Les Maliens votaient ce dimanche pour élire leur président au second tour d'un scrutin sur lequel l'ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta part favori face à son rival Soumaïla Cissé.

Dans Inter-Soir, le point avec David Baché, correspondant de France Inter à Bamako

second tour de la présidentielle malienne
second tour de la présidentielle malienne © reuters

Le vainqueur supervisera une enveloppe de trois milliards d'euros d'aide internationale pour reconstruire un pays affaibli par la crise et plusieurs mois de guerre contre les islamistes . Il devra aussi lutter contre la corruption et conclure la paix avec les rebelles touaregs.

Dans le quartier de Badalabougou, à Bamako, les électeurs avaient défié la pluie torrentielle pour se presser dès l'ouverture des bureaux de vote, à 8h, devant l'école Mamadou Guindo, transformée en centre électoral.

IBK favori

Au total, 21.000 bureaux de vote doivent accueillir quelque sept millions d'électeurs , la plupart se trouvant dans le sud du pays, où vivent 90% des 16 millions de Maliens et d'où est originaire Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK.

le second tour de la présidentielle malienne opposera ibrahim boubacar keïta à soumaïla cissé
le second tour de la présidentielle malienne opposera ibrahim boubacar keïta à soumaïla cissé © REUTERS/Joe Penney

Candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM),l'ancien Premier ministre a obtenu près de 40% des suffrages au premier tour, le 28 juillet, sur la promesse de restaurer l'ordre et de rétablir l'honneur d'un pays qui a pu s'enorgueillir dans le passé d'être un îlot de stabilité dans une région instable.

Sur les 25 candidats éliminés au premier tour, 22 ont apporté leur soutien à IBK , qui est âgé de 68 ans. Pour avoir réprimé des manifestations d'étudiants et des grèves quand il était à la tête du gouvernement, il s'est acquis une réputation de fermeté.

Quand IBK dit non, c’est non

"Je vais voter pour IBK", a déclaré Tidjane Sylla, 28 ans, un commerçant du principal marché de Bamako, presque tout entier acquis à la cause de l'ancien Premier ministre. "C'est un homme de parole. Quand il dit non, c'est non!"

Soumaïla Cissé le technocrate

Le rival d'IBK, Soumaïla Cissé, de l'Union pour la République et la démocratie (URD), a obtenu un peu moins de 20% des suffrages le 28 juillet . Voulant donner l'image d'un technicien expérimenté, il promet une réforme du système éducatif, des changements dans l'armée et la création de 500.000emplois.

Soumaila Cissé
Soumaila Cissé © REUTERS/Joe Penney

Originaire des environs de Tombouctou, Soumaïla Cissé, 63 ans, a été ministre pendant une grande partie des années 90 et notamment ministre des Finances . Il a également passé sept années à la tête de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) au Burkina Faso voisin.

"Je suis fier de notre peuple qui, en aussi peu de temps, nous a remis sur la voie de la République et de la démocratie", a-t-il déclaré.

Les résultats officiels devraient être annoncés en milieu de semaine, le temps de récupérer les données des bureaux de vote les plus reculés, et la cour constitutionnelle a jusqu'àvendredi pour les valider.

Paris veut passer la main

Le nouveau chef de l'Etat devra aussi s'attaquer à une corruption endémique et construire une paix durable avec les Touaregs , deux problèmes qui, combinés, ont conduit à l'éviction du président Amadou Toumani Touré par un coup d'Etat militaire en mars 2012. C'est à la faveur de la désorganisation qui avait suivi le putsch que les groupes islamistes s'étaient emparés de la partie nord du pays et menaçaient d'aller jusqu'à la capitale, Bamako.

André Bourgeot, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du Mali, n'est pas sur que les deux candidats aient toutes les cartes en main pour réformer le pays :

La France a fait pression pour que les élections aient lieu rapidement. Elle est en train de retirer ses 3.000 hommes déployés dans le pays et de transmettre le relais à force de maintien de la paix de l'Onu, la Minusma, dont les 12.600 hommes se déploient progressivement.

Beaucoup au Mali ont espoir que la présidentielle permettra de changer le système en vigueur de "politique du consensus" par laquelle Amadou Toumani Touré se conciliait ses opposants politiques en leur offrant des postes au gouvernement sans mettre en œuvre les réformes nécessaires.

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