Ce samedi, la Corée du Nord a changé de fuseau horaire : toutes les horloges ont été avancées de trente minutes pour afficher la même heure que celles du voisin du Sud. Un symbole certes, mais qui a son importance : l'heure peut parfois être un outil politique important.

Boutique d'horloger dans un marché de Seoul en 2016
Boutique d'horloger dans un marché de Seoul en 2016 © AFP / Ed Jones

C'est un peu comme passer de l'heure d'hiver à l'heure d'été, mais les Nord-Coréens ne devront a priori le faire qu'une seule fois : à Pyongyang ce samedi, tout le monde a fait avancer sa montre d'une demi-heure, pour passer à l'heure de Séoul. C'est l'une des mesures un peu moins spectaculaires annoncées par le régime de Kim Jong-Un en signe de bonne volonté, avec par exemple la fin des hauts-parleurs dressés de part et d'autre de la frontière, qui diffusaient constamment la propagande des deux camps.

Le Nord change donc d'heure pour s'aligner avec le Sud (et le Japon, par la même occasion, qui vit sur le même fuseau horaire : 9 heures de plus que l'horaire du Méridien de Greenwich), près de trois ans après avoir imposé ce décalage, justement pour prendre de la distance avec l'heure japonaise "impérialiste". Un geste symbolique mais pas anodin : les fuseaux horaires sont des leviers de politiques intérieure et extérieure puissants, qu'on peut modifier pour différentes raisons.

Raison n°1 : pour satisfaire l'occupant

L'exemple le plus frappant dans l'Histoire récente (pardon d'avance pour le point Godwin), c'est le changement d'heure en France en 1940, au tout début de l'Occupation. Lorsque l'Allemagne prend possession d'une partie du pays au mois de juin, les nazis n'ont aucune intention de faire reculer leurs montres d'une heure, et imposent donc aux Français de passer à l'heure d'été allemande (GMT+2).

Paris se retrouve donc décalée par rapport à Vichy et à la zone libre, restés à GMT+1. Un problème en particulier pour la SNCF, qui achève de convaincre le gouvernement de s'aligner sur l'heure d'été allemande en 1941. Toute la France est donc à l'heure de Berlin jusqu'à la Libération, où elle repasse à GMT+1 toute l'année (sans heure d'été), jusqu'au rétablissement de l'heure d'été en 1976 par Valéry Giscard d'Estaing, qui revient à la situation de l'Occupation (du point de vue des montres, en tout cas).

Bref : la France est aujourd'hui, de fait, sur le même fuseau horaire que lors de l'Occupation.

Raison n°2 : pour unifier un pays trop grand

Le fuseau horaire peut aussi être un enjeu de cohésion nationale, en particulier pour les pays les plus "larges" sur le planisphère. La Russie, par exemple, couvre 11 fuseaux horaires. Mais elle a brièvement tenté d'en supprimer deux pour passer à 9 fuseaux horaires différents sur son territoire. Le président en 2010, Dmitri Medvedev, pensait ainsi rapprocher les Russes, mais a surtout provoqué une vague de mécontentement. D'où un retour aux 11 fuseaux horaires et à l'heure d'hiver permanente en 2014 sous Vladimir Poutine. Plus "modestes", les États-Unis s'étendent sur cinq fuseaux horaires (six, en comptant Hawaï).

Situation inverse en Chine, où malgré l'étendue du territoire, tout le monde est sur le même fuseau horaire, GMT+8 (alors même que sur une carte, le pays est étalé sur 5 fuseaux). Ce qui fait que pour les habitants les plus à l'ouest, le soleil se lève et se couche cinq heures plus tard que pour ceux de l'est.

L'Australie a coupé la poire en deux entre unité du territoire et "heure ressentie" par les habitants : le pays s'étale sur trois fuseaux horaires mais avec des décalages réduits entre chaque "tranche" : GMT+8,75 à l'ouest, GMT+9,5 au centre, GMT+10 à l'est. Bon courage pour calculer son décalage horaire d'une région à l'autre...

Raison n°3 : parce que c'est plus pratique

Deux territoires ne sont, techniquement, sur aucun fuseau horaire géographique, et pour cause : l'Antarctique et l'Arctique sont situés aux pôles. Cela ne les empêche pas d'être partagés entre différents pays, qui eux ont des heures bien plus précises. Traditionnellement, les stations scientifiques font au plus simple : elles se calent sur le fuseau horaire de leur base de ravitaillement. La base américaine Amundsen-Scott, par exemple, applique l'heure de la station McMurdo, sur le fuseau horaire de la Nouvelle-Zélande (GMT+12) et pas celle de son pays d'origine, les États-Unis (GMT-8, soit 20 heures de décalage).

Pour les territoires sans base scientifique, on s'arrange comme on peut. Près du pôle Nord, on utilise ainsi généralement le fuseau horaire GMT+0.

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