Après avoir tenu d'une main de fer l'île de Cuba, les Castro s'effacent. Si Cuba a su s'opposer aussi franchement aux États-Unis, cela n'a pas nui au développement du pays, qui n'a rien à envier aux pays capitalistes. Mais l'ouverture amorcée par Raul marque aussi le début de déséquilibres financiers. Bilan.

Fidel Castro assisté par son frère Raul quand il était ministre des Armées en 2004
Fidel Castro assisté par son frère Raul quand il était ministre des Armées en 2004 © AFP / Adalberto ROQUE

Pour la première fois depuis soixante ans, Castro, ce nom pourtant très répandu sur l’île, ne sera plus associé à Cuba. 

Deux frères, inséparables, indissociables, deux fils d’un militaire devenu riche planteur de canne à sucre, Raul et Fidel, s’emparent de leur terre les armes à la main le 1er janvier 1959. L’aîné, Fidel, a 33 ans et son cadet, Raul, 29. 

Ils imposent un modèle politique, la Révolution, que Fidel puis Raul auront défendu jusqu’au 19 avril 2018. Six décennies d’un pouvoir sans partage, une idéologie sans condition, une résistance sans limite qui aura tenu tête jusqu’au bout à la première puissance mondiale, les États-Unis. 

C’est au cœur de l’épaisse forêt de la Sierra Maestra au sud est de l’île que la lutte commence pour les deux frères Castro. Dans cette entreprise familiale révolutionnaire, chacun tient déjà son rôle. L’aîné, Fidel, cultive déjà son image. Le cigare aux lèvres, il accepte de recevoir le journaliste du New York Times Herbert Matthews, au milieu de la jungle, pour lui détailler son projet. "Un changement radical démocratique pour Cuba et donc anti communiste", décrit Matthews dans l’un des trois articles qui seront publiés. 

Le reporter américain est fasciné par le charisme de Fidel, qui avouera plus tard avoir manipulé le journaliste, lui faisant croire que les guérilleros étaient nombreux, déterminés et parfaitement organisés. Au milieu de l’entretien ce jour-là, Raul intervient pour évoquer la formation d’une deuxième colonne de combattants. Les révolutionnaires ne sont en réalité que 18, isolés et mal armés, mais la publication du reportage fait naître la légende de Fidel Castro et dévoile le rôle que tiendra, à ses côtés, son frère cadet Raul. 

La Lumière pour Fidel, l’ombre pour Raul 

Pendant ses 48 ans de règne, Fidel Castro incarnera la Révolution cubaine aux yeux du monde, à travers des discours fleuves s’opposant à l’impérialisme des États-Unis, et une intelligence politique qui lui permettra de déjouer, en 1961, la tentative d’invasion des militaires américains et de s’allier avec l’URSS pour faire de son île un des sanctuaires de la guerre froide. Raul Modesto Castro Ruz, lui, déteste être placé sous les projecteurs mais n’en demeure pas moins une cheville ouvrière stratégique de la Révolution. 

Dès 1960, il prend la tête des forces armées cubaines dont le savoir-faire en matière de renseignement, de contrôle des populations, est encore aujourd’hui considéré comme un modèle par les régimes autoritaires. Sa timidité présumée, sa réticence à prendre la parole en public, n’ont jamais altéré sa détermination. "L'Irak est un jeu d'enfant en comparaison de ce qui arriverait si les États-Unis envahissaient Cuba" prévient Raul Castro dans une de ses rares interviews, accordée à l’acteur américain Sean Penn pour le site The Nation

Discret, Raul Castro a rapidement dissipé les doutes quant à sa capacité à tenir le régime lorsqu’en 2006, alors que Fidel tombe gravement malade, il est amené à prendre le pouvoir. Le cadet des frères Castro est aussi le plus pragmatique. En 1990, l’éclatement de l’URSS plonge Cuba dans une crise économique profonde, il parvient à convaincre son frère d’ouvrir l’île à la fréquentation touristique

Une tentative d’ouverture, pour ne pas voir s’effondrer le modèle révolutionnaire

L’économiste Omar Everleny, du centre de réflexion et de dialogue de La Havane, constate :

Les institutions ont commis beaucoup d’erreurs en voulant copier un modèle, en restant prisonnières d’une centralisation, d’une verticalité décisionnelles. Nous avons copié le pire du socialisme.

En 2008, lorsqu’à 77 ans Raul Castro accède officiellement au rang de chef de l’État cubain, il lance une série de réformes et annonce qu’il quittera le pouvoir en 2018. Une petite révolution au sein de la grande. 

Les touristes sont désormais les bienvenus sur l’île ; le rapprochement diplomatique avec les États-Unis en 2016 fera bondir le nombre de visites. En 25 ans, la fréquentation est passée de 400 000 voyageurs à près de 5 millions en 2017, malgré les nouvelles restrictions imposées par l’administration Trump. 

Certains secteurs ont été ouverts aux entrepreneurs privés : ils sont aujourd’hui 580 000 Cubains à travailler pour leur propre compte. Mais cette voie a révélé le risque d’une gigantesque fracture sociale dans la société cubaine, entre ceux qui ont la possibilité d’accumuler les richesses et ceux qui n’en ont pas les moyens. Et le PCC (Parti communiste cubain) a récemment déploré "le manque de culture de l’impôt dans le pays". 

La possibilité donnée, en 2008, à des agriculteurs privés de cultiver les terres pour diminuer les importations n’a pas eu l’effet escompté : les Cubains importent toujours 80 % des aliments qu’ils consomment

Raul Castro quittera le pouvoir jeudi 19 avril 2018. Son successeur aura la tâche complexe d’adapter ces réformes d’actualisation du modèle économique, tout en conservant les acquis sociaux de la Révolution. 

L’héritage de la Révolution cubaine : un taux d’alphabétisation de 99,8 %, une espérance de vie de 78 ans, des statistiques en matière de santé publique et d’éducation qui sont à la hauteur des pays les plus développés. Mais le modèle économique de l’île est défaillant, les finances de l’État exsangues, et les réformes initiées par Raul depuis son arrivée au pouvoir en 2008 se révèlent encore trop timides pour permettre à Cuba de se développer.

Cuba en chiffres clés
Cuba en chiffres clés © AFP / Gustavo IZUS, Nicolas RAMALLO
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