[scald=108779:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Le malaise autour de l'affaire Mohamed Merah persiste mardi avec l'envoi à une chaîne de télévision d'une vidéo des sept meurtres de Toulouse et Montauban et les propos du père du tueur, disant vouloir porter plainte contre la France.

Une clé USB contenant des images filmées lors de ses assassinats par le tueur abattu jeudi dernier par la police et une revendication sont parvenues au bureau parisien d'Al Djazira, qui n'a pas fait savoir si elle les diffuserait ou non.

Nicolas Sarkozy a appelé les chaînes de télévision en possession d'images de ces crimes à ne les diffuser "sous aucun prétexte", comme l'avait déjà fait le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a lui aussi invité les chaînes de télévision à ne pas diffuser les images tournées par Mohamed Merah.

Le candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande, est également intervenu sur le sujet, déclarant à la presse lors d'un déplacement à Calais: "Si cette chaîne prenait la responsabilité de diffuser des images qui heurteraient non seulement les familles mais toute la France, elle prendrait une très grande responsabilité, elle compromettrait sa présence ici comme chaîne d'information."

Les vidéos montrent les attaques perpétrées à Toulouse et à Montauban dans l'ordre chronologique, a précisé Zied Tarrouche, chef du bureau parisien d'Al Djazira. "C'est la direction qui va décider du sort de cette vidéo", a-t-il ajouté sur BFM-TV.

Nicolas Sarkozy, qui a annoncé de nouvelles mesures de sécurité contre les dérives extrémistes, s'est indigné du projet du père de Mohamed Merah de porter plainte contre la France pour avoir tué son fils lors d'un assaut de la police jeudi dernier.

Mohamed Benalen Merah avait annoncé lundi vouloir poursuivre les autorités françaises qui, selon lui, avaient les moyens d'arrêter son fils vivant au terme d'un siège de 32 heures de son appartement toulousain.

MOHAMED MERAH INHUMÉ EN ALGÉRIE ?

"C'est avec indignation que j'ai appris que le père de l'assassin des sept personnes (...) voulait porter plainte contre la France pour la mort de son fils", a dit le chef de l'Etat lors d'une déclaration à l'Elysée.

"Faut-il rappeler à cet homme que son fils avait filmé ses crimes et pris le soin diabolique de faire parvenir ces images ignobles à une chaîne de télévision", a-t-il ajouté.

Selon la radio RTL, Mohamed Benalel Merah a été impliqué dans une affaire de trafic de stupéfiants en 1999 et condamné en juin 2000 à cinq ans de prison ferme.

En 2001, il aurait écopé de neuf mois de prison supplémentaires pour subornation de témoin. Libéré sous conditionnelle en 2005, il aurait passé de plus en plus de temps en Algérie, jusqu'à s'y installer complètement.

La famille de Mohamed Merah en France a décidé de le faire enterrer en Algérie, a déclaré mardi Abdallah Zekri, conseiller du recteur de la mosquée de Paris et délégué général chargé des régions. Elle craint en effet qu'une sépulture en France ne soit "profanée en permanence" ou ne devienne un lieu de pèlerinage.

"Au départ, ils n'étaient pas d'accord les uns et les autres", a expliqué Abdallah Zekri à Reuters.

La mère voulait que son fils soit enterré en Algérie, tandis qu'Abdelghami, un de ses frères, affirmait que la volonté du défunt était d'être enterré dans le pays où il est né. "Ils se sont finalement rangés à la vision de la mère", a-t-il ajouté.

TROISIÈME HOMME ?

Les enquêteurs ont la conviction que Mohamed Merah n'est pas l'expéditeur de la vidéo envoyée à Al Djazira à Paris et recherchent un éventuel troisième homme pour le vol du scooter, a-t-on appris de source policière.

Le colis portait un cachet postal daté de mercredi dernier et les enquêteurs essaient de savoir s'il a été posté mardi soir par Mohamed Merah lui-même avant qu'il ne fasse l'objet d'une surveillance policière, ou par un complice mercredi matin.

"Comme la lettre a été postée d'un village loin de Toulouse, il est difficile que ce soit Mohamed Merah", dit-on de source policière.

Son frère aîné, Abdelkader, a été mis en examen dimanche et écroué pour complicité d'assassinats pour avoir été présent lors du vol du scooter utilisé par son frère pour commettre les tueries. Il nie toute participation aux crimes.

Les enquêteurs tentent d'identifier un troisième homme qui aurait pu participer au vol du scooter Yamaha T-Max ou se présenter avec l'un des deux frères auprès d'un concessionnaire moto pour l'achat d'accessoires et savoir comment désactiver un système de détection par satellite.

Gérard Bon avec Chine Labbé, et Elizabeth Pineau à Calais, édité par Patrick Vignal

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