Pour les Japonais, c'est un événement historique : avec l'abdication de l'empereur actuel, le Japon entre dans une nouvelle ère. Il lui manquait jusqu'ici un nom : ce sera Reiwa, et il annonce (selon le Premier ministre Shinzo Abe) "une civilisation où règne une harmonie entre les êtres".

Yoshihide Suga, secrétaire général du Cabinet, présente le nom de la nouvelle ère japonaise : Reiwa
Yoshihide Suga, secrétaire général du Cabinet, présente le nom de la nouvelle ère japonaise : Reiwa © AFP / Kazuhiro Nogi

Vous l'ignoriez peut-être, mais depuis 1989, le Japon vivait sous l'ère Heisei ("accomplissement de la paix"), et avec l'abdication (prévue le 30 avril) de l'empereur Akihito au profit de son fils Naruhito, le pays va entrer dans la 248e ère de son Histoire le 1er mai. Et l'on connait désormais son nom, révélé publiquement ce lundi : Reiwa ("vénérable harmonie").

Cette annonce, pour les Japonais, est un événement particulièrement fort, à la fois concrètement et symboliquement. Il suffit pour s'en convaincre de voir le dispositif déployé : une diffusion en direct sur toutes les chaînes de télévision et les écrans publics du pays, des éditions spéciales et gratuites des grands journaux que les passants se sont arrachées aux abords des gares... La mise en scène ce lundi matin était d'ailleurs largement inspirée de celle, en 1989, autour de la révélation de l'ère Heisei. Avec ce même panneau blanc très sobre, décoré de deux caractères.

Le porte-parole du gouvernement Keizo Obuchi présentant le nom de l'ère Heisei en 1989
Le porte-parole du gouvernement Keizo Obuchi présentant le nom de l'ère Heisei en 1989 / Capture d'écran YouTube

Le nom de l'ère dans laquelle il vit est un élément important dans la vie d'un Japonais : les documents administratifs sont basés sur les ères, on donne souvent sa date de naissance en référence à ce calendrier plutôt qu'au calendrier grégorien occidental, et il est courant d'évoquer une date avec la première lettre de l'ère et un chiffre (S38 pour l'an 38 de l'ère Shōwa, H10 pour l'an 10 de l'ère Heisei, etc.) De même, quand ils veulent évoquer une période du point de vue des modes ou de la culture, ils parlent par exemple de "style Shōwa".

2019 sera donc l'an 1 de l'ère Reiwa, après avoir été l'an 31 de l'ère Heisei. Et ce nom, qui a déjà fait exploser les commandes de calendriers et d'agendas chez les imprimeurs, fait aussi beaucoup réfléchir les habitants et une bonne partie de ceux qui s'intéressent à l'archipel. Le mot même, tiré de la première anthologie de waka (une forme de poésie japonaise) publiée au VIIIe siècle, a un sens complexe.

Composé de deux syllabes, "Rei" et "Wa", "Reiwa" combine en effet les multiples sens qu'ils peuvent avoir : "beau", "agréable", "porteur d'espérance" mais aussi "ordre" pour "Rei" ; "harmonie" pour "Wa", dont l'idéogramme évoque aussi "le Japon" lui-même. Selon l'expert en littérature japonaise Ryan Shaldjian Morrison, de l'Université de Nagoya, la traduction la plus juste serait "vénérable harmonie".

L'ère Heisei, née en 1989, signifiait "accomplissement de la paix", quand l'ère Shōwa, de 1926 à 1989, voulait dire "ère de paix éclairée" (et ce, même si elle incluait la Seconde guerre mondiale). C'est encore aujourd'hui la plus longue ère de l'Histoire du Japon.

Le nouveau nom "Reiwa" a été trouvé après plusieurs mois de travail d'un comité de neuf personnalités issues de différents domaines, dont le prix Nobel de médecine Shinya Yamanaka, qui se réjouit de l'adoption d'un "nom magnifique qui convient parfaitement pour ouvrir une nouvelle ère".

Autre symbole fort : c'est le gouvernement qui décide du nom de l'ère, comme en 1989, ce qui montre bien le rôle plus réduit qu'a désormais la Maison impériale dans l'organisation du pays. Même le futur empereur Naruhito n'a pas de pouvoir décisionnel en la matière, ce qui ne l'a pas empêché de découvrir, avant le reste du pays, les dernières propositions en lice dès le 29 mars.

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