Malgré ses déboires sur le terrain, le groupe État Islamique arrive à poursuivre sa lutte sur Internet et garde ses capacités de nuisances en s'emparant du cyberespace.

Le Groupe État Islamique déplace ses forces sur le terrain du cyberespace
Le Groupe État Islamique déplace ses forces sur le terrain du cyberespace © Reuters / Dado Ruvic

Bientôt défait sur le terrain, en Irak et en Syrie, le groupe État islamique (EI) va constituer dans le cyberespace un "califat virtuel" d'où continuer la lutte et galvaniser ses partisans, préviennent experts et officiels.

Au début de l'année, dans un texte intitulé "Le califat virtuel", le général américain Joseph Votel, commandant de l'US Central Command (dont la zone d'intervention va du Moyen-Orient à l'Asie), prévenait : "Vaincre l'EI sur le champ de bataille physique n'est pas suffisant".

"Même après une défaite décisive en Irak et en Syrie, l'EI va vraisemblablement trouver refuge dans un refuge virtuel (...) d'où il va continuer de coordonner et d'inspirer des attentats", écrit-il. "Cela lui permettra également de continuer à bâtir une base de supporteurs jusqu'à ce que le groupe soit en mesure de reconquérir des territoires physiques (...) une communauté stratifiée de Musulmans dirigés par un calife (actuellement Abou Bakr al-Baghdadi), qui aspire à faire partie d'un État gouverné par la charia et localisé dans le cyberespace".

Commandos actionnés à distance

Interrogé sur France Inter après les attaques de Las Vegas et Marseille, Matthieu Suc, journaliste à Médiapart et spécialiste du terrorisme expliquait aussi : "L’organisation EI, malgré ses déboires sur le terrain syro-irakien, est toujours en capacité de piloter à distance des attentats. Depuis le début de l’année, le Mossad a averti les services secrets français que l’organisation EI a délocalisé une partie de son appareil d’état - dont le service chargé de la planification des attentats - au bord des rives de l’Euphrate dans l’est de la Syrie, à Mayadin, à l’abri et en prévision de la chute de Mossoul et de Raqqa. La série d’attentat qui a frappé l’Europe ces derniers mois prouvent bien que l’organisation État Islamique arrive encore à actionner à distance des commandos".

Malgré les défaites militaires, ils gardent encore une capacité de nuisance, et puis on est à l’ère du numérique, c’est simple de communiquer (Matthieu Suc)

Son relais de communication et de propagande, "l'agence" Amaq, n'a jamais cessé d'émettre, de revendiquer des attaques, d'inciter à commettre des attentats. Ses revues en ligne, dans plusieurs langues, sont toujours disponibles en quelques clics. Elles incitent plus que jamais les partisans du califat, où qu'ils soient, à passer à l'action et multiplient conseils meurtriers et mode d'emplois mortels.

Califat en ligne et hors-ligne

"Le groupe tente désormais de persuader que l'idée du califat est plus importante que sa présence physique" estime Charlie Winter auteur en 2015 d'un rapport qui s'intitulait déjà "le califat virtuel" et qui analysait la stratégie de propagande de l'EI : "Cela dit, ce n'est pas un choix binaire, en ligne ou hors-ligne", ajoute-t-il. "Cela sera toujours un hybride des deux, le réel et le virtuel".

Sous la pression des pouvoirs publics, les fournisseurs de service et grands acteurs de l'internet mondial ont mis en place des mesures et des procédures pour tenter d'entraver l'utilisation par l'EI du réseau mondial à des fins de propagande et d'organisation.

Censure inutile

Mais "Censurer l'internet ne marchera pas", dit encore Charlie Winter. "Les autorités portent leur attention sur la mauvaise partie de l'internet (le réseau grand public), et c'est un problème (...) Les jihadistes se cachent désormais dans le web profond, utilisent le chiffrement. Il y aura toujours des refuges pour les terroristes sur internet".

Les chercheurs français Laurence Bindner et Raphael Gluck rappellent aussi la souplesse, la modularité, et l'adaptabilité de l'organisation EI vis-à-vis de la suppression des contenus jihadistes en ligne : "[Elle] parvient ainsi à maintenir une dissémination suffisante pour atteindre son vivier de sympathisants et recruter au-delà".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.