La mousson est presque finie au Bangladesh, mais les souffrances des réfugiés Rohingyas ne sont pas terminées, dans les camps du Bangladesh sous le soleil et une chaleur écrasante.

Une fillette de 6 ans gravement brûlée aux jambes, dans le camp de réfugiés de Kutupalong.  Des militaires Birmans l'ont jetée dans un feu, avec d'autres enfants
Une fillette de 6 ans gravement brûlée aux jambes, dans le camp de réfugiés de Kutupalong. Des militaires Birmans l'ont jetée dans un feu, avec d'autres enfants © Radio France / Julie Pietri

Arrivés en masse au Bangladesh dans des conditions terribles, sous la pluie et dans la boue, ils sont désormais près de 540 000 depuis la fin du mois d’août, à avoir fui la Birmanie, où cette minorité musulmane, persécutée depuis des décennies, subit en ce moment ce que l’ONU appelle "une épuration ethnique". Des familles entières sont massacrées, leurs villages incendiés.

Dans le camp gigantesque de Kutupalong, construit lors des exodes des années 90, Julie Pietri et Marcos Darras sont allés à la rencontre de ces rescapés.

Entre les rizières et les acacias se dressent des abris à perte de vue : c'est le gigantesque camp de Kutupalong Quelques bambous pour la structure et des bâches de plastiques noires en guise de toit. À chaque seuil franchi, une histoire plus terrifiante que la précédente.

Wadjirumane et sa femme, un couple de fermiers, sont assis, à même le sol. Ils sont arrivés il y a un mois, avec leurs six enfants.

"Mon village a été attaqué par l’armée birmane" raconte Wadjirumane. "Ils ont rassemblé tout le monde. Et ont brûlé le village. Ils ont jeté les enfants dans le feu". Il enlève doucement les vêtements de sa fille et on peut voir qu'une partie de sa peau est complètement brûlée. Il explique alors, que sa fillede 6 ans était au-dessus des autres enfants, ils ont pu l'agripper. Elle a survécu mais la peau de ses jambes, qu’elle gratte souvent, reste rose et craquelée.

La mère, Assitawegond, a 30 ans. Elle en parait 20 de plus : "j’avais une belle maison, raconte-t-elle, des graines, des terres, du bétail. Il y avait assez de nourriture pour nous tous. Et nous avons du tout laisser pour nous retrouver ici, ou nous n’avons rien." Mais ce n'est pas le plus important explique-t-elle "La plupart des enfants de mon village sont morts. Ma fille est en vie. Et je remercie Dieu pour ça. J’aurais voulu qu’ils me jettent au feu à sa place. La douleur était insupportable".

Sa fille joue malgré tout avec les autres petits, et montent même parfois dans le camp, leurs rires d’enfants.

Plus de la moitié des réfugiés Rohingyas sont des enfants. Dans le camp de Kutupalong, ils sont partout et parfois seuls
Plus de la moitié des réfugiés Rohingyas sont des enfants. Dans le camp de Kutupalong, ils sont partout et parfois seuls © Radio France / Julie Pietri

Il faut maintenant réussir à survivre

Une bâche sépare en deux le cabanon de Nourba et de son mari. Un petit espace pour dormir, sur la terre désormais sèche. Un autre, encore plus étroit, pour la cuisine. Dès le seuil franchi, une forte odeur accroche les narines, des restes de nourriture sont déposés dans un coin, à même le sol : "c’est ma cuisine, j’ai un peu de riz et parfois un peu de poisson séché. On mangera ça pendant au moins deux jours".

S’il est si difficile de se nourrir ici, c’est aussi parce que les militaires birmans, dans leur traque, ne permettent que rarement aux survivants d’emporter leurs réserves, leur argent ou leur bétail : "Dans mon village, les balles ont traversé les maisons, des milliers de balles" explique Nourba "Mon fils est mort. Pour me sauver, j’ai sauté dans une rivière, je ne sais pas nager mais je me suis cachée avec de l’eau jusqu’à la poitrine. Je n’ai pas vu ce qui est arrivé au reste de ma famille".

Le mari de Nourba, un très vieux monsieur de seulement 60 ans, explique qu’il n’a pas la force d’aller faire la queue pour récupérer de la nourriture. Trop malade. Trop choqué aussi. "Nous avons très peu à manger" dit-il, "notre vie est misérable".

Quant à L’eau potable, elle se trouve à quelques pas de là, en bordure de rizières. Une pompe vient juste d’être installée par les militaires. Cette eau, si vitale, ils la craignent aussi quand elle vient du ciel. Si elle s’abat à nouveau sur eux, il leur faudra encore tout reconstruire.

La camp de Kutupalong s'étend de plus en plus. Les nouveaux arrivant s'installent près des rizières.
La camp de Kutupalong s'étend de plus en plus. Les nouveaux arrivant s'installent près des rizières. © Radio France / Julie Pietri
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