A peine dénoncé par Washington, l’accord sur le nucléaire iranien refait surface… Avec des conditions pour le moins draconiennes, que le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo introduit en une seule phrase : "L'Iran n'aura plus jamais carte blanche pour dominer le Moyen-Orient."

Pour le chef de la diplomatie américaine, le régime iranien présente une menace au-delà de son programme nucléaire. Pour Mike Pompeo, Téhéran et ses alliés régionaux sont dans la ligne de mire.
Pour le chef de la diplomatie américaine, le régime iranien présente une menace au-delà de son programme nucléaire. Pour Mike Pompeo, Téhéran et ses alliés régionaux sont dans la ligne de mire. © AFP / WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

L’accord sur le nucléaire iranien, signé avec Téhéran il y a trois ans par les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, visait à empêcher la république islamique de se doter de l’arme atomique. Sa reformulation par l’Amérique de Donald Trump embrasse un champ beaucoup plus large, une ambition plus vaste, résumée en une phrase par Mike Pompeo, le secrétaire d’Etat américain :

L'Iran n'aura plus jamais carte blanche pour dominer le Moyen-Orient.

Il ne s’agit donc plus simplement de "durcir" le compromis de 2015. Washington, qui brandit la menace de sanctions inédites, entend mettre un terme aux comportements iraniens jugés "déstabilisateurs" dans la région. La normalisation des relations reste possible à terme, mais au préalable, Téhéran doit remplir douze conditions… et pas majoritairement en lien avec son programme nucléaire.

Le croissant chiite menacé

L’Iran doit notamment cesser de soutenir les rebelles Houthis au Yémen (ils déstabilisent un régime soutenu par l’Arabie saoudite voisine), retirer ses troupes de Syrie (les Pasdaran, les gardiens de la Révolution, soutiennent sur le terrain le régime d’Assad), couper les vivres au Hezbollah (la milice armée libanaise est un facteur de déstabilisation régionale) et cesser de menacer Israël.

Parmi les cibles de Washington, les outils de Téhéran au Proche-Orient, facteurs de "déstabilisation", tel le Hezbollah au Liban.
Parmi les cibles de Washington, les outils de Téhéran au Proche-Orient, facteurs de "déstabilisation", tel le Hezbollah au Liban. © AFP / Marwan Hammani

C’est donc la stratégie régionale de Téhéran, qui vise à unifier l’orient chiite, du Yémen au Liban, qui est menacée. Et avec elle le régime de Téhéran. "Au bout du compte, le peuple iranien devra faire un choix sur ses dirigeants", a affirmé Mike Pompeo. Et tant pis si les partenaires des Etats-Unis, en Europe notamment, en subissent les effets collatéraux.

Les alliés mis au pas

Pompeo le reconnaît volontiers : la position américaine va "poser des problèmes économiques et financiers à nombre de [ses pays] amis". Mais il n’hésite pas à les menacer eux aussi :

Je sais que nos alliés en Europe pourraient être tentés d’appliquer l’accord originel avec Téhéran. C’est leur choix. Mais ils savent dans quel camp ils sont.

Petite note d’espoir dans le chaos annoncé : "En échange de changements majeurs en Iran, a précisé Mike Pompeo, les Etats-Unis sont prêts "à lever, à terme, leurs sanctions". Mais cela n'interviendra qu'après des "évolutions concrètes, prouvées et sur la durée".

Pour l’instant, c’est une "pression financière sans précédent" qui est promise au régime iranien, avec "les sanctions les plus fortes de l’Histoire". Et, précise le chef de la diplomatie américaine, ancien patron de la CIA : les récentes annonces ne sont "que le début".

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