Prise pour cible par l'Iran en représailles à la mort du général Qassem Soleimani, tué par un raid américain le 3 janvier, la base aérienne de Aïn al-Assad, dans l'ouest de l'Irak, a subi trois heures de bombardements successifs. Présent sur place, un haut-commandant américain a raconté cette journée à l'AFP.

Un soldat américain sur la base américaine de Aïn al-Assad en septembre 2007 (photo d'illustration)
Un soldat américain sur la base américaine de Aïn al-Assad en septembre 2007 (photo d'illustration) © AFP / Jim WATSON

Elle n'a fait aucun mort, mais l'attaque a marqué les soldats américains qui l'ont vécue. C'est ce qui ressort de l'interview accordée à l'AFP par le lieutenant-colonel Tim Garland (et à travers lui, indirectement, par l'armée américaine), un officier présent sur place au moment des bombardements dans la nuit du 7 au 8 janvier 2020.

Une attaque dont les militaires de la base aérienne de Aïn al-Assad ont été avertis par leur hiérarchie quelques heures avant l'arrivée des missiles de Téhéran. "Ma première réaction a été le choc, l'incrédulité", explique Tim Garland, qui assure qu'à ce moment, il a même douté de la réelle volonté de l'Iran de mener une telle attaque. À 23h, heure locale, les troupes courent se réfugier dans des bunkers fortifiés ou se dispersent dans différents endroits de la base.

"Je n'avais pas eu aussi peur depuis un sacré moment"

Puis, le choc d'une frappe d'une intense violence. "Quand la première tournée (de missiles) est tombée, c'était le bruit le plus fracassant jamais entendu", raconte Tim Garland. "Il y avait quelque chose d'étrange avec l'air, la façon dont il bougeait, dont il s'est réchauffé. La porte s'est ployée dans un sens sous l'onde de choc, puis dans l'autre sens [...] Nous ne savions pas à quoi cela ressemblerait, si ça allait être un tapis de bombes."

L'attaque dure trois heures au total, avec cinq séries de frappes de missiles balistiques, à intervalles réguliers, tout en laissant de longues pauses. L'officier en est persuadé : l'idée était de tromper la vigilance des soldats. "C'était suffisamment long pour vous faire croire que vous étiez en sécurité. Je crois que c'était fait exprès pour qu'il y ait des victimes." Pourtant, aucune victime n'est à déplorer. "Un miracle divin", pour Tim Garland, qui évoque simplement le cas de deux soldats postés dans des tours de guet, qui ne souffrent que de commotions après avoir été projetés au sol.

Les militaires ne sont tous sortis des bunkers que vers 4h du matin, pour découvrir leur base en flammées, avec au moins une dizaine de zones d'impact.

Pour le lieutenant-colonel, pourtant expérimenté, cette attaque était sans comparaison avec ce qu'il avait déjà vécu. "Je n'avais pas eu aussi peur depuis un sacré moment", assure-t-il, tout en s'étonnant d'une telle démonstration de force. "Des frappes de missiles balistiques pour le spectacle. C'est sans précédent."

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