[scald=107771:sdl_editor_representation]par David Lewis et Tiemoko Diallo

BAMAKO (Reuters) - Le Mali est plongé dans la confusion 48 heures après un putsch d'officiers subalternes, dont la maîtrise du cours des événements semble fragile au regard des pillages à Bamako, des multiples rumeurs circulant dans la capitale et des incertitudes planant sur le sort du président Amadou Toumani Touré.

L'Union africaine a suspendu le Mali de ses instances après ce putsch conduit par des militaires reprochant aux autorités un manque de moyens et de détermination contre la rébellion touarègue dans le nord du pays.

"On nous a fait savoir que le président était en sécurité et qu'il se trouvait sous la protection de soldats loyalistes. Il se trouve assurément au Mali, non loin de Bamako d'après les informations que nous avons obtenues de la part des soldats qui le protègent", a déclaré Jean Ping, président de la commission de l'Union africaine, à Addis-Abeba.

Bamako bruissait vendredi de rumeurs selon lesquelles un contre-coup d'Etat était imminent de la part des partisans du président ou encore que le chef des putschistes, le capitaine Amadou Sanogo, avait été tué, ce qui a été démenti par la télévision nationale.

Dans un communiqué, les putschistes assurent que "tout va bien" et ils invitent la population à vaquer à ses occupations habituelles. La télévision a ensuite diffusé des images d'Amadou Sanogo mais on ignore quand elles ont été tournées.

Les auteurs du coup d'Etat ont parié sur le mécontentement de la population à l'égard du président, contesté pour sa gestion de la rébellion touarègue.

"LES GENS ONT PEUR"

Ils paraissent toutefois isolés. Dans un communiqué, 10 formations politiques, dont l'Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma), principal parti du pays, ont condamné le coup d'Etat et réclamé la tenue d'élections. "Les signataires (...) condamnent cette prise de pouvoir par la force qui constitue un revers majeur pour notre démocratie", écrivent-elles.

A Bamako, les habitants affirment que des militaires pillent des stations-service et des magasins et s'emparent de voitures. Ces exactions entraînent des pénuries de pain et de carburant, dont le prix a doublé en 24 heures pour atteindre 1.300 francs CFA (près de deux euros) le litre.

Même si la plupart des boutiques sont fermées, certains habitants de la capitale s'aventurent tout de même dehors à la recherche de produits de première nécessité.

"Les gens ont peur en raison des militaires. Ils s'emparent souvent de ce qui se trouve dans les véhicules ou dérobent simplement ces derniers. Il leur arrive aussi de cambrioler des magasins", raconte ainsi un habitant, Adama Quindo.

En fin de journée, Amadou Sanogo a lancé un appel à l'arrêt des pillages qui semble avoir été suivi d'effet: les rues sont devenues plus calmes et des militaires ont même été vus en train d'arrêter une vingtaine de civils qui pillaient un entrepôt.

A des centaines de kilomètres de la capitale, les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) comptent profiter du chaos régnant à Bamako pour pousser leur avantage sur le terrain.

CONDITIONS

Le MNLA, qui revendique les trois régions du nord du Mali, a progressé en direction du Sud en s'emparant de positions abandonnées par les forces gouvernementales depuis le putsch, a-t-on appris auprès de sources informées.

"La situation est très difficile à Kidal", a déclaré Mahamadou Belco Maiga, président du conseil régional dans cette grande ville du nord du Mali.

"La rébellion encercle la ville mais nous avons des hommes qui sont très déterminés à résister", a-t-il ajouté, en présentant comme un repli tactique l'abandon de la ville d'Anefis, à une centaine de kilomètres en direction du sud-ouest.

Les rebelles, dont les rangs ont été gonflés par le retour des combattants de la guerre civile en Libye, n'ont en revanche encore jamais directement menacé les deux autres grandes capitales régionales du nord du Mali, Tombouctou et Gao.

Amadou Sanogo s'est dit prêt à négocier avec les rebelles -qui ne cessent d'avancer depuis janvier- mais il se présente comme le garant de l'intégrité territoriale du Mali.

Interrogé à Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, un responsable de l'aile politique du MNLA a déclaré à Reuters que les rebelles posaient des conditions à toute négociation.

"Le dépositaire de l'autorité doit être clairement identifié, représentatif et bénéficier du soutien de l'ensemble de la classe politique et nous devons obtenir des garanties de la part des grandes puissances", a dit Hama Ag Mahmoud.

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a exclu de reconnaître la junte tandis que les Nations unies, les Etats-Unis ou encore la France ont condamné le coup d'Etat et réclamé le retour à l'ordre constitutionnel.

Avec Adama Diarra à Bamako et Aaron Maasho à Addis-Abeba; Bertrand Boucey pour le service français

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