Jamala
Jamala © Reuters

À quelques heures de la finale de l’Eurovision, la Russie et l’Ukraine semblent être les grands favoris. Un duel qui s’annonce politiquement tendu. La chanteuse choisie par l’Ukraine est une Tatare de Crimée.

La 60ème édition de l’Eurovision aura un parfum particulier ce samedi. L’événement musical annuel a l’habitude de réunir depuis des décennies des alliés mais également des rivaux historiques . Le duel entre deux favoris de la compétition, la Russie et l’Ukraine sera au centre de l’attention. Durant la deuxième demi-finale de ce jeudi, Jamala a marqué les esprits avec sa prestation. La candidate ukrainienne, une Tatare de Crimée , est l’une des favorites avec sa chanson "1944" consacrée à la tragédie vécue par son peuple lors de la déportation stalinienne. La chanteuse auteur/compositeur/interprète de jazz de 32 ans a déclaré s’être inspirée des souvenirs de son arrière-grand-mère Nazalkhan pour écrire sa chanson intitulée "1944".

"1944" pour la mémoire des Tatars

Nazalkhan a été déportée de la péninsule entre le 18 et le 20 mai 1944 avec la quasi-totalité des autres Tatars, accusés par Staline d’avoir collaboré avec les nazis. Ils avaient été entassés dans des wagons et déportés , en Asie Centrale. La moitié d’entre eux n’ont pas survécu aux conditions de vie très difficiles de la région. Depuis 2014 et l’accession de la Crimée , péninsule ukrainienne, par la Russie, les tensions entre les Tatars et les Russes sont toujours d'actualité et les traumatismes de 1944 ont été ravivés.

Les Tatars restent traumatisés et majoritairement opposés à l’accession de la Crimée par la Russie. Cette chanson a donc un écho tout particulier pour deux raisons : le conflit actuel en Ukraine, et le destin de la communauté tatare de Crimée en 1944. "Je voulais faire une chanson sur mon arrière-grand-mère Nazalkhan et les milliers de Tatars de Crimée qui n'ont jamais pu retourner en Crimée, sur l'année qui a changé leurs vies à tout jamais", a expliqué Jamala à l’AFP. Pendant ce voyage en mai 1944, environ 8000 Tatars sont morts de soif et de la typhoïde . "J’avais besoin de cette chanson pour me libérer" de cette douleur et rendre hommage à "ces milliers de Tatars de Crimée dont il ne reste plus rien", avait-elle déclaré en février. En 1944, 240 000 autres Tatars sont morts.

Des paroles qui passent mal

À la suite de la diffusion de "1944", des responsables russes et certains politiques de Crimées ont crié au scandale . Il faut dire que dès les premières paroles de la chanson, Jamala accuse : "When strangers are coming, They come to your house, They kill you all and say, We’re not guilty not guilty". Autrement dit : "Quand des étrangers arrivent, ils entrent chez vous, vous tuent et disent nous ne sommes pas coupables, pas coupables." Et ceux malgré la portée politique des paroles, les organisateurs à Genève ont estimé que la chanson n’enfreignait pas les règles de l’Eurovision.

Depuis 2014, des militants tatars ont été placés en détention et des dirigeants de la communauté ont été interdits d’entrée en Russie. La justice du pays a aussi classé, le Medjilis , l’assemblée des Tatars, comme une organisation extrémiste. Le 12 mai, le Parlement européen est allé dans le sens des Tatars en votant une résolution exigeant la levée immédiate de l’interdiction de leur assemblée par les autorités russes. Il faudra attendre ce samedi pour connaître le nouveau gagnant de l’Eurovision, après la victoire du suédois Mans Zelmerlow , mais les yeux seront vraisemblablement tournés vers Jamala et son adversaire russe, Sergueï Lazarev.

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