par Shaimaa Fayed et Dina Zayed

LE CAIRE (Reuters) - Pour la troisième journée consécutive, policiers et manifestants réclamant le départ du pouvoir de l'armée se sont affrontés lundi sur la place Tahrir du Caire sur fond de crise politique avec la démission du gouvernement intérimaire.

Ces violences, qui rappellent le pire de la "révolution du Nil", ont fait au moins 33 morts et présagent mal de la première phase des élections législatives, qui doit débuter lundi.

Vers minuit, quelque 20.000 personnes restaient massées sur cette place, haut lieu de la contestation anti-Moubarak, avec des milliers d'autres dans les rues adjacentes.

Les mouvements qui étaient à la pointe des journées révolutionnaires de l'hiver dernier ont appelé à une mobilisation la plus forte possible pour la journée de mardi afin de contraindre l'armée à céder le pouvoir.

"Le peuple veut la chute du maréchal !", scandait la foule en visant le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, ministre de la Défense du "raïs" déchu pendant une vingtaine d'années avant de prendre les rênes du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir depuis le départ de Hosni Moubarak.

Dans un communiqué diffusé lundi en fin de soirée, le CSFA a lancé un appel au calme et invité les forces politiques à des discussions de crise pour trouver une porte de sortie. Les généraux font part de leur "profond regret pour les victimes des ces incidents malheureux", indique l'agence de presse officielle Mena.

"Nous appelons toutes les composantes de la nation à faire preuve de la plus grande retenue de manière à éviter de nouvelles victimes", a ajouté l'armée.

Le Conseil militaire ne précise pas en revanche s'il a accepté la démission du gouvernement intérimaire, présentée dimanche. D'après une source militaire, le CSFA s'efforcerait de trouver un accord sur le nom d'un nouveau Premier ministre.

L'embrasement de la place Tahrir et la démission de tous les membres du cabinet, qui porte un coup sévère à l'autorité du Conseil militaire, augurent mal des élections programmées à partir de lundi, les premières depuis la chute de Moubarak.

CLIMAT D'INSÉCURITÉ

Les violences ont éclaté samedi, au lendemain d'une manifestation à l'appel des islamistes et des libéraux qui avait rassemblé quelque 50.000 personnes contre une disposition constitutionnelle mettant l'armée hors de portée de tout contrôle civil.

Depuis samedi, la morgue du principal hôpital du Caire a reçu 33 corps. Les autorités affirment que la police n'a pas ouvert le feu sur les manifestants mais la plupart des cadavres à la morgue ont des impacts de balles, selon une source médicale. Au ministère de la Santé, on parle de 24 morts et de 1.250 blessés.

"Le régime militaire est mort, est mort", crient les manifestants. "Liberté, liberté !" entend-on aussi.

L'armée a assuré lundi qu'elle ne prenait pas parti entre les manifestants et la police et qu'elle n'avait pas tenté d'évacuer les manifestants de la place Tahrir.

Une partie des Egyptiens est opposée à ces manifestations, souhaitant le retour à la stabilité compte tenu de l'état de délabrement de l'économie.

D'autres, dont les islamistes favoris des élections, soupçonnent l'armée d'entretenir un climat d'insécurité pour rester en place.

Le Mouvement du 6-Avril, à l'avant-garde de la contestation contre le régime de Moubarak, a dit à l'agence Mena que l'occupation de la place Tahrir se poursuivrait tant que ses exigences n'auraient pas été acceptées.

Il réclame notamment la tenue de l'élection présidentielle d'ici avril prochain et la constitution d'un gouvernement de salut national en lieu et place du CSFA.

Mohamed ElBaradeï et Abdallah al Achaal, candidats potentiels à la présidentielle, ont aussi réclamé la formation d'un gouvernement de salut national, rapporte l'agence Mena.

Les Frères musulmans, dont le parti est favori des élections, ont condamné l'intervention des forces de sécurité au Caire même si eux-mêmes s'étaient auparavant retiré de la place Tahrir. "Cela rappelle les pratiques du ministère de l'Intérieur de l'ancien régime", disent-ils dans un communiqué.

L'armée assure que ces violences n'empêcheront pas l'organisation de la première phase des élections législatives.

Les généraux comptent conserver l'essentiel du pouvoir jusqu'à la désignation au scrutin direct du prochain président, qui pourrait ne pas intervenir avant la fin de l'année prochaine ou début 2013.

Mais le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a déclaré que l'Egypte vivait "un moment dangereux" tandis que Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Onu, a appelé les autorités de transition "à garantir la défense des droits de l'homme et des libertés individuelles pour tous les Egyptiens, y compris le droit à manifester dans le calme".

Catherine Ashton, porte-parole de la diplomatie européenne, a lancé un appel à la retenue et annoncé que l'UE était prête à envoyer des observateurs pour le scrutin du 28 novembre.

avec Marwa Awad et Edmund Blair; Jean-Philippe Lefief, Clément Guillou, Jean-Loup Fiévet et Henri-Pierre André pour le service français

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