Le djihadiste français Fabien Clain, qui avait revendiqué au nom du groupe État islamique les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, a été tué mercredi après-midi par une frappe aérienne de la coalition, à Baghouz, dernier bastion de Daesh en Syrie.

Fabien Clain, tué hier en Syrie, était la voix officielle du groupe Etat islamique en France.
Fabien Clain, tué hier en Syrie, était la voix officielle du groupe Etat islamique en France. © AFP

Le djihadiste français Fabien Clain a été tué mercredi après-midi lors d'une frappe aérienne de la coalition internationale à Baghouz, en Syrie, dernier bastion du groupe État islamique. Son frère Jean-Michel a, lui, été grièvement blessé. 

Il faudra encore une identification formelle, avec leur ADN par exemple, pour confirmer à 100 % leur identité.

Fabien et Jean-Michel Clain, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la justice française, avaient été repérés il y a plusieurs jours dans la région, cette dernière poche des djihadistes de l'organisation terroriste à l'est de la Syrie.  

Al-Baghouz Fouqani, dans la province de Abou Kamal, à la frontière entre la Syrie et l'Irak
Al-Baghouz Fouqani, dans la province de Abou Kamal, à la frontière entre la Syrie et l'Irak / Capture d'acran Google Map

Les deux frères étaient les auteurs de la revendication des attentats du 13 novembre 2015. Fabien Clain avait enregistré le message audio tandis que la voix de son frère a été identifiée comme celle de l'interprète d'un chant religieux dans cet enregistrement. Les juges d'instruction avaient émis l'été dernier un mandat d'arrêt international. La revendication évoquait aussi une attaque dans le 18e arrondissement, qui n'a pas eu lieu, ce qui peut laisser penser que les deux hommes connaissaient les détails des préparatifs des attentats.

Voix officielle du groupe terroriste

Fabien et Jean-Michel Clain étaient les dernières grandes figures recherchés en lien avec les attentats de Paris, tous les commanditaires membres du groupe État islamique étant déjà présumés morts. Ils sont aussi des vétérans du djihad.

Les deux frères ont grandi à Alençon, en Normandie, dans une famille chrétienne pratiquante de quatre enfants, avec un intermède de quelques années à la Réunion. Le père quitte le foyer quand Fabien a trois ans. Fabien Clain se cherche, ne termine pas son BEP métallurgie, et enchaîne les missions d'intérim en plomberie. 

À la fin des années 1990, Fabien et sa compagne Mylène, se convertissent à l’islam, puis Jean-Michel et sa femme Dorothée. Ils s'installent à Toulouse, où Fabien devient rapidement l’un des pilier de la mouvance salafiste . Les femmes des frères Clain portent la burqa, ce qui leur vaut d’être surnommés "le clan des Belphégor".

En janvier 2003, les frères Clain partent quelque temps en Belgique, où ils font la connaissance de plusieurs figures du djihadisme. En octobre 2004, ils reviennent dans le Sud de la France et s’installent chez Olivier Corel, à Artigat, en Ariège. Dit “l’émir blanc”, ce prédicateur salafiste tient des sessions d’enseignement religieux que suivent des jeunes des des cités toulousaines, dont Sabri Essid. Fabien Clain, désormais surnommé "Omar", y fait la connaissance d’Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah. Le groupe d’Artigat, considéré comme l’un des noyaux historiques du djihadisme français, se consolide par alliances : le père de Sabri Essid épousera successivement la mère de Fabien Clain et celle des frères Merah.

En 2006 Fabien Clain fait aussi un séjour en Egypte, avec sa famille. En 2009, il est jugé dans le procès de la filière d’Artigat. Il est condamné à cinq ans de prison pour avoir organisé l’acheminement vers l’Irak de plusieurs jeunes Toulousains entre 2005 et 2006. Les recrues prenaient souvent l’avion depuis la Belgique, où elles étaient accueillies par des "frères" bruxellois, puis transitaient par la Syrie ou l’Egypte avant de tenter d’entrer en Irak. C’est ainsi que Sabri Essid et Thomas Barnouin sont arrêtés à Hama en Syrie fin 2006, alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre une cellule d’Al-Qaida. Durant son procès, Fabien Clain se définit comme ayant suffisamment de connaissance religieuse pour "influencer une personne indécise". Il affirme s’en tenir à une lecture "défensive" du djihad.

Le 28 décembre dernier, l'EI diffuse un message audio de Fabien Clain

Libéré après avoir purgé trois de ses cinq années de prison, Fabien Clain refait sa vie en Normandie, où il a passé son enfance, avec sa femme Mylène et leurs trois filles. Au début de l'année 2015 il disparaît pour rejoindre la Syrie. Son frère Jean-Michel est aussi parti, avec sa femme et leurs six enfants. 

Entouré de sa famille et de ses anciens disciples, dont son ancien élève Sabri Essid, Fabien Clain continue d’endoctriner et de recruter à distance. Fabien Clain, alias Omar, semblait même être devenu un des cadres de l'organisation terroriste. Son nom était apparu notamment dans l'enquête sur l'attentat raté de Villejuif, en mars 2015, comme un possible commanditaire de Sid Ahmed Ghlam.

Le 28 décembre dernier, l'Etat islamique avait encore diffusé un message audio de Fabien Clain, qui exhortait les sympathisants de l'EI en France à commettre des attentats pour "venger ceux qui meurent" dans les frappes de la coalition.

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