Pas de regain d'une "Révolution de jasmin" : cette fois-ci, les Tunisiens se rassemblent depuis lundi dans plusieurs villes pour protester contre le coût de la vie. La situation économique s'est considérablement dégradée, sept ans après la chute de Ben Ali, mais les répressions policières sont toujours présentes.

Les manifestants protestent contre les prix chers et la hausse des impôts depuis le 8 janvier
Les manifestants protestent contre les prix chers et la hausse des impôts depuis le 8 janvier © AFP / Fethi Belaid

Depuis lundi, des manifestations secouent la Tunisie. Sept ans après la chute du dictateur Zine el Abidine Ben Ali, les Tunisiens se mobilisent non pas pour réclamer un nouveau printemps arabe, mais pour des motifs économiques : ils protestent contre la hausse des prix et la politique d'austérité du gouvernement. Certains appellent même à la démission du chef de l'État Youssef Chahed et beaucoup estiment que rien n'a changé depuis la révolution.

"En 2011, on manifestait pour des causes plus politiques. Là, c’est vraiment à cause de la cherté de la vie"

Malgré un appel à des rassemblements pacifistes, des affrontements entre civils et policiers ont eu lieu dans plusieurs villes. Plus de 600 personnes ont été arrêtées, un manifestant est mort lundi à Tebourba, à une quarantaine de kilomètres de Tunis, la capitale. 

À Tebourba, ville de moins de 30 000 habitants, la tension était à son comble ce jeudi. La manifestation a tourné court : les premiers slogans à peine clamés, des jeunes ont lancé quelques pierres, la police a aussitôt chargé, chassant les quelques centaines de personnes présentes à coups de gaz lacrymogène.

Les souvenirs de la "Révolution de jasmin", à l'origine du Printemps arabe, se réveillent. Les peurs refont surface, raconte une femme qui s'abrite dans sa cour : "Les policiers balancent des bombes pour nous disperser, c’est comme lors de la révolution ! La différence, c’est qu’en 2011, on manifestait pour des causes plus politiques. Là, c’est vraiment à cause de la cherté de la vie."

"Le gouvernement utilise la police comme une baguette contre le peuple"

Rahma Belsem, étudiante et manifestante, explique que le peuple tunisien "souffre de pauvreté" : "Nous ne sommes pas contre les policiers, ils sont membres du peuple, mais malheureusement, dans chaque manifestation, il y a des violences sans aucun argument. Le gouvernement utilise la police comme une baguette contre le peuple."

Le collectif Fech Nestannew ("Qu'est-ce qu'on attend"), à l'origine de la contestation, assure vouloir aller jusqu'au bout pour qu'une nouvelle loi de finances garantissant une justice sociale soit votée : "Le gouvernement dit que les caisses sont vides, les caisses sont vides pour les pauvres ! Car les membres du gouvernement augmentent leurs salaires et ceux des députés." 

Le collectif appelle à un large rassemblement ce vendredi 12 janvier. Jusqu'ici, peu de Tunisiens sont descendus dans la rue.

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