte du gouvernement, estimant que "l'intérêt national nécessite un ministre qui croit avec ferveur à la position [de Theresa May] et pas seulement un conscrit réticent".

Un remplaçant moins remuant ?

Le nouveau ministre du Brexit (remplaçant de David Davis) a été nommé quelques heures après : Dominic Raab, 44 ans, ancien secrétaire d'État au Logement, et eurosceptique. Il avait notamment dénoncé ceux qui "refusent d'accepter le résultat" du référendum sur la sortie de l'Union européenne, estimant que ce vote "était clair et que personne ne devrait tenter de lui faire obstacle".

Mais Dominic Raab se retrouve ici dans une position délicate : il peut difficilement s'opposer de front à Theresa May juste après sa nomination, mais va aussi subir la pression des autres responsables politiques pro-Brexit... En plus de celle de l'Union européenne elle-même, qui a plus ou moins court-circuité le ministère britannique du Brexit : Michel Barnier (le négociateur côté européen) préfère déjà dialoguer avec Oliver Robbins, conseiller direct de Theresa May sur l'Europe à Downing Street.

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